De simple amusement, la chasse passe au Moyen Age, au rang de première distraction des nobles du royaume et répond à un savoir et à un langage bien précis. Elle met aussi en évidence l'appartenance sociale, car elle n'en reste pas moins un loisir fort coûteux.

La vènerie: une chasse exclusivement masculine

La vènerie, ou chasse à courre, est organisée dans les forêts entourant le logis seigneurial, elle a pour but de traquer un animal à l'aide d'une meute de chiens. Cette chasse est exclusivement réservée aux hommes, car elle est réputée dangereuse et agressive.

Les gibiers recherchés sont nombreux: sangliers, lièvres, biches. Mais l'animal le plus prisé reste le cerf.

Pour ce type de chasse il faut donc des chiens, obéissants et à l'écoute du veneur qui est en charge de la meute. Selon Gaston Phœbus, comte de Foix et grand chasseur de l'époque, les chiens sont répertoriés en cinq catégories selon leur caractère, leur force et leur vitesse de course.

Le déroulement de la vènerie est très codé: le veneur part en éclaireur accompagné de son limier (chien de chasse) afin de situer la proie. Il revient faire son rapport aux seigneurs qui attendent, déjà prêts sur leur monture. Et tous se lancent dans une folle cavalcade au son des cors et des aboiements d'une meute excitée. Tout l'art de la vènerie réside dans l'aptitude à contrer les ruses de l'animal traqué. En effet, la proie use de tactiques diverses pour échapper à ses assaillants qui sont répertoriées comme suit:

  • Le change, l'animal se confond parmi d'autres congénères afin de tromper l'odorat des chiens,
  • Le passage d'eau, l'animal traverse un ruisseau ou une étendue d'eau et distance ainsi les chiens,
  • Le forlonger, l'animal prend une grande avance et réussit à semer les chiens,
  • Le hourvari, l'animal revient sur ses pas créant un enchevêtrement de traces et d'odeurs difficilement décelables par les chiens.
Une fois capturée, la bête est mise à mort à l'arc, à l'épée ou au couteau; s'ensuivent le dépeçage et le découpage et chaque participant repart avec un morceau du trophée durement gagné. Le soir venu un repas est organisé, pour se remémorer les moments forts de la journée, ponctué par des rires et des chants.

La volerie: une chasse ouverte aux femmes

La volerie est une chasse moins éprouvante et plus sûre à laquelle les femmes peuvent participer. Elle se pratique avec des rapaces savamment dressés pour traquer du gibier à plumes comme le faisan, le héron ou la grue. Le faucon, mais aussi l'autour, sont les oiseaux les plus appréciés pour ce genre de chasse.

Les meilleurs moments pour pratiquer ce sport sont le matin ou la fin d'après-midi.

Cette chasse est moins coûteuse que la chasse à courre car elle demande moins de personnel et d'animaux. Un ou plusieurs chiens accompagnent le seigneur ou la dame afin de récupérer la proie tuée par le rapace.

Le dressage est très délicat et demande beaucoup de patience et de savoir-faire de la part de l'oiselier ou du fauconnier qui en a la charge.

Un moyen ingénieux de distinction sociale

Cette distraction est donc réservée à la noblesse, car elle est très onéreuse et s'effectue sur des terres royales ou seigneuriales. Les nobles aiment à se distinguer par ce loisir en s'affichant souvent avec un oiseau au poing pour montrer leur haut rang.

Grâce à ce sport, les seigneurs peuvent aussi garder un contrôle sur leurs terres non cultivées et sur leurs forêts pour surveiller les paysans qui y braconnent souvent.

Ils usent de leur plein pouvoir et montre avec orgueil leur statut en punissant sévèrement les fauteurs de trouble.

Source

Jacques Paviot, Tournois et chasse: des sports nobles, Historia thématique "La vie de château", n°100, 2006