"Quand on sera au bout du trou, faudra pas faire les malins nous autres, mais faudra pas oublier non plus, faudra raconter tout sans changer un mot, de tout ce qu'on a vu de plus vicieux chez les hommes", Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932)

Les paroles s'envolent, les écrits restent. L'adage n'est jamais si bien employé que lorsqu'il s'agit de conter l'Histoire.

Au travers de mots touchants de sincérité, presque centenaires, des hommes ont gratté leur plume sur le papier pour laisser une trace indélébile des quatre années de souffrance qu'ont été celles de la Grande Guerre. Des mots où se mêlent à la fois haine, peur, violence, mais aussi amitié, espoir et fraternité, pour que jamais nous n'oublions.

Août 1914, mobilisation et départ pour le front

Le 1er août 1914, à cinq heures, la mobilisation est annoncée. C'est le début d'une guerre qui ne s'achèvera que quatre ans plus tard, le 11 novembre 1918.

"Les gradés procèdent à la formation des wagons. Mes parents viennent à moi et je les embrasse une dernière fois [...], impossible de décrire ce moment, c'est terrible. Malgré tout il faut se séparer. Nous mettons sac au dos et l'embarquement commence: il s'effectue avec calme et courage. Nous voilà installés, une minute après le train s'ébranle au milieu de cris et de pleurs." Antoine Bieisse, Plus d'espoir, il faut mourir ici!, Carnets d'Antoine Biesse et de Paul Garbissou (1982).

"Mais aussi combien de scènes poignantes! Que de larmes versées par les mamans, les épouses et les enfants que la belle assurance du chef de famille ne parvient pas à consoler", L'Écho de Paris, 2 août 1914.

La vie dans l'enfer des tranchées

Les rats, les poux, la pluie, la boue, le froid, la faim... Tel est le quotidien des tranchées.

"Les tranchées. Là règne un homme qu'on appelle le Paysan. Les tranchées, c'est affaire de remueurs de terre, c'est affaire de paysans. C'est l'installation de la guerre à la campagne, dans un décor de travaux et de saisons. Les tranchées, c'est le retour à la terre", Joseph Delteil, Les Poilus: épopée (1925).

"On se fait à tout. Nous nous habituons à vivre dans des trous, comme les hommes des cavernes; à ne jamais nous laver, pas même les mains, ni le visage; à ne jamais nous déchausser", Charles Delvert, Carnets d'un fantassin: 7 août 1914-16 août 1916 (2003).

L'attente, l'interminable attente

"C'est cela, la guerre que nous allons faire? Rester des heures interminables devant un mur de terre couronné, face à l'ennemi, par un parapet percé de créneaux, où reposent les fusils des sentinelles, prêtes à tirer à la moindre alerte...", Émile Morin, Lieutenant Morin, combattant de la guerre 1914-1918 (2002).

"On attend. On se fatigue d'être assis: on se lève. Les articulations s'étirent avec des crissements de bois qui jouent et de vieux gonds: l'humidité rouille les hommes comme les fusils, plus lentement mais plus à fond. Et on recommence, autrement, à attendre. On attend toujours, dans l'état de guerre. On est devenu des machines à attendre", Henri Barbusse, Le Feu: journal d'une escouade, Carnets de guerre (1916).

La correspondance, des millions de lettres échangées

Durant la Première Guerre mondiale, des millions de lettres furent échangées entre les soldats et leur famille, leurs marraines.

"C'est à la lueur tremblotante d'une bougie que les Poilus lisent les lettres, boueux et las, mais les mots ont un pouvoir magique et comme un conte de fées ils transforment l'humide réduit en palais enchanté", dictée d'école primaire, mai 1915

"Maintenant qu'il avait sa lettre dans la poche, il n'était plus pressé de la lire, il ne voulait pas dépenser toute sa joie d'un seul coup. Il la goûterait à petits mots, lentement, couché dans un trou, et il s'endormirait avec leur douceur dans l'esprit." Roland Dorgelès, Les Croix de bois (1919)

Les batailles, sur le front, à l'assaut!

"Nous entrons en agonie. L'attaque est certaine. Surtout je ne dois pas penser... Que pourrais-je envisager? Mourir? Je ne veux pas l'envisager. Tuer? C'est l'inconnu et je n'ai aucune envie de tuer. La gloire? On n'acquiert pas de gloire ici, il faut être plus en arrière. Avancer de cent, deux cents, trois cents mètres dans les positions allemandes? J'ai trop vu que cela ne changeait rien aux événements. Je n'ai aucune haine, aucune ambition, aucun mobile. Pourtant je dois attaquer", Gabriel Chevallier, La Peur (1930)

11 novembre 1918, un armistice met fin à la Grande Guerre

"Le 11 novembre, à 11 heures précises, le poilu tira le dernier coup de fusil de la guerre. C'était un excellent tireur. Le Boche était à vingt mètres. Il tira. Il le manqua! L'Homme venait de retrouver le Cœur", Joseph Delteil, Les Poilus: épopée (1925)

"Les maisons renaîtront sous leurs toits rouges, les ruines redeviendront des villes et les tranchées des champs, les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais vous ne rentrerez jamais." Roland Dorgelès, Les Croix de bois (1919)

Pour en lire davantage, un excellent ouvrage de François Icher : La Première Guerre mondiale au jour le jour (2008), Éditions de La Martinière