Le Directoire (1795-1799) qui fait suite à la période de la Terreur (1793-1794) est une ère de liberté des mœurs, notamment à Paris. Plusieurs sources semblent refléter cette atmosphère.

Quelques exemples

Plusieurs rapports de police datant de l'an VII (1798-1799) comportent des éléments intéressants. Les auteurs de ces notes s'alarment de la licence des mœurs et particulièrement de la visibilité croissante des mœurs homosexuelles. Par exemple, une source de police du 27 ventôse an VII (17 mars 1799) signale: "On voit des jeunes gens se livrer à la débauche et au libertinage". [1] Dans un autre rapport de police du 2 ou 3 nivôse an VII (22 décembre 1798), il est indiqué "rue Saint-Fiacre, près du boulevard du Temple, se rassemblent tous les soirs une classe d’hommes qui insultent aux mœurs." [2] Ces quelques exemples ne sont pas exhaustifs. L'historien et homme d'Etat Adolphe Thiers (1797-1877) soulignait lui aussi la dissolution des mœurs régnant sous le Directoire. [3] L'historien Maurice Lever note que le Directoire inaugure une période de relâchement moral inédit depuis la Régence: les fêtes, les bals et la prostitution se donnent libre cours.[4]

Le sentiment des policiers

Le sentiment reflété par ces sources de police est l'existence d'une totale absence de retenue. Il faut certes pondérer ces analyses. Elles proviennent d'entrepreneurs de morale, c'est-à-dire de ceux chargés de faire appliquer les règles édictées. L'entrepreneur de morale peut être soit le juge ou le policier, chargés l'un et l'autre du respect des règles et des normes. Néanmoins, ces missives relatent tout de même une réalité certaine.

Des mœurs libres

Il suffit de nommer quelques égéries de cette période pour comprendre la liberté de mœurs qui régnait après la période de la Terreur. Il faut citer Thérésa Cabarrus (1773-1835), épouse du conventionnel Jean Lambert Tallien (1767-1820). Elle fut connue pour ses mœurs libertines. Nous pourrions citer aussi Joséphine de Beauharnais (1763-1814). La première épouse de Napoléon Ier est fort connue pour sa liberté sexuelle. Les historiens François Furet et Denis Richet notent eux-mêmes que sous le Directoire, à Paris, les mœurs ne refusent pas le plaisir.[5] Il faut aussi mentionner l'homme politique Paul Barras (1755-1829). C'est une figure emblématique de cette époque. Il est lui-même connu pour ses mœurs libertines et pour son amour des garçons. De fait, les sources semblent refléter une liberté certaine des mœurs homosexuelles à Paris: les lieux de rencontre paraissent fort bien fréquentés. Edmond et Jules Goncourt, dans leur célèbre ouvrage intitulé Histoire de la société française pendant le Directoire, dressent un tableau significatif de l'atmosphère régnant sous le Directoire. "Trois cents femmes parfumées et flottantes, dans leurs déshabillés en Vénus, laissent voir tout ce qu'elles ne font pas voir."[6] Le grand Historien Georges Lefebvre souligne que la société apparaît comme singulièrement mêlée: des nobles ralliés à la Révolution, des financiers, des nouveaux riches qui se distinguent tout particulièrement dans les lieux de plaisir.[7] Peut-être que ce contexte explique cette grande liberté caractérisant cette période?

Cette liberté de mœurs devient moins évidente avec le Coup d'état du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) ouvrant la période du Consulat. Le Consulat (1799-1804) ouvre une ère de reprise en main et de réorganisation politico-juridique, menant à un resserrement au plan moral. Le pouvoir et la réorganisation napoléonienne se mettent en place: promulgation du Code civil en 1804 et du Code pénal en 1810, sous l'Empire.

[1]ARCHIVES NATIONALES, F7/7579/A rapport du 27 ventôse an VII

[2] ARCHIVES NATIONALES, F7/3120 rapport du 2 ou 3 nivôse an 7

[3] Voir A. THIERS, Histoire du Consulat et de l’Empire faisant suite à l’histoire de la Révolution française, Paris, 1845-1862, tome premier, p. 226

[4] Maurice Lever, Les bûchers de Sodome, Paris, Fayard, 1996, p. 397-398

[5] François Furet Denis Richet, La Révolution Française, Paris, Fayard, 1973, p. 463

[6] Edmond et Jules Goncourt, Histoire de la société française pendant le Directoire, Paris, Le promeneur, 1992, p. 112

[7] Georges Lefebvre, La France sous le Directoire : 1795-1799, Paris, Editions sociales, 1984, p. 537