
- Talibés mendiants - La dépêche diplomatique
Le ministre français de l’Immigration, Eric Besson, avait affirmé son intention de déposer dans le courant de ce mois de septembre un amendement à la loi sur la sécurité intérieure. Dans son projet, le ministre français veut étendre les sanctions aux étrangers coupables d’actes de mendicité agressive. Comme son ancien colon, le gouvernement du Sénégal a décidé de mener une croisade contre les mendiants qui fréquentent les voies publiques.
Le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndéné Ndiaye, avait présidé un conseil interministériel à la suite duquel il a pris des mesures interdisant tout simplement la mendicité à Dakar. Pour faire appliquer cette mesure, des forces de l’ordre sont éparpillées partout à travers les grandes artères de Dakar pour arrêter les récalcitrants. Ainsi, la police a mis la main sur une centaine de mendiants dont une vingtaine d’enfants et une dizaine de femmes.
Les Sénégalais désapprouvent
Les mendiants n’ont pas été les seuls à tomber dans les filets des policiers en opération pour assainir le centre-ville de ses occupants indésirables. Trois maîtres coraniques qui ont eu la malchance d’être retrouvés sur les lieux ont, eux aussi, été arrêtés. Un trio qui risque plus que les mendiants, puisque qu'il est poursuivi pour le délit de traite de personne
Cette mesure est cependant dénoncée et contestée par beaucoup de Sénégalais. En effet, ils demandent aux autorités gouvernementales d’aider ces jeunes et ces vieux qui arpentent tous les jours les rues de Dakar à gagner convenablement leur vie. Pour les Sénégalais, ces mendiants qui sont frappés par la pauvreté sont obligés de tendre la main pour vivre.
Au nom de la lutte contre la traite des personnes
Mais, pour le Premier ministre qui n’entend pas reculer dans sa position, le Sénégal est sous la menace de ses partenaires qui estiment qu’il ne lutte pas de façon efficace contre la traite des personnes. «La mendicité organisée par des réseaux qui font mendier des jeunes qui leur retournent l’argent qu’ils utilisent à d’autres fins est assimilée à une traite des êtres humains», a-t-il indiqué.
En avril dernier, Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé la situation des enfants de la rue au Sénégal. Dans un rapport très critique, l’organisation de défense des droits de l’Homme avait soutenu que des dizaines de milliers d’enfants sont astreints à la mendicité, trop souvent exploités et maltraités, soi-disant au nom de la religion.
La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, avait, lors d’une visité officielle à Dakar le 15 avril dernier, manifesté devant le président sénégalais Abdoulaye Wade toute son indignation face à ce phénomène de la mendicité qui touche de milliers d’enfants. Elle avait, d’ailleurs, assimilé leur sort à de l’esclavage.
Cependant, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) vient de publier un rapport sur le phénomène de la mendicité dans la région de Dakar. L’Unicef estime le nombre de mendiants dans la région de Dakar à 7 600.
