Les admirateurs du Versailles d’aujourd’hui savent, pour la plupart, qu’au siècle des Lumières, le château est un état dans l’état avec une population de 3.000 à 10.000 personnes dont certaines vivent sur place. On rénove, on améliore et on augmente les surfaces des appartements de la famille royale et des courtisans, ces logements sont cédés selon des règles bien précises qu’ignorent, aujourd’hui encore, les visiteurs.

Les plans du château apparaissent vers 1705, dessinés par Mortin, ils sont améliorés en 1735 et 1755 par l’architecte Jean-François Blondel.

Les premières attributions sous Louis XIV

Pour obtenir un appartement, il faut plaire au Roi, car lui seul décide. Louis XIV est le premier à prendre en main le rapprochement de sa famille et de certains courtisans triés sur le volet. Les choses se passent simplement car les heureux destinataires d’un logement sont moins nombreux qu’ils ne le seront plus tard. Il est, donc, facile de s’établir dans cet endroit si convoité. Le Roi choisit d’accorder ses faveurs en fonction de renseignements et d’investigations qu’il reçoit principalement d’Alexandre Bontemps, son premier valet de chambre qui est devenu, avec le temps, une sorte d’ami, en lequel il a une totale confiance.

Entre Septembre 1715 et Octobre 1789, les difficultés pour vivre au Château

A la mort du Roi Soleil, Louis XV, puis Louis XVI plus tard continuent de choisir leurs préférés, mais les complications sont considérables. Malgré la construction de certains bâtiments rajoutés, la famille royale s’agrandit avec les nombreux enfants, leur descendance, les soeurs, les oncles, les tantes et les cousins du Roi, chacun avec leur Maison (entendez par là, leurs officiers, dames d’honneur, valets et femmes de chambre) tout ce petit monde est logé au Château et pose un réel problème pour les courtisans dont le nombre va croissant avec les années et qui ne peuvent tous être hébergés à la Cour.

Pour pallier à ce “désastre”, ils construisent des hôtels particuliers autour de la résidence royale. Certains sont toujours au même endroit aujourd’hui et donnent un charme très spécial aux grandes avenues.

Une fois acquis, il faut garder son appartement coûte que coûte

Avoir quelques pièces n’est rien en comparaison de la complexité pour pouvoir les garder. Chacun cherche à augmenter la surface de son territoire pour disposer, sur place, d’un pied à terre de qualité et n’hésite pas à proposer d’empiéter sur un appartement voisin ou carrément se l’approprier.

Le Roi est aidé par un contrôleur général des bâtiments qui présente les nombreuses requêtes des familles logées au château, en vue d’agrandissements et/ou d’améliorations.

Il y a parfois, en effet, urgence, vu l’état d’insalubrité de certains lieux, mais également des exigences qui sont non fondées par une noblesse avide de son rang.

Les attributions sont appelées “les bons du Roi”, le monarque se contentant d’inscrire le mot “bon” en dessous du nom de la requête.

L’état des appartements proposés

On peut imaginer que certains endroits sont somptueux avec leurs pièces en enfilade comme il est de coutume à cette époque. Ils sont accordés aux grandes familles nobiliaires qui tiennent des rôles importants à la Cour.

D’autres, en revanche, donnent sur les cours intérieures, ils sont petits, sales et peu entretenus. La simple mansarde fait également partie du choix auquel le Roi se prête. Les courtisans acceptent tout pour vivre à Versailles et consentent parfois d’avoir de petites pièces sombres à côté de ce qu’il est convenu d’appeler un lieu d’aisance avec les inconvénients d’odeurs et d’humidité qui rendent pratiquement impossible toute installation digne de ce nom. Mais qu’importe, il faut vivre à Versailles si l’on veut faire partie de la fine fleur qui fréquente les lieux.

Les maitresses royales reçoivent toutes des appartements exceptionnels.

Un exemple, Louis XV, la soixantaine, fou amoureux d’une très jeune femme, qu’il fait Comtesse du Barry, lui offre une partie de ses appartements privés au dernier étage du Château avec vue imprenable sur la cour de marbre.

Au Siècle des Lumières, Versailles est convoité par une population désireuse de s’installer au plus près du Roi, le but étant de se faire remarquer et de recevoir la faveur royale et toutes les prérogatives qui en découlent. Tous les moyens sont bons pour atteindre ce nirvana.

Les bâtiments sont divisés, construits, reconstruits, élevés, abaissés, agrandis ou rapetissés, un peu comme un immense gruyère, ce qui donne, aujourd’hui une impression curieuse lorsque l’on visite l’intérieur du château, là, où le public va peu. En certains endroits, l’architecture semble bizarre et quelque peu surréaliste, ce sont, en réalité, les restes d’une époque révolue où il fallait être auprès de la famille royale pour croire, enfin, faire partie de l’élite du moment.

Sources:

Livre: L’espace du roi. William R. Newton