La Pentecôte est à l'instar d'autres fêtes comme Pâques, le premier dimanche de Carême, une fête mobile qui à lieu 50 jours après Pâques. Tout comme ces fêtes, on retrouve certaines pratiques liées à la régénération du feu, d'autres au renouvellement à la renaissance de la nature.

Le symbolisme du feu pour la Pentecôte

Il apparaît dans les feux allumés sur les hauteurs qui avaient pour but d'éloigner les mauvais esprits et les épidémies. Durant le Moyen-Age, le jour de la Pentecôte était dédié aux processions de cierges allumés visant à éloigner les animaux nuisibles. Enfin, la représentation du feu pour la Pentecôte, durant l'office religieux symbolisait les langues de feu transmises aux apôtres (voir ci-après).

Colombes, fleurs des champs et roses : les Pâques roses ou la Pentecôte, comme hymne à la nature

La fête de la Pentecôte provient au moment où la saison des roses est à venir. Cette fête est intimement liée à la nature et au don des langues, permettant de dispenser le salut universel dans la religion chrétienne. Pour symboliser les langues de feu qui se posèrent sur les disciples de Jésus, leur donnant la possibilité de s'exprimer dans d'autres langues que le galiléen, il était de coutume de jeter du haut des voûtes de l'église des pétales rouges (pivoine).

L'après midi des Pâques roses, avait lieu en Bretagne le pardon des oiseaux. En cette occasion, étaient vendues et achetés des petits oiseaux porte-bonheurs. Dans certaines églises de Belgique, des petits bengalis ou des mésanges étaient libérés au dessus des fidèles, lorsque l'encens était brulée. Certaines fois, ces petits oiseaux maintenus par des fils, descendaient le long de la voûte de l'église en même temps qu'une couronne de fleurs.

Dans certaines régions de France, les enfants de choeur faisaient descendre un pigeon blanc couronné de fleurs. Ce dernier symbolisait le Saint-Esprit, les enfants, lui jetaient alors des fleurs rouges qui simulaient comme précédemment les langues de feux déposées sur les disciples. Parfois, à l'occasion de la Pentecôte étaient distribuées des chapeaux de fleurs aux anciens marguilliers (chargés du registre des personnes, administrateurs des biens de la paroisse), tandis qu'un pigeon était lâché dans le choeur. Parfois c'était au centre d'un cercle dessiné avec des chapeaux de roses que la colombe emblématique était descendue. Le sanctuaire (autel) était alors paré de pépiots et de violettes cueillis par les enfants.

On constate donc très souvent une fête du printemps jumelée à la fête de Dieu. En témoignent encore, ces hommages fleuris des abbayes voisines à l'abbesse de Remiremont en Lorraine. C'était alors un méli mélo de nature, de senteurs constitués de roses sauvages, de lilas, de guirlande de genêt ou de cerisier qui venait combler l'abbesse.

Dans le Hainaut, Pâques roses c'était la foire aux maris. Ainsi, les garçons conviaient les filles souhaitant un époux et le lendemain, c'était au tour des filles d'inviter les célibataires. Cette joyeuse escadrille déambulait en cortège, de villages en villages pour terminer la soirée en banquet et en danses.

Dans certaines villes de France et notamment Lagny il semblerait que la population ait souhaité représenter les jeux floraux des Romains le jour de la Pentecôte. Certains, au lieu de se rendre à l'église, allaient cueillir des rameaux, pour ensuite se livrer à certains jeux. Parfois, on pouvait rencontrer des individus revêtus d'habits de feuilles, masqués de végétaux. Ils étaient aussi quelques fois coiffés d'un amusant chapeau vert pointu, lors des calvalcades de la Pentecôte. Encore de nos jours, ont lieu les fêtes de la Pentecôte avec la Cavalcade, comme par exemple à Parthenay en région Poitou-Charentes. .

Ces symboles puissants de la Pentecôte sont parvenus en cuisine, sous la forme d'un gâteau contenant à l'instar de la galette des rois une fève en forme de colombe. Sur le dessus, on retrouve l'image d'une colombe tandis que ses côtés sont décorés de motifs floraux. Découvrez l'origine et la recette du colombier de Pentecôte.

Les croyances agricoles de la Pentecôte

  • C'est à cette époque que l'on plante les maïs en Alsace. C'est également l'occasion de faire bénir les champs.
  • En Franche-Comté, les paysans fabriquaient à cet effet des petites croix en joncs, autant qu'ils avaient de terre. Elles étaient présentées au curée, qui les bénissaient. Chacun partait ensuite planter sur ses terres ces petites croix bénies, dans l'espoir de belles récoltes à venir.
  • En Bretagne, Moncontour en Côte d'Armor, on évoquait Saint Mathurin aux fins d'avoir une bonne santé, de beaux bestiaux et de belles récoltes. Ces derniers émettaient leur souhait ainsi: "Saint Mathurnin de Moncontour, donnez du bon blé noir à nou", lors de leur pèlerinage. Sur place, étaient vendus des moules de plomb, que les pèlerins portaient au cou ou au chapeau durant la fête et leur retour. La croyance voulait que ces images, enfilées dans un cordon et suspendu au cou, protégeait des maladies, des balles, des morsures de chiens et d'autres maux.
  • Le pèlerinage de Sainte Brigitte (Brixhe) en Belgique avait lieu le premier dimanche de mai et le lundi de la Pentecôte. Au moment de l'offrande, après la messe, les paysans défilaient alors devant un grand bassin de cuivre jaune gravé d'images animaux, rempli de terre. Chacun passait alors sa main sur les animaux et prenait un peu de terre pour la mélanger à la nourriture des bêtes. Ces gestes rituels, croyait-on écartaient les épizooties (maladies d'une espèce animale).

Coutumes de la Pentecôte d'autrefois en Alsace, le rustre et les belles fêtent la nature, le vent du Saint-Esprit

A la mi après midi, toute la jeunesse était en fête, les garçons entre 7 et 12 ans déambulaient dans les rues, accompagnés d'un jeune garçon désigné le Pfingstoklotz. Ce dernier semblait symboliser le démon ou l'esprit de la végétation. Il portait de vieux vêtements, un masque de vieille figure, ainsi qu'un vieux chapeau. Sa tête était entourée de verdure et de fleurs, sa taille était encerclée par une ceinture de paille. Deux compagnons encadraient le Pfingstklotz, ils avaient le visage maquillé en noir et portaient des branchages de verdure et des fleurs. C'est ainsi que le Pfingstklotz farceur déambulait avec sa troupe de maison en maison, chantant des couplets en dialecte alsacien. A l'issue de leur cantate, les enfants recueillaient dans un large panier à deux anses, de la nourriture, du lard, des oeufs, mais aussi du vin. A la fin de la journée, les enfants festoyaient dans un verger, pour manger et boire, libres sans aucune surveillance...

Toujours en Alsace, près de Strasbourg, avait lieu une fête similaire. Le Pfingstklotz devenu le Morter déguisé de la même façon était tiré d'une main par une grosse corde lui enserrant la taille par un garçon. Ce dernier le tiraillait ainsi dans le village en le menaçant d'un gros bâton.

Les filles n'étaient pas en reste, elles parcouraient le village, deux par deux, portant pour certaines des petits seaux pour le vin, pour d'autres, un panier destiné aux dons de nourriture. En tête du cortège féminin, une jeune fille arborait une tenue entièrement blanche, recouverte d'un long voile blanc partant de la tête au bas du dos. Une couronne de fleurs des champs scindait sa tête. Sa main gauche maintenait celle d'une petite fille portant un voile blanc (ne recouvrant pas le visage), tandis que sa main droite tenait un bouquet de fleurs cultivées au jardin. Cette petite fille était elle aussi coiffée d'une couronne de fleurs sauvages. De ce ravissant cortège, plein de grâce, de fraicheur et d'innocence émanait un hommage à la renaissance du printemps, comme une fête de la nature.

En Alsace, chaque année on peut encore de nos jours, assister au traditionnel cortège du Pfengscpfitteri, le feuillu de Pentecôte (voir photo ci-dessous). Cette fabuleuse procession regroupe 30 chevaux, des animaux domestiques et une centaine de villageois. L'écomusée d'Alsace fait ainsi revivre les dimanche et lundi de Pentecôte cette tradition moyennageuse: le cortège de Pentecôte de Baldenheim. Le Pfengscpfitteri est décrit comme une sorte d'homme sauvage qui représente l'esprit de la nature. Autrefois, on capturait le feuillu pour le noyer dans la fontaine du village. Cette pratique avait pour but de s'assurer de bonnes récoltes à venir.

Du côté de Bouxwiller, les jeunes gens réunis après l'office parcouraient les villages en faisant claquer leurs longs fouets. Le meilleur d'entre eux devenait roi de la Pentecôte. Ici le bruit du fouet était sensé symboliser le bruit du vent produit par la descente du Saint Esprit.

Les charitons de Normandie

Toujours dans un registre moins poétique que d'autres, avait lieu à la Pentecôte, une procession en grand costume, agrémenté de chanson et de clochettes. Cette dernière était une mémoire, un souvenir reconnaissant vis à vis des confréries de charité qui avaient la tâches d'ensevelir les défunts, victimes de la peste au moyen-âge.

La roue de cierges d'Ayguatébia dédiée à Saint Sébastien

Alors qu'une épidémie de peste disséminait la ville, les prières publiques émirent le voeux solennel que si la peste disparaissait, la population offrirait à saint Sébastien une roue en cire qui brûlerait durant sept ans sur son sanctuaire. La peste disparue, les habitants remercièrent saint Sébastien avec un immense cierge cylindrique en cire filée: la roda (roue en Catalan). Ce cierge était alors renouvelé tous les sept ans le lundi de la Pentecôte, pendant les sept années suivantes. La population veillait à ce que le cierge roue brûle jusqu'au jour de la Pentecôte, 7 ans plus tard.

La course aux oeufs de la Pentecôte

Rassemblés dans une prairie, des jeunes gens se séparaient en deux équipes et sélectionnait leur champion coureur. Le lundi de Pentecôte, cent oeufs étaient disposés, peu espacés, le long d'un sentier. Ensuite la fonction des coureurs était tirée au sort, l'un ramassait les oeufs et les plaçait dans un panier, l'autre devait boire une chopine de vin chez un aubergiste et en rapporter le verre. L'équipe gagnante était celle qui accomplissait au plus vite sa tâche. Puis, venait ensuite un dîner composé des oeufs que l'équipe avait collecté.

L'arbre de la Pentecôte à Mäcon, en Saône et Loire (XVIIIè siècle)

A l'Eglise cathédrale de Saint-Vincent, était placé, le jour de la Pentecôte, un arbre de temps immémorial au milieu du choeur. Ce dernier subsistait ainsi pendant l'octave et devait servir plus tard au feu de la veille St Jean-Baptiste soit le 23 juin.

On constate dans toutes ces traditions et fêtes, de puissantes significations et représentations liées à l'amour, à la nature, au feu, rappelant l'origine chrétienne de la Pentecôte.

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Sources:

Société du folklore français, Revue de folklore français / organe de la Société du folklore français, Paris, 1930-1942

Société des traditions populaires, Revue des traditions populaires , 1886-1919