La mode et ses diktats, nul ne l'ignore, sont affaire de cycle et il s'avère que parfois, l'inspiration provienne d'époques bien antérieures, comme c'est le cas pour la chaussure d'été indispensable depuis quelques années, la spartiate.

Défilant aujourd'hui sur les plus grands podiums, son ancêtre fut porté au 14ème siècle avant J-C par la reine égyptienne Néfertiti.

L'origine antique de la spartiate

D'un point de vue étymologique, le mot spartiate est issu de Sparte. Egalement nommée Lacédémone, c'était l'une des cités-états les plus puissantes de la Grèce antique, avec Thèbes et Athènes.

Largement réputée pour son austérité, l'éducation à Sparte était obligatoire, collective et organisée par la cité, cette dernière visant à former des soldats disciplinés et efficaces.

Une éducation qui mettait donc l'accent sur la rigueur et la discipline, aussi les jeunes Spartiates, futurs guerriers, se faisaient raser la tête, ne possédaient qu'un seul manteau par an et... allaient pieds nus!

"Les héros ne se chaussent pas, et je sais que Sparte, dans son austérité", fera comme eux, écrit Homère, alors si l'on en croit le célèbre poète grec, l'origine de la spartiate ne vient pas directement de Sparte.

Il semblerait en fait que ce soit la simplicité de cette chaussure qui lui valut le nom de spartiate, en référence à l'austérité qui caractérisait l'éducation reçue par les jeunes spartiates, lesquels allaient, rappelons-le, les pieds nus afin de mieux s'aguerrir.

Néanmoins, l'origine de cette chaussure à lanières entrelacées provient bien de l'Antiquité, comme le précise l'ouvrage de François Boucher intitulé Histoire du costume en Occident.

En effet, des statuettes et des gravures sur pierre du pharaon Aménophis 4 (Akhenaton) et de son épouse, la reine égyptienne Néfertiti, les représentent portant aux pieds des sandales à lanières très simples, s'apparentant fortement à la spartiate.

Ce seront ensuite les grecs anciens et les romains qui porteront l'ancêtre de notre très tendance chaussure d'été; ils chaussaient en effet des souliers bas avec des courroies entrelacées.

La résurrection de la spartiate dans les années 20

C'est dans les années 20 que la spartiate fera sa réapparition en France grâce à un tisserand du nom de Boulanger qui fut à cette époque le premier à fabriquer cette sandale. Il en confectionnait alors pour les pêcheurs.

Puis, en 1927, un cordonnier du nom de Rondini résidant à St Tropez prendra exemple sur lui et se lancera dans la confection de la spartiate, alors nommée tropézienne.

Enfin, en 1933, un jeune réfugié arménien, Agop Keklikian (plus tard francicé Jacques Keklikian), débarqua à St Tropez et à son tour se lança dans la création de cette sandale. La spartiate renaissait.

C'est donc dans l'entre-deux guerres que la célèbre tropézienne est remise au goût du jour par les maisons Rondini et Keklikian, les spartiates fabriquées par cette dernière étant vendues sous la marque K-Jacques.

Les deux maisons étaient, et demeurent, tropéziennes.

La spartiate connaîtra donc son âge d'or et sera alors portée par une majorité des célébrités qui firent de St Tropez le lieu de prédilection de la jet-set, pour exemple: Brigitte Bardot, Colette, Marlène Dietrich, Juliette Greco ou encore Michèle Morgan.

Mais viendra la mode des pieds nus, notamment véhiculée par B-B, chassant celle de la spartiate qui vivra alors un déclin.

Le nouvel essor de la spartiate

Il aura suffit que le top model Kate Moss soit un jour photographiée sortant d'une voiture avec des spartiates aux pieds pour que la sandale revienne sur le devant de la scène.

De nouveau, elle redevint l'accessoire indispensable.

Rondini et Keklikian restent encore aujourd'hui les deux seules maisons créant toujours la spartiate avec un réel souci d'authenticité. Toutes les deux situées à St Tropez, la première compte quelques ouvriers dans un petit atelier dont Galliano, Mugler et Kenzo ont été les clients.

Rondini continue de créer des tropéziennes suivant le modèle traditionnel et refuse de s'en éloigner, ses modèles sont donc plus traditonnels que ceux mis en vente par la maison Keklikian.

La marque K-Jacques a effectivement connu une croissance différente en se pliant aux exigences de la mode et en répondant à des commandes de grands créateurs tels Givenchy, Gaultier ou Balenciaga.

Cette marque est à l'heure actuelle diffusée dans plus de 300 points de vente à travers le monde, dont de nombreux aux Etas-Unis et 60% de sa production est exportée.

Cependant, nulle question pour cette marque, ni pour Rondini du reste, de se délocaliser.

La mode de la spartiate a pris une ampleur considérable, à telle enseigne que la tendance est relayée par de nombreuses marques de prêt-à-porter et que de nouveaux modèles sont sans cesse créés, allant du plus simple au plus branché, voire bling-bling avec le modèle bijoux incrustés.

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