La question de la fin de l’Ancien Empire intéressa de nombreux égyptologues du XXe siècle. En 1971, Barbara Bell proposa une fin du premier âge d’or égyptien due à des facteurs naturels. Toutefois, en 1993, le professeur Jean Vercoutter rejeta cette hypothèse climatique. Il démontra que l’Ancien Empire égyptien n’avait pas pris fin à cause du climat. Les perturbations des crues du Nil et la fin des pluies contribuèrent cependant à déstructurer l’Ancien Empire. Jean Vercoutter chercha donc des causes politiques à la première grande crise de l’ancienne Egypte : la Première Période intermédiaire.

Il chercha donc des causes politiques. Il proposa plusieurs facteurs de déclin : la succession rapide des derniers rois (fin VIe et VIIIe dynasties), l’amoindrissement du patrimoine et de l’autorité royale, la perte du prestige des derniers rois memphites et le développement d’une aristocratie provinciale puissante.

Le prestige royal

Seul le premier facteur est réellement attesté par les sources anciennes. La perte du prestige ou du patrimoine royal est évidemment très difficile à démontrer. Aucun roi d’Egypte ne va signaler qu’il est faible ou qu’il ne possède plus grand chose ! Jean Vercoutter utilisa le conte de « Néferkaré et du général Siséné ». Ce texte non-historique qui accusait Pépy II, était connu grâce à trois copies datées du Nouvel Empire ou de la Troisième Période Intermédiaire.

Le dernier grand roi de l’Ancien Empire y était présenté comme faible et corrompu. Il empêchait la justice de rendre un verdict juste. Il avait une relation ambiguë avec son général Siséné. Toutefois, ce texte n’était pas une œuvre biographique. Il fut probablement rédigé des siècles après le règne du roi. Le général Siséné était un personnage de fiction. Aucun élément archéologique ou épigraphique de la fin de la VIe dynastie ne confirmait cette absence de prestige. Au contraire, le roi fut adoré comme un dieu pendant des décennies après son décès. Plusieurs de ses successeurs empruntèrent même son nom.

L’essor de la haute noblesse provinciale ?

Jean Vercoutter s’intéressa aussi à la noblesse provinciale. Pour lui, les principales charges devinrent héréditaires à cause de la faiblesse du pouvoir royal. Ensuite, les nobles, devenus de plus en plus puissants, s’émancipèrent progressivement du pouvoir central. Cette vision fut acceptée par les principaux égyptologues jusqu’à la fin du XXe siècle.

Pourtant, sur le terrain, rien ne confirme cette thèse. Les pouvoirs étaient bien héréditaires, mais les nomarques semblaient toujours très soucieux de plaire aux rois memphites. Mais au contraire de ce qui fut présenté, leurs pouvoirs ne s’accrurent pas à la fin de l’Ancien Empire. Les gouverneurs des nomes et les principales familles de la noblesse provinciale distribuèrent et partagèrent les principales charges administratives au sein de leurs familles. L’Egypte connaissait un essor économique, cette pratique permettait à plus de monde de jouir de cet âge d’or. La haute noblesse fut toujours soucieuse de plaire aux rois afin de conserver ses privilèges. Les rois accordaient en échange quelques marques d’honneurs à certains provinciaux.

Disparition de la haute noblesse

Le partage des principales tâches administratives au sein des grandes familles contribua à désintégrer le système de gouvernement central. Il n’y avait plus de chefs et de responsables. L’administration devenait pléthorique et tentaculaire. Tant qu’il n’y avait pas de problèmes le pays pouvait tourner mais lorsqu’une crise survenait, il n’y avait plus de responsables puissants pour la gérer.

De nombreuses causes

L’Ancien Empire s’est donc effondré suite à de multiples facteurs. Les phénomènes climatiques accentuèrent les crises politiques. Ces derniers furent multiples : succession rapides de rois, administration centrale et provinciale devenue impuissante, effondrement de la puissance des principales familles de la haute noblesse… Tous ces phénomènes provoquèrent d’autres problèmes pour le pays : famines, insécurité, flux migratoires incontrôlés. Quelques hommes nouveaux émergèrent dans les familles de la moyenne noblesse provinciale. Ils tentèrent, dans certains lieux, de surmonter les crises. Mais ces hommes nouveaux n’avaient plus aucun lien avec l’antique monarchie memphite.

Bibliographie sélective :

BECKERATH (J.) VON, The date of the end of the Old Kingdom of Egypt, dans Journal of Near Eastern Studies, v. 21, 1962, p. 140-147.

BELL (B.), The Dark Ages in Ancient History. The First Dark Age in Egypt, dans American Journal of Archaeology, v. 75, n°1, 1971.

GOEDICKE (H.), Zur Chronologie der sogenannten „Ersten Zwischenzeit“, dans Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, b. 112, 1963, p. 239-254.

POSENER (G.), Le conte de Néferkaré et du général Siséné (recherches littéraires, VI), dans Revue d’Egyptologie, t. 11, 1957, p. 119-137, pl. 7-8.

VAN DIJK (J.), The nocturnal wanderings of king Neferkare, dans Hommages à Jean Leclant, v. 4, Varia, contributions réunies par BERGER (C.), CLERC (G.), GRIMAL (N.), Le Caire, 1994, p. 387-394 (Institut Français d’Archéologie Orientale, Bibliothèque d’étude, t. 106/4).

VERCOUTTER (J.), La fin de l'Ancien Empire : un nouvel examen, dans Sesto Congresso Internazionale di Egittologia, Atti, vol. 2, Turin, 1993, p. 557-562.