C'est une œuvre architecturale des plus remarquables. Elle est la plus digne ambassadrice de la ville la plus fantasmée au monde: Babylone. La porte d'Ishtar est une merveille qui a attendu presque un millénaire dans le sable brûlant du désert irakien. Visible aujourd'hui au musée de Pergame à Berlin, elle enchante le spectateur et lui fait revivre, comme s'il y était, l'émotion que devait ressentir chaque visiteur lorsqu’il arpentait la voie qui menait à cette grandiose porte.

La découverte

Babylone resta mythique jusqu'à sa découverte. En fait, les habitants des villages alentours, eux, n'avaient pas oublié que la ville était là, sous le sable. Une fois la cité retournée à la terre, Babylone est devenue un amoncellement de collines avec une grande trace, creusée profondément dans le sol, les fondations de la tour de Babel! La politique expansionniste allemande de la fin du XIXe siècle, pousse ses archéologues à frapper un grand coup. Sumer, Akkad, les Assyriens avaient déjà été retrouvés par les Français et les Britanniques. Quoi de mieux pour débuter une aventure archéologique que de mettre au jour la plus célèbre des villes mésopotamiennes. Babylone fut un choix remarquable. Tout autant que le choix d'un architecte pour mener les fouilles: Robert Koldewey. Contrairement aux autodidactes Français et Anglais qui occupaient d'autres fonctions et qui ne faisaient de l'archéologie que par loisir ou passion, Koldewey va étudier d'une manière très scientifique les ruines que son équipe et ses ouvriers mettent au jour. Fini la recherche au trésor, bienvenue à l'étude des plans, des bâtiments et de l'architecture. Et ce qu'il va découvrir est fantastique.

La découverte de la porte d'Ishtar

Il n' y pas de véritable mystère sur sa découverte. C'est en creusant qu'elle est mise au jour! Pourtant d'autres archéologues, avant les Allemands, avaient effleuré, par quelques sondages, la porte. Quelques briques de cette dernière avaient même été trouvées. Mais autres temps, autres mœurs. Les briques, même émaillées de bleu lapis-lazuli avaient moins de valeur qu'un objet ou même une tablette cunéiforme. Or, quand les briques se multiplient à chaque coup de pioche, Koldewey comprend qu'il est en face d'une architecture encore en place bien que partiellement détruite. Des couleurs apparaissent, des formes également (lions, dragons) et c'est finalement un ensemble formant un double portail et une voie menant à ces dernières qui sont dégagés. Le nom de cet ensemble est découvert grâce aux briques des fondations marquées du nom du souverain: Nabuchodonosor II (630 av.-562 av.). Le roi honni par la Bible fut donc l'investigateur de la construction de la porte d'Ishtar, une merveille qui rappelle que cette entrée de la ville est dédiée à la déesse de l'amour (beauté des décors) et de la guerre (double porte et épaisseur des murs défensifs).

Fonction de la porte d'Ishtar

Comme toute porte, elle sert avant tout à rentrer dans la cité, à contrôler le flux des hommes et accessoirement protéger la ville. Cependant, on a du mal à croire qu'une telle merveille ait un but militaire malgré l'importance des murailles qui la composent. Son rôle est en fait cultuelle. En effet, la voie qui passait entre ses murs, longue de 300 mètres environ, longeait le palais et allait jusqu'à l'Etemenanki– la ziggourat de Marduk – et se prolongeait jusqu’à l'Euphrate. La procession sacrée, qui marquait le jour du nouvel an, passait par la porte d'Ishtar et sa voie processionnelle.

La porte à Berlin

Ramenées par caisses jusqu'à Berlin, les briques ont été classées, répertoriées puis un long travail de puzzle en trois dimensions a commencé pour les restaurateurs, l'idée étant de reproduire la porte et sa voie dans le musée de Pergame. Malheureusement les briques sont en grande majorité fragmentées et il faut les recoller. Puis, on aperçoit qu'il en manque et qu'il faut en fabriquer des neuves. Le tout prend plusieurs années et enfin, le musée peut exposer la porte d’Ishtar, à l'image de ce qu'elle a été près de 1500 ans après sa construction. Elle accueille toujours les visiteurs aujourd'hui.

Sources :