C’est au mois d’ avril 1969 que l’équipe du Commandant Cousteau assiste, au détriment de leur mission initiale, à la plus extraordinaire et inattendue manifestation de délire amoureux.

Le grand rassemblement des calmars

Ancrée au large de l’île Catalina, la Calypso s’apprête à lever l’ancre. L’équipage aperçoit alors des groupes de calmars qui affluent de toutes parts. Le nombre des décapodes augmente rapidement, ils sont bientôt des millions à s’agiter autour du bateau.

Ce n'est pas tous les jours que ces animaux se rassemblent ainsi, un évènement va sûrement avoir lieu!Jacques Yves Cousteau décide alors de rester sur place et dit à l’équipage de préparer le matériel nécessaire pour filmer le fabuleux spectacle de l’accouplement des calmars.

La polygamie est de mise chez le calmar.

Les Loligos opalescens, de leur nom latin, sont aussi appelés « flèches de mer » à cause de leur nage par propulsions. C’est à l’âge de trois ans qu’ils sont prêts à se reproduire.

Lors du grand rassemblement, mâles et femelles arrivent à nombre égal.Aucun ne choisit de partenaires particuliers et tous s’accouplent plusieurs fois, au hasard.

La couleur des calmars, normalement claire et irisée, peut varier en fonction de leur ressenti, peur ou agressivité, ou pour signifier à un individu du même sexe… qu’il a fait une erreur !

Le mâle devient rouge profond pendant l’accouplement et des ondes de couleur pourpre et marron parcourent ses tentacules, comme des frissons de plaisir.

Le moment de la reproduction des céphalopodes est arrivé.

Le ballet de la parade nuptiale a duré plusieurs dizaines d’heures, les participants sont quelques peu fatigués. Il est temps pour les femelles d’expulser de leur corps de gros paquets gélatineux formés de capsules contenant et protégeant les oeufs.

Elles en recouvrent le sol sablonneux, cherchant à les amarrer par un filament, pendant que les mâles continuent sur elles leurs assauts sexuels, lâchant parfois directement dans l’eau leur laitance. Celle-ci va féconder les ovules qui ne l’auraient pas été.

Au bout de la nuit passée à copuler sans compter, la mort attend les calmars…

Les squales se goinfrent littéralement de leur met préféré pendant cette nuit tragique, profitant du manque d’attention et de la vulnérabilité des animaux en plein accouplement.

Ceux des calmars qui ont réussi à échapper à leurs prédateurs ne survivront pas longtemps. Après avoir procréé avec une fougue sans limite, épuisés et affamés, ils mourront. Certains mâles dévorant des femelles, dans un dernier sursaut.

Le Commandant Cousteau raconte : « …des couples enlacés dans une ultime étreinte agonisent et meurent sous nos yeux… Un mâle relâche sa prise et la femelle qu’il tenait dans ses bras tombe au fond : elle était morte… »

Déconcertante fin pour le calmar, que de mourir après avoir semé la vie...

Leurs corps tapisseront le sol par milliers, côtoyant les paquets d’œufs. Une sorte de raie grise surnommée « ange-de-mer » se chargera de faire le ménage en mangeant les calmars morts, raflant quelques œufs frais au passage.

Les naissances auront lieu un mois plus tard environ, et des millions de larves verront le jour. Beaucoup serviront de nourriture à diverses espèces aquatiques mais le nombre de survivants sera encore énorme…

Planète Océan Jacques-Yves Cousteau (ALPHA Editions SA)

Calmar - Wikipédia

Images correspondant à calmar

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