A la fin de l’Ancien Empire, l’Egypte ancienne s’enfonça dans la crise. Le chaos régna sur plusieurs parties du territoire. Quand ces troubles prirent fin, au Moyen Empire, les scribes évoquèrent ces événements au travers plusieurs textes. Il ne s’agit évidemment pas de récits historiques mais de contes ou de textes moralisants.

L’enseignement de Khéty

Parmi ces récits, il y avait l’Enseignement (instruction) du roi [Khéty] à son fils Mérikaré. Il est connu par trois fragments de papyrus conservés à Saint-Pétersbourg, Moscou et Copenhague. Il s’agit d’un récit moralisant rédigé sous la forme d’un enseignement d’un père, probablement un roi du nom de Khéty, à son fils, Mérikaré. Ce genre littéraire, né sous la Ve dynastie, se développa essentiellement au Moyen Empire.

Le texte ne fut évidemment pas rédigé par le roi lui-même. Au mieux, Mérikaré le composa pour justifier sa politique. Mais, il date plus probablement des débuts du Moyen Empire, car il semble douteux qu’un roi égyptien accepte de reconnaître des erreurs qu’il a faites…

Le pillage des nécropoles

Dans ce texte, il existe quelques passages qualifiés d’historiques. Il y a par exemple ce fragment : « Seul un homme malade est dépourvu d’ennemis, et, à l’intérieur même de l’Egypte, l’ennemi ne s’apaise pas. Les troupes se battent entre elles, ainsi que l’ont prédit les ancêtres. L’Egypte combat dans la nécropole même, en violant les tombes, en violant les restes. J’ai fait pareille chose, et la même chose arrive maintenant, selon ce qui est fait pour celui qui commet, semblablement, un crime contre le dieu ». Ces quelques phrases évoquent la lutte entre Thèbes (XIe dynastie) et Hérakléopolis Magna (IXe dynastie). Durant ce conflit, la nécropole d’Abydos fut pillée. La fin du texte évoque sans doute le saccage des tombes royales des rois d’Hérakléopolis par leurs vainqueurs thébains. Le pillage d’une nécropole étant considéré comme un sacrilège, il est étonnant, voire impossible qu’un roi admette avoir réalisé cet acte. Un second extrait est encore plus clair à ce propos, il indique donc très vraisemblablement que le texte fuit rédigé au début du Moyen Empire : « Vois, une action vile est arrivée en mon temps. Les districts [nécropoles] de la ville de This ont été saccagés, et cela arriva de mon fait ; je n’en eus connaissance qu’après son accomplissement. Vois, la faute capitale que j’ai commise, elle est certes pénible ; mais il n’est pas utile de rendre vigueur à ce qui a été détruit, pas plus que de démolir ce qui a été construit ou de rétablir et d’orner ce qui a été endommagé. Prends garde à cela. Un coup appelle un autre coup. C’est la conclusion de toutes les actions ».

La noblesse trop puissante

« Manifeste du respect pour les Grands, fais prospérer ton peuple. Renforce tes frontières et tes postes-frontières. Il est bon d’agir ainsi pour le temps à venir ». Ici, il est dit clairement que le roi doit composer avec la noblesse provinciale. Il n’est plus l’homme-dieu de l’Ancien Empire dont le pouvoir était absolu. Cet autre fragment évoque le même problème pour la monarchie : « J’ai moi-même, dès mon couronnement levé (des troupes) parmi eux [les jeunes]. Donne de l’importance à tes Grands, place en avant tes […], augmente le nombre des jeunes qui appartiennent à ta suite, les dotant de biens, les pourvoyant en champs et les récompensant [par le don] de troupeaux ».

« Ne sois pas en mauvais termes avec le Sud ; tu sais ce que la Résidence a annoncé à ce sujet […] ; mais ils n’ont pas franchi (notre frontière) comme ils le disent ; je me suis approché de la ville de This et de celle de Mâqi, à la limite sud de Taout [près d’Abydos], je les ai saisis comme un nuage qui crève ; le roi Méry[ib]ré [Khéty Ier] Juste-de-voix n’avait pas pu faire cela. Sois clément, à ce sujet, pour pouvoir rétablir l’ordre […] renouveler les traités ». Cet extrait décrit cette fois les rapports avec Thèbes et les limites du royaume d’Hérakléopolis Magna située près d’Abydos. Ces quelques phrases permettent de situer la rédaction du texte au Moyen Empire. En effet, aucun roi d’Egypte n’évoque un rival ! Son pouvoir est considéré comme absolu et total même s’il ne contrôle qu’une partie du territoire.

Les peuples du Levant

Dans cet extrait, le roi évoque des troubles dans le Delta du Nil : « Je me lève, maître de la Ville, mais le cœur blessé à cause de la Basse Egypte. De Het-shenou [à proximité d’Héliopolis] à Sembaqa, au sud jusqu’au canal des Deux Poissons [branche orientale du Nil], j’ai pacifié l’Ouest tout entier jusqu’aux rives de la mer ; ainsi ils peuvent travailler, ils donnent du bois merou, et l’on peut voir le bois ân qu’ils nous donnent. Quant à l’Est, il abonde en tribus étrangères ». Malgré les troubles, les rapports commerciaux avec Byblos semblent se poursuivre. Le bois merou est probablement le cèdre (du Liban) et le bois ân est sans doute le genévrier.

Enfin, Khéty évoque des rapports conflictuels avec des peuples du Levant et du Sinaï : « Maintenant ce qui suit est dit à propos des étrangers ; le pays ou réside le vil Asiatique est pénible : pauvre en eau, d’accès difficile dans des forêts nombreuses, ses chemins sont mauvais à cause des montagnes. Il n’habite pas un lieu unique, mais ses jambes vont sur des terrains de parcours ; il combat depuis le temps d’Horus, il ne conquiert pas, mais il n’est pas conquis, il ne fait pas de rapport le jour du combat, semblable au voleur qui refuse la vie en société […]. Je fis en sorte que la Basse Egypte les frappe, je pillai leurs biens, je me saisis de leurs troupeaux, jusqu’à ce que les Asiatiques fussent dégoûtés de l’Egypte ». A nouveau, la crise qui secoue l’Egypte n’empêche probablement pas les rois d’Hérakléopolis d’envoyer une ou plusieurs petites expéditions vers les mines du Sinaï.

Bibliographie sélective :

BECKERATH (J.) VON, Die Dynastie der Herakleopoliten (9./10. Dynastie), dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde, b. 93, 1966, p. 13-20.

GOEDICKE (H.), Probleme der Herakleopolitenzeit, dans Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts. Abteilung Kairo, b. 24, 1969, p. 136-143.

LICHTHEIM (M.), Ancient Egyptian literature, vol. 1, The Old and Middle Kingdoms, Berkeley, Los Angeles, Londres, réimp., 1997.

SIMPSON (W.K.), The literature of Ancient Egypt. An anthology of stories, instructions, stelae, autobiographies, and Poetry, Le Caire, 2003.

Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Égypte, t. I, Des Pharaons et des hommes, traductions et commentaires par LALOUETTE (C.), préface de GRIMAL (P.), Paris, réimp., 2003 (Connaissance de l’Orient. Collection UNESCO d’œuvres représentatives. Série égyptienne, n°54).