Dans une Belgique en crise depuis trois ans à cause de vieux conflits communautaires, le départ de l’Open VLD d'Alexander de Croo Jr. de la table des négociations a entraîné une énième chute fatale du gouvernement d'Yves Leterme.

Alors que le pays prendra les rênes de l’Union européenne le 1er juillet, l’issue attendue mais surréaliste du scrutin du 13 juin 2010 ne rassure guère. Et si, selon la RTBF, dans ce pays où le vote est obligatoire, 16 % des électeurs ont boudé les urnes ou glissé dans l'urne un bulletin blanc ou nul – soit le plus haut taux d’abstention depuis trente-cinq ans –, le résultat est sans appel.

Les résultats du scrutin fédéral belge 2010

Avec 30 % des voix flamandes, la NV-A (parti nationaliste) devient la première force politique de Flandre avec 27 sièges à la Chambre.

Presque tous les autres partis flamands dégringolent. L’Open VLD (parti libéral) ne conserve que 13 sièges, le CD&V (chrétien-démocrate), 13 aussi, et le Vlaams Belang (extrême droite), 12. La liste de Dedecker (parti libéral populiste) n'en compte plus qu’1 (-4). Seul le Sp.a (socialiste) et Groen! (écologiste) se maintiennent (avec respectivement 13 sièges, soit -1, et 5, soit +1).

Côté francophone, le PS d’Elio Di Rupo remporte 26 sièges (+6) et fait des socialistes la première famille politique belge. Le MR (parti libéral) de Didier Reynders conserve de justesse Bruxelles, mais ne compte plus que 18 sièges (-5). Le CDH (Centre démocrate humaniste) tire son épingle du jeu en conservant la presque totalité de ses députés (le premier avec 9 sièges, soit -1, le deuxième en conservant ses 8 députés).

Bart De Wever, l’homme qui fait peur

Avec 750 000 voix, le politique réalise un score inespéré, proche des 800 000 voix qui ont propulsé Leterme au sommet de l’État en 2007.

Le mouvement nationaliste flamand a toujours revendiqué, plus ou moins fort, une scission de la Belgique. Et si le président de la NV-A a quelque peu édulcoré son discours avec la notion de « confédération », il reste indépendantiste.

Mais loin de n’être imputable qu’à ses idées politiques, son succès reflète un vote sanction pour les partis traditionnels. Comme l’explique la présidente du CD&V, Marianne Thyssen, le résultat du scrutin démontre « la déception de l’électeur flamand devant l’absence de grande réforme de l’État ».

Pour atteindre ses objectifs, l'homme cherche à rassurer. Une nécessité puisque même le quotidien néerlandophone De Morgen a titré : « Tout le monde a peur de Bart de Wever » ! Ainsi, il a déjà affirmé « la nécessité de créer des ponts » à des francophones méfiants… à raison.

Les radicaux de Flandre, où vivent 60 % des 10,5 millions de Belges, exigent des compétences accrues dans le domaine socio-économique pour se détacher d’une Wallonie paupérisée par la désindustrialisation. L'État ne conserverait ainsi que quelques compétences résiduelles (défense, affaires étrangères, etc.).

C’est sur l’avenir de la sécurité sociale, le sort de BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde), de Bruxelles et des finances, que les francophones devront négocier avec un parti qui souhaiterait tout scinder.

BHV divise, Bruxelles unit

L’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, à cheval entre deux régions, naît en 1963. Il comprend les dix-neuf communes de la région de Bruxelles-Capitale et trente-cinq communes des six cantons de Hal-Vilvorde situées dans le Brabant flamand. Les francophones résidant dans ces dernières ont accès à un appareil judiciaire bilingue et peuvent voter pour des candidats francophones bruxellois lors des élections législatives et européennes.

Dès les années 1970, alors que la Belgique devient un État fédéral, le bilingue BHV devient une anomalie envenimant les querelles communautaires. Les partis du nord exigent une scission sans contrepartie au nom de l’homogénéité des régions linguistiques. Une requête symbolique qui reflète leur désir d'indépendance.

Mais si BHV sépare, la région bilingue de Bruxelles unit… Toutefois, les francophones veulent l’élargir et la rendre financièrement plus autonome pour la protéger des Flamands qui veulent se l’approprier, alors qu’elle ne compte que 10 % de néerlandophones.

Di Rupo, probable futur Premier ministre

Si le leader séparatiste a bâti sa campagne sur le slogan « Oser changer maintenant », le chef de file de la gauche francophone a fait de « Un pays stable, des emplois durables » sa priorité. Pourtant, ils vont devoir négocier pour ramener la stabilité dans un plat pays en pleine turbulence.

À sa tête, pour la première fois depuis les années 1970, on pourrait voir un Wallon, socialiste de surcroît ! Fort d’un score personnel de 203 758 voix, le consensuel Di Rupo semble être le Premier ministre idéal. D’autant que Bart de Wever a déclaré qu’il serait favorable à sa nomination, ce qui aurait le mérite de mettre en confiance les francophones…

Les enjeux politiques de la Belgique

Si la réforme de l’État est une priorité, les Flamands souhaitent renforcer les compétences des régions, tandis que les francophones défendent la solidarité. Mais alors que l’important taux de chômage handicape la Wallonie et que le problème des retraites pourrait fragiliser une Flandre vieillissante, un compromis « à la belge » pourrait être trouvé… à condition que les autres partis flamands ne se rallient pas aux positions radicales de la NV-A !

Les consultations royales ont commencé, mais la formation d’un gouvernement s’annonce laborieuse. Une coalition de type « Olivier » (socialiste/humaniste-chrétien/écologiste) appuyée sur la N-VA est fortement envisageable. En plus de refléter le choix des électeurs, elle disposerait de la majorité des deux tiers indispensable à une réforme de l’État.

La fin de la Belgique, un scénario improbable

Si 66 % des Français sont prêts à accueillir les Wallons, le divorce entre les deux régions belges est un scénario catastrophe invraisemblable. Pour être constitutionnelle, la scission devrait être approuvée par les deux camps. Seule la sécession est possible, mais la Flandre devrait être reconnue internationalement… Rien de plus improbable puisque le Royaume-Uni, l’Espagne, la Roumaine ou l’Italie craindraient de légitimer ainsi des visées indépendantistes sur leurs territoires.

Finalement, bien plus qu’il n’y paraît, les Belges ne sont pas prêts à dire "bye bye Belgium". Par amour de leur nation et… par intérêt, conscients de la valeur ajoutée d’une Belgique unie.

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