
- cerise sur glace - Jean-Claude Fritz
Ensemble des techniques permettant de photographier des sujets de petite taille, la macrophotographie consiste à avoir un rapport de grossissement situé entre 1:1 et 10:1. Fleurs, insectes, objets du quotidien, minéraux... les sujets en macrophotographie sont variés et abondants. Une passion qui demande des techniques particulières, mais aussi un investissement matériel.
La nature, quelle «source inépuisable de clichés originaux», selon le photographe autodidacte, Clément Wurmser ! Entre les fleurs, les insectes, les poissons, ou encore les gouttes d'eau, les possibilités de prises de vue sont immenses en macrophotographie. Les objets de notre quotidien tels les crayons ou les boutons sont aussi des sujets pouvant dévoiler tous leurs éclats. «L’intérêt de la macrophotographie est de percevoir ce que l’œil ne peut voir et d’envisager le monde environnant sous une autre échelle», explique Jean-Claude Fritz, passionné de macrophotographie qui prend aussi bien des clichés de fleurs que d'éponges à récurer en inox.
Un matériel adapté
Pour un résultat satisfaisant, il faut, bien entendu, utiliser du matériel spécifique : objectifs macro, bagues allonges, soufflets, bonnets et même bagues d'inversion. «Le gros avantage comparé à d’autres domaines, est que les options pour tutoyer le monde du petit sont très nombreuses, et qu’il y en a pour tous les budgets. Pour les optiques, il peut vous suffire d’un 50 mm et d’une bague allonge. Ainsi, en occasion, pour 400 euros (boîtier et optique), vous pourrez commencer à explorer ce monde ! Bien sûr, vous ne pourrez pas tout faire et cela ne sera pas des plus confortables, mais l’accès à des images macro top est possible. Par la suite, l’investissement dans une vraie optique macro (pouvant atteindre le rapport 1:1) ne sera pas du luxe (les prix sont très variables)», explique Xavier Coulmier, photographe naturaliste de 33 ans.
De son côté, Clément Wurmser, auteur du livre La Macrophotographie numérique, a attrapé le «virus de la photo» grâce à un compact numérique offert par ses parents. Il raconte: «Les compacts actuels disposent tous d'un mode macro, qui permet de réaliser de très belles choses et devrait satisfaire les macrophotographes occasionnels. Pour les plus assidus, il n'y a pas de secret, le reflex numérique et l'objectif macro sont les armes absolues.»
Depuis, ce photographe autodidacte a investi dans un Canon EOS 20D et un Canon EOS 5D mark II. «Je travaille exclusivement avec du matériel Canon. Bien que Nikon dispose du système d'éclairage macro le plus évolué à ce jour, il ne propose pas d'équivalent au Canon MP-E 65 mm, objectif qui permet d'atteindre à lui seul le rapport de grandissement 5:1. J'ai donc fait le choix du grossissement au détriment de la lumière», explique ce photographe de 28 ans. Son objectif de rêve ? La toute nouvelle version du 100 mm L IS de Canon, avec stabilisateur d'image. Xavier Coulmier voit, lui aussi, «d'un bon œil» l'arrivée de la stabilisation dans la gamme Macro Canon, même si son installation sur un 100 mm n'est pas ce qui l'inspire le plus. Lui serait partant pour essayer un Canon 180/2.8 L IS USM.
Reste que certains accessoires tel le diffuseur ou la bonnette peuvent se fabriquer sur place. Le studio de Paul Starosta, photographe d'animaux, de végétaux et minéraux, est, par exemple, rempli de «bidouillages en tout genre». Il précise: «C'est à chacun de fabriquer des accessoires pour résoudre les problèmes qu'il rencontre au cours de ses prises de vue.» Clément Wurmser, quant à lui, dévoile quelques-unes de ses astuces pour fabriquer certains accessoires dans le livre précité.
Deux principales difficultés : la perte de lumière et la réduction de la profondeur de champ
Le photographe aura beau avoir du bon matériel, il ne pourra pas passer à côté des difficultés que pose la macrophotographie telle la perte importante de luminosité ou la réduction de la profondeur de champ. Paul Starosta, photographe autodidacte, précise: «Le problème majeur en macro, c’est la réduction drastique de la profondeur de champ au fur et à mesure que l’on augmente le grossissement. Du coup, on a tendance à fortement fermer le diaphragme pour garder un peu de zone de netteté et c’est là que la seconde tuile arrive: pour une même ouverture de diaphragme, la lumière arrivant sur le capteur diminue de plus en plus à mesure que l’on augmente le grossissement. On se trouve devant deux problèmes qui s’additionnent. Avec le numérique, on peut augmenter la sensibilité à laquelle on travaille, mais lorsqu’on aborde des grossissements importants la solution c’est de rajouter de la lumière.»
Pour des sujets vivants, d'autres problèmes peuvent survenir. «Les insectes ou les araignées vaquent à leurs occupations, sans se soucier de savoir si la position dans laquelle ils se trouvent favorise ou non la prise de vue. Des éléments perturbateurs extérieurs comme le vent faisant virevolter les pétales ou un prédateur bondissant sur sa proie, peuvent également entraîner des problèmes de mise au point. Une seule solution pour ces cas précis est envisageable: l'anticipation», révèle Clément Wurmser.
En studio ou sur le terrain, différentes manières de photographier
En studio ou sur le terrain, les techniques de prises de vue resteront à peu près les mêmes. Reste que sur le terrain, le photographe devra savoir à l'avance les sujets qu'il désire photographier et ainsi apporter le matériel nécessaire. Xavier Coulmier, également employé à l'Office national des forêts, a deux types de sorties sur le terrain: les courtes et les plus longues.
Il raconte: «Quand des conditions particulières attirent mon attention comme la grosse rosée matinale, je pars pour moins d'une heure avec une seule optique et sans trépied. Au contraire, quand je sais à peu près sur quel grand thème je concentrerai mon œil comme sur la glace ou les champignons, je sors pour quelques heures avec un trépied, et dès fois, avec mon second boîtier, le Canon 50D. Dans ce cas, le 65 MP-E est monté sur le 50D et sur trépied, et j’ai le Canon 1ds2 avec un objectif de 150 mm en bandoulière, mais cette configuration n'est pas la plus courante.» Quant à Clément Wurmser, lui va également partir avec du matériel adapté pour chaque sujet: «Pour les photos de libellules ou papillons, un 300 mm couplé à des bagues d'allonge offre un grandissement intéressant tout en conservant une distance au sujet confortable. Pour les gros plans ou les photos de gouttes, j'emporte systématiquement le 100mm et le MP-E.»
De son côté, Paul Starosta, auteur également de plusieurs ouvrages sur les animaux et végétaux, travaille essentiellement en studio. Il lui est indispensable d'apporter l'éclairage nécessaire pour ses prises macro. Il utilise ainsi un flash de studio comprenant un générateur avec trois torches. «Les lampes pilotes de ces torches permettent un contrôle de la lumière difficilement accessible autrement. J'ai un éclair court qui permet de figer correctement un insecte qui saute ou qui vole», explique-t-il.
Jean-Claude Fritz, quant à lui, travaille aussi bien sur le terrain qu'en studio, même s'il préfère photographier en studio. La raison ? «En studio, il est plus facile d’improviser. Quand la photo est banale, j’essaie de réfléchir sur ce qui pourrait l'améliorer. Il m’arrive par exemple de sortir ma bombe rafraîchisseur d’air et de pulvériser la fleur de fines gouttelettes. Il m’est arrivé aussi de mettre une cerise dans un bac à glaçons, permettant à la cerise d’avoir un support (en glace) et de rester droite pour la photo.»
Quelques conseils...
Bonne connaissance du sujet, patience et concentration sont les clés pour bien réussir ses clichés. «Il faut aussi de la persévérance ! Les premiers clichés sont rarement flatteurs, le taux de ratés est important, la maîtrise du matériel passe par la prise de centaines voire de milliers de vues», avise Clément Wurmser. La macrophotographie regroupant de multiples façons de faire et de voir, aucune porte «technique» ne doit se fermer, selon Xavier Coulmier.
«Commencez le plus simplement possible côté matériel et aidez-vous de vos essais et résultats pour voir quelle façon de pratiquer la macro vous convient le mieux, et quels sujets vous attirent le plus», conseille de son côté ce photographe. Voir les choses par le biais d'une optique macro peut ainsi tout changer. «Ce que votre esprit ou vos habitudes pourront considérer comme sans intérêt, voire moche, peut prendre un tout autre sens en macro. Prenez le temps d’observer les choses en oubliant ce que vous pensez savoir d’elles», continue-t-il. Ainsi, grâce aux prises de vue macro, les images feront ressortir toutes les splendeurs d'un sujet original voire quelconque. Avis aux curieux et aux futurs macrophotographes !
Pour des informations complémentaires sur ces photographes: www.paulstarosta.com / www.macrophotographie.eu / www.xaviercoulmier.com / www.artfotosweb.com
