La naissance de Babylone (IIIe millénaire avant notre ère)

Nom de Babylone - Sébastien Polet
Nom de Babylone - Sébastien Polet
Découvrez l'histoire de Babylone depuis sa fondation jusqu'à sa destruction, par le roi assyrien Sennachérib, en 689 avant notre ère.

La cité de Babylone (située au sud de Bagdad, en Iraq) fut l’une des villes les plus célèbres de l’Antiquité. Capitale de plusieurs empires (Empire babylonien, royaume kassite et empire néo-babylonien ou chaldéen), elle fut connue comme «Babel la pécheresse» par la Bible. Elle fut la seule ville antique à abriter deux des sept merveilles du monde: les jardins suspendus et les murailles. Ces dernières furent remplacées, au Moyen Âge, par le Phare d’Alexandrie.

L'origine de Babylone

La première mention de la cité provient d’un texte (tablette d'argile du Louvre AO 31179) du dernier roi d’Akkad, Shar-kali-sharri (2217-2193). Il inaugura un temple à Babylone qui n’était qu'une petite bourgade. Sous la IIIe dynastie d’Ur (2124-2016), Babylone est mentionnée dans les textes comme un gouvernorat (ENSI). Elle est donc le chef-lieu d'une "province" du royaume sumérien d'Ur (cité localisée dans le sud de l'Iraq actuel). Les archives sumériennes mentionnent aussi le temple principal de Babylone, l’Esagil. Il était voué à un dieu encore mineur: Mardouk.

Durant le XXe siècle avant notre ère, la puissance d’Ur s’effondra et deux cités se disputèrent le pouvoir en Mésopotamie: Isin et Larsa. La disparition d'Ur et les guerres entre cités permirent à Babylone de prendre son indépendance (vers 1894). La cité changea de statut, elle passa de chef-lieu de "province" à royaume indépendant. Sumuabum (1894-1881) fut le premier roi connu de Babylone. Son fils, Sumulael (1880-1845), commença l’expansion territoriale du petit royaume. De cette première dynastie (appelée "dynastie Babylone I" par les historiens modernes), le roi le plus connu fut Hammurabi (1792-1750). Il fut un grand conquérant. Il s’empara d’Isin, Uruk, Larsa, Mari… Son royaume engloba toute la Mésopotamie et l’Elam.

Hammurabi

La Babylone d’Hammurabi est peu connue des archéologues car elle est enfouie sous des mètres de dépôts postérieurs. De plus, les eaux de l’Euphrate ont infiltré cette couche archéologique. Seuls les textes permettent d’avoir une vision assez claire de la cité. La découverte du "code Hammurabi" permit des avancées majeures dans l'histoire du droit antique. Ce ne fut pas le premier code retrouvé, les rois de Sumer en avaient déjà. Mais ce fut le premier texte juridique mésopotamien retrouvé complet. Il ne provient pas de Babylone mais les archéologues affirment qu’il était valable dans tout l’Empire.

Le code Hammourabi est extrêmement sévère, il diffère donc beaucoup des lois sumériennes plus anciennes. La peine de mort était applicable fréquemment. Le recours à la torture et aux mutilations étaient également présent. Art. 110 : «Si une prêtresse (…), qui n’habite pas dans le (district du) cloître dirige un cabaret ou entre dans un cabaret pour (prendre) de la bière, cette femme on brûlera».

Les Kassites

Les successeurs d'Hammurabi durent lutter contre les Hittites (1595 avant notre ère). Suite à leurs défaite, les Kassites s’emparèrent de Babylone. Ce peuple provenaient des montagnes du Zagros. Ils régnèrent de 1595 à 1155 sur Babylone. Ils restaurèrent de nombreux édifices. Mais Babylone perdit son statut de capitale, car le roi Kourigalzou en bâtit une nouvelle: Dur-Kourigalzou (site d’Aqar Qouf, près de Bagdad en Iraq). Babylone devint une métropole religieuse. Mardouk, le dieu tutélaire de Babylone, devint de plus en plus important dans la religion mésopotamienne.

Légendes babyloniennes

Les Kassites firent rédiger par les prêtres de Mardouk un texte, la Chronique des rois anciens qui voulait démontrer que Babylone était l’une des plus anciennes cité de Mésopotamie. D’après ce récit, le roi Sargon (2334-2279) d’Akkad (site archéologique non localisé à ce jour) se serait emparé de Babylone. Sa capitale, Akkad, fut alors édifiée sur le modèle de Babylone. Mardouk se serait vengé de cet affront en envoyant la famine sur Akkad. Le dieu démontrait ainsi qu'il ne devait y avoir qu'une seule Babylone, l'originale. Ce texte de propagande voulait montrer que Babylone était aussi ancienne que les illustres cités du pays de Sumer. Dans un second récit de la période kassite, la Chronique de l’Esagil, le roi d’Akkad, Naram-Sin (2254-2218), aurait profané Babylone. Mardouk aurait alors envoyé contre lui les Gutis, peuple guerrier. Cette fois, les chroniqueurs se servent de l’histoire des invasions gutis pour affirmer la puissance de Babylone et de son dieu, Mardouk.

Les Assyriens

Babylone fut ensuite soumise à des raids d'envahisseurs (les Elamites et les Araméens). Quelques dynasties locales parvinrent à restaurer l’indépendance de la cité. Babylone dut faire face à une nouvelle grande puissance mésopotamienne: le royaume assyrien. Elle fut soumise en 812 avant notre ère. Elle fut intégrée au royaume assyrien en 729. Un système de double royauté fut alors mit en place. Le roi d’Assyrie prit le titre de roi d’Assur et de Babylone. Des vassaux furent nommés à Babylone, ils appartenaient souvent à la famille royale assyrienne.

La destruction de Babylone

Le roi assyrien Sennachérib (704-681) envoya son fils à Babylone. Il fut capturé et livré aux Elamites. La ville se souleva contre les Assyriens. La vengeance du roi fut terrible. Après avoir assiégé la ville pendant 15 mois, il la livra au pillage avant d’ordonner sa destruction (689). Un texte assyrien conserve l’écho de ce désastre: «Je fus comme le souffle annonçant l’arrivée de l’ouragan et je l’enveloppai de brouillard. J’entourai complètement cette ville et m’en emparai en détruisant et en escaladant ses murs. (…) Je n’épargnai pas ses valeureux guerriers, jeunes ou vieux, mais je remplis les places de la ville de leurs cadavres. Mes gens s’emparèrent des statues des dieux qui s’y trouvaient et les détruisirent. Je détruisis complètement la ville et les maisons des fondations jusqu’au toit et j’y mis le feu. Je rasai les murs intérieurs et extérieurs de la ville et je nivelai la terre sur ses côtés en l’inondant. Je détruisis même le plan de ses fondations. Je l’aplanis plus qu’aucun déluge ne l’aurait fait afin qu’on ne se souvienne jamais du site de cette ville et de ses temples.»

Suite : Les palais de Babylone et la tour de Babel

Sébastien Polet, Carine Mahy

Sébastien Polet - Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures orientales, Histoire et ...

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