Les films d’animation Disney sont imprégnés par la religion

Le sociologue allemand Max Weber, dans Ethique protestante et Esprit du capitalisme (1905), explique comment la valeur travail et le puritanisme protestants ont pu favoriser l’apparition du capitalisme. Au regard de l’importance du protestantisme aux Etats-Unis, on peut comprendre pourquoi le capitalisme semble être un mode de production déterminant pour les Américains. Les films Disney, baignant dans cette culture teintée de religion, semblent donc à leur tour imprégnés sinon par le protestantisme, du moins par une certaine religiosité.

Outre les expressions entrées dans le langage courant, que l’on retrouve dans les films, telles « Mon Dieu », « Doux Jésus », ou « De Grâce », on retrouve des références plus précises à la religion. Ainsi, dans Les 101 Dalmatiens, quoiqu’il n’y ait pas de symbole religieux, l’architecture (vitraux) du lieu où se déroule le mariage d’Anita et Roger peut faire penser à une église. Par ailleurs, Richard Cœur de Lion dans Robin des Bois, est parti en Croisade, guerre religieuse entre Chrétiens et Musulmans au Moyen-Âge.

Ce sont même parfois des images que l’on peut croire extraites de la Bible, que l’on retrouve dans les dessins animés. En effet, l’image de Pinocchio et Gepetto avalé par une baleine n’est pas sans rappeler l’histoire similaire que vit Jonas dans la Bible. De plus, Blanche-Neige, que l’on voit par ailleurs prier, croquant une pomme empoisonnée peut nous rappeler Eve croquant le fruit défendu.

D’ailleurs, ainsi qu’avec Eve, l’image du serpent comme figure du mal est réinvestie dans les Disney. En effet, Kaa dans Le Livre de la Jungle, et Triste Sire dans Robin des Bois, sont tous deux des serpents au service d’un méchant.

Les dessins animés Disney diffusent une image traditionnelle de la famille

A cette époque, le modèle qui prévaut est celui d’une famille nucléaire, composée d’un père, chef de famille, et d’une mère dévouée qui s’occupe du foyer et des enfants.

Le chef de famille, le pater familias, représente l’autorité ; son épouse et ses enfants le respectent. Cette figure paternelle traditionnelle peut être retrouvée dans le père de Bambi. En effet, le cerf, chef et protecteur d’une forêt qui représente le foyer familial, fait de rares apparitions qui sont à chaque fois quasi divines. On retrouve dans Bambi un système patriarcal, dans lequel la mère est chargée d’éduquer l’enfant, et le père, assez absent, s’occupe de la sûreté du foyer et du bien-être de sa famille.

Ce qu’aujourd’hui nous voyons comme une soumission de la femme, est globalement présent dans tous les Disney. En effet, tandis que les Sept Nains sont à la mine, Blanche-Neige fait le ménage et cuisine. Dans Cendrillon, c’est aussi une femme qui s’occupe de l’entretien de la maison, et non un homme. Dans cette société patriarcale, le rôle de la femme semble être de s’occuper des affaires du foyer, de se marier et avoir des enfants.

En effet, toutes ces princesses sont dans l’attente d’un prince charmant. Blanche-Neige ne chante-t-elle pas « Un jour mon prince viendra » ? La princesse dont l’attente peut paraître la plus significative n’est autre qu'Aurore dans La Princesse au Bois Dormant. En effet, sa vie semble mise entre parenthèses, jusqu’à ce qu’un prince vienne la réveiller par un baiser. D’ailleurs, la remarque de Sean Griffin à propos de Peter Pan pourrait être valable pour tous les Disney ; car selon lui, ce dessin animé est une « imagerie sexuelle submergée par les images d'une romance hétérosexuelle patriarcale ».

Il faut toutefois remarquer que cette vision de la femme n’est pas propre à Disney. En effet, le sociologue américain Erwing Goffman, dans un article intitulé « Ritualisation de la féminité », avait montré dans les années 1950 l’image de la femme que diffusaient les magazines féminins de l’époque.

Les classiques Disney participent de la société de consommation

Erwing Goffman, dans ce même article, dégage notamment le type de « Bonheur de femme ». L’illustration montre une femme à la mine réjouie, lorsqu’on lui présente le grille-pain qu’on lui offre en cadeau. Subtil mélange de sociétés patriarcales et de consommation, dans cet exemple, le grille-pain serait une source de jouissance pour la femme au foyer. Si le « Bonheur de femme » ne semble pas présent chez Disney, la société de consommation semble au contraire prégnante.

On la retrouve par exemple dans le travail à la chaîne des Sept Nains abordé en 1ère partie. En effet, le travail à la chaîne est déterminant dans la société de consommation puisqu’il permet la réduction des coûts, et donc l’augmentation de la consommation. La production à la chaîne, se caractérisant notamment par la division des tâches, se retrouve aussi dans Cendrillon, lorsque les animaux fabriquent la robe de bal.

Dans ce même dessin animé, c’est un autre symbole de la société de consommation que l’on peut dégager. En effet, par la citrouille transformée par magie en carrosse, on peut se rendre compte de la vision positive que l’on se faisait surtout à l’époque de la voiture, objet de consommation des plus prisés dans les Trente Glorieuses. Car la diminution des coûts de production, s’accompagne parallèlement d’une hausse des salaires. Dès lors, on observe l’apparition d’une société de loisir, dans laquelle le taux d’équipement des foyers en objets ménagers augmente.

D’autres objets de consommation emblématiques de l’époque peuvent être retrouvés chez Disney. C’est par exemple, dans Les 101 dalmatiens, la télévision. Cependant, la représentation de la société de consommation, dont l’objet est l’élément central, ne passe pas que par ce biais. En effet, la présence d’objets enchantés, comme la poignée de porte dans Alice au Pays des Merveilles, autour desquels tournent même parfois l’intrigue, comme l’épée Excalibur dans Merlin l’Enchanteur ou Pinocchio (qui est avant tout une marionnette), peut rendre la société de consommation attrayante, en faisant apparaître les objets comme des choses enchantées.

Aussi, on peut remarquer que les films Disney, à l’instar de séries TV comme Desperate Housewives, ou des comics, ont pu participer à la diffusion d’un mode de vie, qui est celui des Etats-Unis, mais aussi, et peut-être surtout, des normes et des valeurs de la culture américaine. Cette diffusion, qui est le caractère premier du soft power, a participé à l’assise du pouvoir des Etats-Unis sur l’Occident au cour du XXème siècle. On peut noter que ce n’est pas une diffusion innocente, par l’exemple des accords Blum-Byrnes.

Par cet accord, datant de 1946, entre Léon Blum et le secrétaire d’Etat américain James Byrnes, les Etats-Unis effacent une partie de la dette française et lui accordent un nouveau prêt, en contrepartie de quoi, la France lève l’interdiction de diffusion des films américains. On peut donc acter que si le gouvernement américain a agit dans le domaine, ce n’est sans doute pas simplement pour redynamiser son industrie audiovisuelle.