Les difficultés économiques et politiques, les mouvements sociaux ou la concurrence du prêt-à-porter, provoquent des changements dans la mode. Les vêtements deviennent plus simples, moins chers. On cherche à suivre les goûts des femmes plutôt qu’à les infléchir. Les copistes ou les petites couturières à façon connaissent un regain d’activité et, dans le domaine du luxe, se développent les « boutiques » ou des collections fabriquées d'avance. Les maisons les plus fragiles connaissent des revers mais il existe néanmoins près de quatre-vingt maisons de haute-couture à Paris ; car au final c’est plutôt le vêtement standard qui subit des contraintes.

Le rejet du modèle de la garçonne, au profit d’une glorification de la femme au foyer, conduit dès 1928 à un rallongement des robes. Le succès est immédiat. Il concerne d’abord surtout les robes du soir et incite les couturiers à proposer des jupes longues pour l’après-midi. On distingue de nouveau robes du matin et de l’après-midi, ces dernières étant plus habillées, simples mais de coupe impeccable, souvent en laine. Pour certaines occasions, il existe aussi des robes dites « de cinq heures » ou « de cinq à douze », plus longues et plus ornées que celles d’après-midi, et en crêpe, satin, velours…

Les élégantes adaptent leur tenue au lieu où elles se rendent : casino, théâtre, cinéma… à chaque sortie sa toilette appropriée. Le tailleur, tenue passe-partout, s’impose progressivement. La version du soir, héritée des garçonnes, est la transposition d’un smoking ou d’un habit, faite dans un tissu lisse et brillant pour refléter les lumières.

Retour du volume et quête de fluidité

Alors que les tenues des garçonnes gommaient les formes féminines, les années 1930 les remettent à l’honneur, et exaltent la fluidité. On cherche à modeler le corps sans l’entraver, l’Antiquité est une grande source d’inspiration. On retrouve le même phénomène dans l’art où, après l’apologie du progrès et les traumatismes de la guerre, on constate un « retour à l’ordre ». On remet en avant les valeurs du passé, l’art recherche avant tout l’équilibre. D’abord engagée dans la sculpture, Madame Grès (Alix, 1903-1993) devient célèbre avec ses robes du soir drapées rappelant l’antique. Elle est aussi connue pour son travail sur le décolleté du dos. Elle joue d’un exotisme adouci, qu’on retrouve chez d’autres couturiers, en réaction à la perte de confiance dans le modernisme. A la fin des années 1930, le fourreau long devient sa spécificité.

Plutôt que de dessiner ses modèles, Madeleine Vionnet (1876-1975) les crée sur des petits mannequins articulés. Elle connaît le succès dès les années 1920, en particulier avec des robes du soir qui font déjà appel à des motifs de vases grecs et étrusques. Elle épure ensuite son style, les références à l’antiquité ne sont plus aussi directes, mais plutôt présentes dans la forme même des vêtements. Vionnet imagine des jupes à panneaux tombant souplement en mouchoirs, des mouvements en « déguelis » à partir d’empiècements en croissants fluides flottant sur le buste. Mais elle est surtout célèbre pour ses « biais ». Elle n'en n'est pas la créatrice mais elle le systématise et c’est son nom qui lui reste indéniablement associé. Le biais devient ensuite très présent dans l’ensemble de la couture des années 1930, mais la complexité de construction des robes « néo-classiques » débouche finalement (comme en art et en architecture) sur un certain académisme, voire un maniérisme.

L’accent mis sur la structure du vêtement et les jeux de couleurs

Certains couturiers aiment à appuyer la structure du vêtement par des surpiqûres, découpes, garnitures de fourrure … La robe bicolore aux lignes épurées (le plus souvent noire et blanche), accompagnée d’accessoires également bicolores, domine le début de la décennie, tandis que, durant la seconde moitié, les couturiers font appel à des rayures multicolores (dont les bayadères), pois, losanges … La palette s’assagit toutefois de nouveau avec les robes du soir néo-romantiques, souvent noires ou jouant des nuances du taffetas.

La nuance restée la plus célèbre est le fameux rose tyrien dit « shocking » d’Elsa Schiaparelli (1890-1973). La couturière apporte un souffle de fantaisie et d’humour dans la mode, mais sans exclure l’aspect pratique, car elle a débuté dans le vêtement de sport ; ses tenues de ville ont une carrure accentuée, créant un « chic au cœur dur ». Proche des artistes, Schiaparelli joue de thématiques pour ses collections, et le surréalisme lui inspire certaines de ses tenues les plus remarquées. En 1940, la couturière quitte Paris pour cinq ans et ne retrouvera pas sa place à son retour.

La tendance romantique

Elle apparaît dès le début des années 1930, mais elle connaîtra plusieurs vagues avant d’arriver à son plein épanouissement.

Le courant se présente d’abord sous la forme de colifichets accompagnant les robes de garden-party : petites berthes volantées, bouquets de ceinture, ruchés, manches ballons… puis il gagne les robes du soir, qui deviennent plus flottantes, à drapés et transparences …

Mais c’est à Edward Molyneux (1891-1974) qu’on doit le premier grand retour du romantisme, lorsqu’il crée les costumes du personnage principal de la pièce Les Barrett de Wimpole Street en 1934. Il imagine, pour ce personnage de jeune femme fragile de l’époque victorienne, des robes amples en velours, avec jaquettes à basque et cols de collégienne ; le succès est au rendez-vous. Pierre Balmain (1914-1982) entre chez Molyneux et accommode l’élégance et avec le sentimentalisme, en créant des tailleurs rehaussés d’un bouquet de fleurs… Pour le soir, Molyneux propose une garde-robe simple mais garnie de fleurs ou de plumes, associant la retenue britannique à une certaine fragilité (tandis que pour sa clientèle britannique, il propose des modèles plus stricts).

A la fin de la décennie, la tendance romantique bat son plein, les accessoires se multiplient : boléros de dentelle, bibis fleuris, nœuds, voilettes, jupons dépassant sous les jupes… le mouvement atteint sa pleine expression chez Robert Piguet (1898-1953) qui, à l’été 1938, prend Christian Dior (1905-1957) pour assistant. Ils jouent des taffetas changeants, des camaïeus de tulles clairs, des satins capitonnés… Dior introduit des robes larges à partir de la taille, inspirées de loin de celles des petites filles modèles, avec cols ronds et glacés, manchettes, jupons de broderie anglaise… La collection suivante, avec un bustier à bretelles en V amovible très nouveau, marque un retour au Second Empire, visible aussi chez d’autres couturiers. Les jupes amples sont associées à un retour de la valse, après la vogue du jazz.

La garde-robe sportive

Les années 1920 ont vu l’essor des ensembles de jersey, des jupes de tennis, maillots de bains décolletés, pantalons de ski… Durant les années 1930, outre les sportives, les femmes à la mode adoptent le style sportif à la ville.

Pour la plage, on porte le pyjama (1931) ou le paréo (1934). Les maillots sont à une pièce imitant le deux-pièces, avec une ceinture à passants. Les maillots « américains » ont une petite jupe. La matière de prédilection est le jersey, qui moule sans entraver les mouvements. Le dos est décolleté afin de faciliter le bronzage. Le style marin est aussi en faveur, avec vareuses et bérets.

La montagne n’est plus seulement à la mode pour l’hiver, et l’on adopte donc le costume tyrolien.

La lingerie

C’est le retour du corset, qui consiste généralement en une gaine élastique, caoutchouté et sans armature, souple, fine et lavable. Il efface le ventre et marque la taille sans l’étrangler. Il s’agit en fait souvent d’un combiné avec un soutien-gorge. Ce dernier a des bonnets profonds ; il met la poitrine en valeur, sans la meurtrir. Des jarretelles permettent d’attacher les bas à la gaine. Les bas sont en coton, laine ou soie, presque toujours de couleur chair. Ils sont déjà très fins.

On ne porte plus de chemise. La combinaison naît de la réunion de plusieurs éléments (jupon, cache-corset). Il s’agit encore parfois d’une combinaison-culotte, comme durant les années 1920. Une combinaison plus longue, alliée à une petite culotte plate, est baptisée "slip", la seule culotte en gardera ensuite le nom. Elle concurrence le pantalon et dérive de la culotte pour enfants née en 1910.

Les vêtements de nuit et d’intérieur se féminisent aussi. La chemise devient une vraie robe souple, jusqu’aux pieds, resserrée à la taille, à décolleté en pointe et bavolets aux épaules ou berthe. Le pyjama ne sert pas pour la nuit, sauf en voyage. C’est un vêtement d’intérieur, composé d’un petit corsage ou d’une veste à basque longue et d’un pantalon. Ajusté à la taille, il est légèrement bouffant en bas, ou évasé.

Le déshabillé subsiste, sorte de long manteau. Il a de grandes manches et est parfois porté avec une longue écharpe qui voile la poitrine et tombe en deux pans boutonnés l’un à l’autre. D’autres déshabillés sont composés d’une longue jupe en satin plissé et d’une tunique multicolore serrée à la taille par une écharpe-ceinture. Des modèles plus courts existent : chauffeuses, liseuses …

On aime généralement les tissus unis, mais aussi des imprimés discrets, les tons pastels…

Les coiffures

Les cheveux restent courts mais les coiffures se féminisent. La mise en plis et la permanente sont en progrès, on peut garder les cheveux ondulés. Les femmes se font parfois un rouleau sur la nuque, d’une joue à l’autre. Dans tous les cas les ondulations sont plates et n’enflent pas le volume de la tête. On porte des calottes très emboîtantes, des bonnets, des chapeaux-cloche… Mais les bords sont plus relevés que précédemment, afin de laisser voir les yeux et le front.

A partir de 1932, les cheveux redeviennent plus flous, avec au moins quelques bouclettes au-dessus de la nuque ; néanmoins le volume ne change pas. La coiffure « coup de vent » ramène les mèches en avant. Le chapeau rétrécit encore ; on le porte penché, ou incliné vers l’avant.

En 1934, le mouvement s’accentue encore, plusieurs rouleaux ou rangs de bouclettes sont réalisés au dessus de la nuque, le chapeau peut cacher un œil.

En 1938, apparaît un bourrelet au-dessus du front, tandis que les cheveux se relèvent derrière. Les chapeaux deviennent minuscules et plongent sur le front. Par contre, pour les cérémonies d’été, les grandes capelines subsistent, surtout à partir de 1935, créant une silhouette en T.

Les chaussures

Très variées, elles sont sobres le jour, à petites boucles. Les escarpins abandonnent la bride, se font plus simples et montants. Pour le matin ou la marche, les femmes adoptent les Richelieu, chaussures du soir des hommes. Le soir, les escarpins sont assortis à la robe, ou bien l’on porte des sandales plates, qui découvrent le pied jusqu’à devenir des spartiates.

Dès 1936, pour faire face à la pénurie de matière due à l’autarcie mussolinienne, Salvatore Ferragamo (1898-1960) crée des chaussures à semelles compensées ; d’abord mal accueillies, elles sont reprises partout l’année suivante.

En savoir plus

http://lamodepyjama.blogspot.com/2008/11/juan-les-pins-la-plage-des-pyjamas.html

http://dona-rodrigue.eklablog.com/mode-annees-30-c744112

Madeleine Vionnet, puriste de la mode, catalogue de l'exposition du Musée des Arts Décoratifs, Paris, 2010