Sans être forcément un client de la maison, on connaît le nom de Chopard si l’on suit le festival de Cannes. Entre les bijoux portés par les stars et le fameux Trophée Chopard, le nom de l’entreprise est désormais indissociable de la grand messe du cinéma. Mais ce résultat est le fruit d’une longue histoire que la maison elle-même se plaît à transformer en saga, avec ses hauts et ses bas, ses coups du sort et ses coups de chance, des débuts modestes et une ascension vertigineuse.

Au commencement était Louis-Ulysse Chopard

En 1860, l’homme fonde une manufacture d’horlogerie à Sonvilier, un petit village du Jura suisse. La notoriété de l’entreprise ne tarde pas à se diffuser, synonyme d’une horlogerie certes un peu rustique, mais de haute précision. Le tsar Nicolas II aurait compté parmi ses clients. En 1913, le fondateur va donner à la marque sa signature : LUC (pour Louis-Ulysse Chopard), et suivre l’expansion initiée par son fils, Paul-Louis. Les affaires prospèrent, certes, mais en vieillissant, le deuxième directeur de Chopard, ne voyant pas qui pourrait lui succéder, met l’entreprise en vente en 1963.

Karl Scheufele, père et fils, rachètent la maison suisse. Ce sont les dirigeants d’Eszeha, une entreprise allemande qui fabrique elle aussi des montres, mais moins austères que Chopard, s’approchant davantage du bijou. Si la firme germanique était florissante avant la deuxième guerre mondiale, elle est mal-en-point à l’aube des années 60 et ses dirigeants espèrent le salut dans le rachat d’une nouvelle entreprise, suisse de préférence : ce sera donc Chopard. Le mariage va profondément modifier la marque.

Des bijoux, du sport, du cinéma

Les montres Eszeha tendaient vers le bijou, la même démarche se communique aux montres Chopard. Avec la création des Happy Diamonds en 1976, des montres alliant acier et diamants mobiles, Chopard touche à la haute joaillerie.

Parallèlement, la maison s’associe à des manifestations sportives et cinématographiques. En 1988, Karl-Friederich Scheufele crée une collection de montres de sport, les 1000 Miglia, Chopard étant devenu la même année le sponsor officiel des Mille Miglia, une course automobile italienne.

Dix ans plus tard, nouveau partenariat, cette fois-ci rien moins qu’avec le Festival de Cannes. Avant de devenir coprésidente de l’entreprise avec son frère en 2001, Caroline Gruosi-Scheufele a redessiné la Palme d’or, qui est réalisée dans les ateliers genevois de la griffe. Un partenariat emblématique des liens privilégiés que la marque a noués avec le cinéma. Des stars internationales comme Pénélope Cruz, Angelina Jolie, Eva Herzigova… arborent les plus beaux bijoux Chopard, mais font aussi parfois appel à la marqué pour les orner dans tel ou tel film. C’est ce qu’aurait suggéré Cate Blanchett à la costumière d’Elizabeth, l’âge d’or. Depuis 2001, la maison rend aux acteurs un hommage à la hauteur de leurs services publicitaires, avec la création du Trophée Chopard, décerné au cours du Festival de Cannes, et qui récompense deux jeunes comédiens à la carrière prometteuse. Audrey Tautou, Marion Cotillard ou Diane Kruger chez les femmes, Hayden Christensen, Gael Garcia Bernal ou Jonathan Rhys-Meyer chez les hommes ont ainsi été distingués par le prix. Vous excuserez du peu !

La collection Animal World pour fêter les 150 ans de Chopard

En 2010, la maison célèbre donc ses 150 ans, par 150 bijoux spécialement créés à cet effet. Caroline Gruosi-Scheufele aurait eu une nuit d’insomnie début 2009, d’où serait née l’idée de cette collection : un bestiaire à la fois réaliste et merveilleux, ludique et poétique. « Nous avons consulté une multitude de sources, explique-t-elle, des encyclopédies spécialisées au calendrier chinois. » Animal World, c’est donc une kyrielle de petits animaux s’enroulant autour du doigt, du cou, du poignet, et dont le pelage, les écailles ou le plumage sont des pierres précieuses. Parmi les multiples splendeurs jaillies de l’imagination de Caroline Gruosi-Scheufele et de ses collaborateurs : des boucles d’oreilles cigognes en diamants blancs, noirs et jaunes, qui en guise de bébé, portent dans leur bec une kunzite rose pâle, en forme de poire ; deux singes de diamants bruns, qui dévorent des grenades en saphirs rouge orangé… Et comment présenter ce plastron où des poissons clowns dansent dans une cascade de topazes bleues, de pierres de lune, d’améthystes…, tous choisis parce que leur couleur était « la plus proche possible de l’eau et de ses reflets lorsqu’elle est traversée par la lumière du soleil » (dixit Caroline Gruosi-Scheufele).

Toutes ces pièces, où l’art se marie aux prouesses techniques, seront, bien entendu, vendues, certaines pièces ayant été réservées avant même leur sortie de l’atelier, mais au préalable la collection aura été exposée de par le monde, de New York à Shanghai en passant par Bombay.