Rien ne sera plus jamais comme avant, toute la société a été bouleversée par le premier conflit mondial. Malgré des difficultés économiques et politiques latentes, l’heure est au défoulement et à la recherche du plaisir.

Le vêtement féminin

Le vêtement se démocratise, les tenues couture, plus simples, peuvent être copiées en masse. Des tissus d’apparence luxueuse mais moins coûteux, comme la rayonne (soie artificielle), sont élaborés. Néanmoins, les différences sociales sont toujours très marquées dans la mode. Beaucoup de femmes créent elles-mêmes une grande partie de leur garde-robe, en s’appuyant sur les modèles des revues de mode ou sur les catalogues de vente par correspondance.

A son retour du front, l’homme retrouve une femme émancipée, qui a dû le remplacer pendant la guerre et a pu ainsi accéder à de nouvelles responsabilités. La popularisation des activités sportives, tout comme le succès de l’automobile, ont également mené depuis la fin du XIXe siècle à la naissance de tenues appropriées, dont l’influence commence à se faire sentir dans l’ensemble de la garde-robe.

Le modèle des élégances devient la jeune fille ou la très jeune femme, qui proclame haut et fort son indépendance et se joue des convenances ; le roman La garçonne, publié en 1922 par Victor Margueritte (1866-1942), popularise cette figure et ce nom, apparu tout d’abord dans les écrits de Joris-Karl Huysmans (1848-1907) en 1880.

Pour ressembler à un homme, la garçonne doit gommer ses formes féminines, et n’hésite pas à aplatir sa poitrine avec un bandeau. Les femmes empruntent des éléments du vestiaire masculin : pardessus, imperméable, et même parfois le pantalon. Le pull-over se répand également. Les robes raccourcissent, la taille est descendue, les bras et les jambes sont dénudés. Les lignes sont simples et sévères, faisant écho à la géométrie de l’art déco ; les gammes colorées sont restreintes et surtout constituées de tons neutres : beige, gris, noir. Les nouvelles matières, pratiques, solides et infroissables, comme le jersey ou le tweed, rencontrent un grand succès. Les cheveux sont coupés court également, et coiffés d’un petit chapeau cloche. Les femmes portent toujours les bas de soie, mais les remplacent par des bas de fil pour conduire.

Après une certaine insouciance malgré la montée de la crise, la décennie se termine dramatiquement, avec le krach de 1929. La morosité ambiante et les difficultés financières ont des répercussions sur la mode, qui remet en avant la féminité. Les jupes rallongent, la taille retrouve sa place naturelle et la poitrine est de nouveau mise en valeur.

Le vêtement masculin

Le costume masculin évolue assez peu. La veste devient veston et on favorise les chapeaux mous. Pour le soir, on porte le smoking, emprunté aux anglo-saxons ; apparu à la fin du XIXe siècle, le « tuxedo » (ou « dinner jacket ») a d’abord été porté en intérieur pour des diners informels mais deviendra au fil du temps la tenue de soirée par excellence. Dans la mode masculine aussi, le sport et l’automobile marquent de leur empreinte le vêtement quotidien, et le complet à carreaux et le pantalon de golf rencontrent un grand succès parmi les élégants, tout comme le chandail jacquard et les chaussures bicolores. Le cache-poussière, la casquette, les lunettes de conduite ou les gants de cuir deviennent des accessoires indispensables pour les automobilistes.

L’Art Déco et l’égyptomanie

Malgré une certaine austérité dans les formes, on aime néanmoins le luxe, ce dont témoigne également le courant Art Déco, qui associe artisanat et industrie, modernité et inspirations anciennes, formes rigoureuses et matières fastueuses. Une vague d’égyptomanie suit la découverte du tombeau de Toutankhamon en 1923 et se ressent jusque dans la mode. Grâce aux grands paquebots qui relient l'Europe et les États-Unis, les deux continents s'influencent mutuellement en termes de mode.

Les couturiers

L’immédiat après-guerre voit la réouverture de certaines maisons qui avaient fermé pendant le conflit, tandis que se créent également des entreprises nouvelles, parmi lesquelles en 1919 Maggy Rouff (1896-1971), Jean Patou (1887-1936), Edward Molyneux (1891-1974), ou Lucien Lelong (1889-1958), chez qui travailleront Christian Dior (1905-1957) et Hubert de Givenchy (1927). La même année, Gabrielle Chanel, plus connue sous le surnom de Coco Chanel (1883-1971) ouvre sa propre maison ; elle est la première à adopter un textile bon marché, le jersey, mais aussi à concevoir une tenue pour la femme active, le fameux tailleur. Créé en 1921, le parfum n°5 fournit par son succès commercial le soutien financier de la maison. Jean Patou est proche du style Chanel et restera le grand rival de la couturière durant toute la décennie. Jacques Heim (1899-1967) se montre également novateur, et lance la collection « Heim jeunes filles », qui perdurera jusqu’en 1969.

En savoir plus

http://lettersfromhomefront.blogspot.com/2010/02/egyptomania.html