Du lièvre à la tortue, une foule d’animaux divers et de personnages miniaturisés, réels ou imaginaires, ornent les bouchons de radiateurs des voitures de luxe. Ces symboles incarnent toutes les aspirations, les superstitions, les peurs, les prétentions et les obsessions de l’humanité, son sens de l’humour et sa fantaisie. Dès l’Antiquité on trouve des mascottes sur les proues des navires et des véhicules. Dans le trésor retrouvé de Toutankhamon, un faucon orné d’un disque solaire appartenant aux bas-reliefs du char de l’enfant roi, destiné à le conduire dans l’autre monde, se trouve répliqué sur des voitures anglaises des années 1920.

L’emblème ou le porte-bonheur

Les mascottes de marque sont légendaires: la plus célèbre est Spirit of Ecstazy de Rolls Royce (1911) inspirée de la victoire de Samothrace, chef-d'œuvre de l'art hellénistique; Blacksmith, en ébonite, représente le Dieu des forges Vulcain; le dieu de la chance Gobbo, première mascotte de L. V. Aronson (1909) est suivi de la Speed Nymph, qui montre une jeune femme en train de plonger, archétype des mascottes de nymphe. Elles appartiennent toutes au mythe du beau. Signe de richesse le plus souvent, l’objet est la marque d'une élite et destiné à personnaliser son véhicule.

La variété des mascottes automobiles est infinie et la nouveauté n'a pas de limites: des statuettes de saint Christophe, patron et protecteur des voyageurs, conjurent le mauvais sort, des chats noirs, en Angleterre, protègent du mauvais œil; dans les pays latins, des bossus, des symboles macabres, des têtes de mort ou tibias croisés, ou la morbide Hara-Kiri, mascotte française (1913), alimentent les superstitions. Des mascottes à l’effigie de policiers satiriques ou réalistes, des personnages de bandes dessinées, Mickey, le chat botté, des cornes d’abondance.

Nées avec la Première Guerre mondiale les mascottes se chargent d'un message militant: le lion en Grande-Bretagne, le coq en France, l’oncle Sam aux Etats-Unis, ces emblèmes étaient destinés à soutenir les soldats et la défense nationale; un tommy anglais foulait au pied un aigle prussien, tel un saint Georges terrassant le dragon. Renault et ses fameux taxis furent ornés de tank miniature pour commémorer la construction du char d’assaut de l’armée française.

De l’art pour ces accessoires automobiles

Les accessoires automobiles reflètent l’influence des mouvements artistiques et les tendances du design: Art nouveau, Art déco, Modern Style, école cubiste. Les mascottes sont commandées à un artiste, pièce unique appartenant à une série limitée, fabriquées par l’automobiliste lui-même, ou industrialisées massivement par la démocratisation de l’automobile et la demande croissante de personnalisation.

La fin des bouchons de radiateur s'annonce (vers 1958), des bandes de couleurs et des autocollants ou l'usage des vanity plates, plaques d'immatriculation personnalisées, seront en vogue aux Etats-Unis (dès 1950) pour se singulariser et maintenir le rôle joué auparavant par les mascottes.

Elles sont réalisées le plus souvent en bronze, Lalique les proposera en cristal, dont la célèbre libellule aux ailes repliées et la tête d’aigle posée sur les Mercedes de l’état major allemand pendant la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui Rolls Royce, Bentley et Mercedes sont les seules à perpétuer la tradition. Les logos sont maintenant placés sur la calandre comme sur les voitures de BMW ou Alfa Roméo.

Symbole et fantasme magico-religieux

Experts, passionnés collectionnent les mascottes, qui n’ont aucune utilité technique et dont l'absence n’empêche nullement le véhicule d’avancer. Elles ne constituent pas simplement un décor automobile, elles ont une vocation symbolique et rendent le voyage plus sûr et pourquoi pas le dernier; entre profane et sacré l’emblème se charge du sens que chacun lui donne.

L’automobile exerce sur l’homme la fascination de la puissance et la liberté, celle du voyage et de l’évasion. Elle est l'incarnation moderne d’un transport, plus extatique, vers l’au-delà, où il est impossible de se rendre à pied. Il faut user d’une embarcation, si fragile soit-elle, une barque, celle funéraire représentée dans les tombes des pharaons, une gondole… et le véhicule reste l’allégorie du passage, un objet magique chargé de superstitions et de croyances.

Un vieil adage populaire disait: «Homme à cheval, sépulture ouverte» la mascotte a vocation de conjurer les angoisses humaines et si l’automobile, potentiellement destructrice, porte les aléas du changement de lieu, de l’inconnu, la mascotte rééquilibre les forces contradictoires de la vitesse du déplacement et de l’incertitude de la destination qui pourra être atteinte.

A voir : Le Musée de l'automobile de Mulhouse, Collection Strumpf: le plus grand musée automobile avec sa célèbre collection de voitures anciennes et de mascottes automobiles

Musée Malartre à Rochetaillée-sur-Saône (69270)

A lire l'article du figaro sur la vente (4/2/2011) Salon Rétromobile chez Artcurial Paris