Les accords de Munich signés, les peuples européens et allemand, soulagés et heureux, sont persuadés que la paix a été sauvée. Mais ces accords qui valident en partie la politique d'expansion d' Hitler, sonnent par ailleurs le glas pour les juifs d'Allemagne puis d'Europe.

Les accords de Munich: les racines du mal

Afin de résoudre la crise qui couve à propos de la politique expansionniste du Fürher visant une partie de la Tchécoslovaquie, Mussolini poussé par Hitler, proposa une conférence entre la France, Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie. Celle-ci se tint à Munich les 29 et 30 septembre 1938 en l’absence des principaux intéressés, à savoir les tchécoslovaques. Un accord fut signé le 30 qui vit la désarticulation de la Tchécoslovaquie par le rattachement des Sudètes à l’Allemagne et ce malgré une alliance entre la France et la Tchécoslovaquie. Cependant, du côté des alliés, on se donna l'illusion d'avoir préservé la paix. Neville Chamberlain n'affirma t-il pas qu'Hitler «est un homme sur qui l'on peut compter lorsqu'il a engagé sa parole». Cependant, Edouard Daladier , Président du conseil acclamé par la foule à sa descente d'avion, aurait déclaré « ah les cons, s'ils savaient! » Vrai ou fausse, cette citation montre à quel point Daladier ne se faisait aucune illusion quant aux évènements à venir pas plus que Churchill qui écrira dans une lettre: «Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre».

Adolf Hitler lui même est déçu du compromis signé et sceptique par rapport aux acclamations des allemands «Avec ce peuple, je ne puis encore faire une guerre». Mais cette conférence lui révéla les faiblesses des démocraties et lui permit de mener sa politique comme bon lui semblait. Les juifs en furent les premières victimes.

Le prétexte:

Le 7 novembre 1938, Herschel Grynszpan , jeune Juif polonais de 17 ans veut se venger de ses parents qui persécutés et déportés de l' Allemagne vers la Pologne. Pour accomplir sa vengeance, il se munit d'un révolver et attend à la porte de l'ambassade d'Allemagne à Paris où il tire sur un conseiller de l'ambassade nazie, Von Rath. C'est l'occasion rêvée pour Hitler qui voudrait d'un Troisième Reich sans aucun Juif.(judenrein). Vom Rath meurt dans la soirée du 9 novembre et le ministre allemand de la propagande, Joseph Goebbels dénonce aussitôt le «complot juif» contre l'Allemagne. L'occasion est trop belle pour Hitler de s'en prendre à ce peuple honni,et par l'intermédiaire de Goebbels pousse les dirigeants nazis ainsi que les S.A à attaquer les Juifs. L'autre valet d'Hitler, Heydrich, organise aussitôt les attaques contre les magasins et lieux de culte juifs.

Une nuit de terreur:

En Allemagne, dès le lendemain matin de l'attentat, une violente campagne de presse s'en prend à la population juive. Si le 8 novembre au soir , des synagogues sont déjà incendiées, des magasins juifs pillés, c'est bien dans la nuit du 9 au 10 novembre que, sur ordre de Goebbels aux Gauleiter (chefs de district du parti nazi) réunis à Munich, cette première vague de violence contre les juifs atteint son paroxysme. Des pogroms ont lieu dans toute l'Allemagne. Ce déferlement de haine entraîne la destruction de 267 synagogues, de 7000 magasins pillés, la mort de 91 Juifs et enfin la déportation de 30 000 d'entre eux. En effet, cette nuit donne lieu à la première grande vague de déportation notamment à Dachau. L'Autriche non plus n'est pas épargnée: 6500 Juifs sont arrêtés par la Gestapo et 3000 déportés à Dachau.

Dans les jours qui suivent ce pogrom (nom officiellement donné par les historiens allemands «Novemberpogrom» ), lois et mesures antijuives se multiplient comme celle du 12 novembre 1938 qui ordonne à tous les commerces de détail de fermer avant le 31 décembre. le 23 novembre, une circulaire ordonne de fait la liquidation de tous le commerce de détail juif : les entreprises sont dissoutes, les artisans sont rayés des registres professionnels et n'ont plus le droit d'exercer. Pour beaucoup de juifs, il ne reste plus que l'exil mais impossible face aux frontières fermées des pays voisins.

Cette nuit de Cristal (en allemand Reichskristallnacht et appelée ainsi, non sans un certain cynisme par les nazis et le peuple berlinois à cause des bris de verre de vitrines) qui dans un premier temps avait pour objectif d'accélérer l'émigration des juifs jugée trop lente par Hitler et les nazis, cette nuit ne sera qu'un triste présage au sort réservé aux juifs d'Europe, aux homosexuels et aux gitans...

A lire:

P. Levi, « Si c'est un homme » Editions Pocket, 1988, 213p

A voir:

De Nuremberg à Nuremberg, de Frédéric Rossif ‏ 1989-

"Nuit et brouillard" Film d'Alain Resnais 1955

Shoah de Claude Lanzmann 1985