La statue de Zeus à Olympie, l'une des sept merveilles du monde

Monnaie d'Elis - Sébastien Polet
Monnaie d'Elis - Sébastien Polet
La statue chryséléphantine de Zeus a été réalisée par Phidias, l'un des plus grands sculpteurs de la Grèce classique.

Olympie est située dans le Péloponnèse occidental, en Pisatide. Elle abritait l’un des quatre grands concours de jeux de la Grèce ancienne: les jeux olympiques. Les trois autres concours étaient les jeux néméens, delphiques et isthmiques (à Corinthe). Olympie était aussi un grand sanctuaire de Zeus. Les premières traces de son culte sont attestées vers 900 avant notre ère. A partir du VIe siècle, un oracle de Zeus se manifestait à Olympie. Le grand temple de ce dieu fut érigé entre 470-456. Son architecte était Libon d’Elis. En 392 de notre ère, l’empereur romain chrétien Théodose Ier ordonna la fermeture du temple. Il avait déjà fait stopper les jeux en 385, car il les considérait comme une manifestation païenne. Vers 600, le site d’Olympie fut abandonné à la suite des invasions gothique et slaves.

Le sculpteur Phidias

La statue de Zeus fut réalisée par Phidias. Ce grand sculpteur grec avait déjà réalisé quelques-unes des œuvres les plus célèbres du Ve siècle avant notre ère: statue commémorant la victoire de Miltiade à Marathon, Athéna Promachos (de 9 m), Athéna Parthénos, Athéna Lemnia (sur l’acropole d’Athènes). En outre, il participa à la décoration du Parthénon.

A Olympie, Phidias réalisa une statue chryséléphantine. Il s’agit d’une œuvre composite faite de plaques d’or (vêtements, attributs) et d’ivoire (visage, membres) fixées sur une âme de bois. Ce type de statue est extrêmement fragile. A part quelques fragments à Delphes, aucune œuvre de ce type n’a survécu jusqu’à nous. Il fallait recouvrir en permanence l’ivoire d’huile ou l’eau pour éviter le pourrissement. Dans une satire, Lucien de Samosate fait parler l’une de ces sculptures: «Je ressemblais à ces grands colosses qui sont l’œuvre de Phidias, Myron ou Praxitèle. Il s’agit à l’extérieur d’un Poséidon ou d’un Zeus, très beau, façonné en or et en ivoire, avec un foudre, un éclair ou un trident dans la dextre. Mais si l’on se penche pour regarder à l’intérieur, on voit des barres, des chevilles, des clous rivetés de part en part, des poutres, des coins, de la poix, de l’argile, tout un tas d’horreurs de ce genre, cachées par-dessous, sans parler d’une foule de souris ou de musaraignes qui parfois y ont droit de cité». (Lucien de Samosate, Le Rêve ou le coq, 24).

Les archéologues mirent au jour l’atelier de Phidias à Olympie. Du temple dorique de Zeus, il ne reste malheureusement plus grand chose. Il était large de 27,68 m, long de 64,12 m. Les colonnes étaient hautes de 10,50 m.

La statue de Zeus

La statue de Zeus fut transportée à Constantinople au début du Ve siècle de notre ère. Elle disparut lors de l’incendie du palais de Lausos en 475. Seuls les témoignages d’écrivains anciens et quelques monnaies d’Elis permettent donc de connaître son aspect. Malheureusement, les écrivains antiques se contentent souvent de louer l’habileté de Phidias et de qualifier son œuvre avec de nombreux superlatifs sans en donner une description précise.

Le récit de Pausanias

Heureusement, le géographe Pausanias visita Olympie au IIe siècle de notre ère. Ce dernier donna une description précise et détaillée du temple et de la statue de Zeus: «Le dieu est représenté assis sur un trône: il est d'or et d'ivoire, et il a sur la tête une couronne qui imite la feuille d'olivier. De la main droite, il tient une Victoire, qui est elle-même d'or et d'ivoire, ornée de bandelettes et couronnée; de la gauche, un sceptre d'une extrême délicatesse, et où reluisent toutes sortes de métaux. L'oiseau qui repose sur le bout de son sceptre est un aigle. La chaussure et le manteau du dieu sont aussi d'or: sur le manteau sont gravés toute sorte d'animaux, toute sorte de fleurs, et particulièrement des lys. Le trône du dieu est tout brillant d'or et de pierres précieuses: l'ivoire et l'ébène y font par leur mêlant une agréable variété; la peinture y a mêlé aussi divers animaux et d'autres ornements. Aux quatre coins, il y a quatre Victoires qui semblent se donner la main pour danser, et deux autres aux pieds de Zeus. Les pieds du trône par devant sont ornées de sphinx qui arrachent de tendres enfants du sein des Thébaines; et au-dessous des sphinx, c'est Apollon et Artémis qui tuent à coup de flèches les enfants de Niobé. Entre les pieds du trône, il y a quatre traverses qui vont d'un bout à l'autre. La première, et celle que l'on voit en entrant, est chargée de sept figures: il y en avait une huitième, mais on ne sait ce qu'elle est devenue […]. Dans les parties supérieures du trône, Phidias a fait au-dessus de la tête du dieu, d'un côté trois Charites, et de l'autre trois Saisons; car on sait que les poètes disent que ces dernières étaient aussi filles de Zeus: et suivant Homère, dans l'Iliade, les Saisons ont dans le ciel les mêmes fonctions que certains gardes dans la cour des rois. Le marchepied qui est sous les pieds de Zeus, et que les Athéniens nomment Thranion, est orné de sculptures représentant des lions en or, et le combat de Thésée contre les Amazones, qui est la première action d'éclat des Athéniens contre des troupes étrangères. Le socle qui supporte le trône et la statue de Zeus avec ses accessoires, est lui-même orné d'ouvrages en or qui représentent le Soleil sur son char, Zeus, Héra, et Charis auprès d'eux, puis Hermès suivi de Hestia, et après celle-ci l'Amour recevant Aphrodite qui sort de la mer, et qui est couronnée par Pithô (la Persuasion). On y voit aussi Apollon et Artémis, Athéna et Héraclès, et au bas du piédestal, Amphitrite et Poséidon, et la Lune montée, je crois, sur un cheval». (Pausanias, Description de la Grèce, V, 11).

Sébastien Polet, Carine Mahy

Sébastien Polet - Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures orientales, Histoire et ...

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