Ces expositions témoignent d’une pluralité des mondes de l’art, celles de chacun de ces artistes.

Pour la 11e édition de la Biennale de Lyon, Victoria Noorthoorn, commissaire d’exposition a choisi Une terrible beauté est née ; celle de l’art contemporain ?

Elle dit : « Avancer à l’aveugle, dans le noir, pas à pas, d’œuvre en œuvre, guidée par les artistes en partageant avec eux l’incertitude du présent et l’absolue nécessité de l’art ». Elle réhabilite l’imagination, première des émancipations, qui permet de faire cohabiter le rationnel et l’irrationnel, et d’explorer, non sans risque, le réel et le mystique, le délire, l’absurde, le jeu, le hasard...

Chacune des Biennales est illustrée par un mot qui oriente le choix des œuvres : de 1991 à 1995 est choisi le mot «histoire», de 1997 à 2001 celui de « global », et de 2003 à 2007 celui de «temporalité » Pour cette 11e édition, c’est le terme « transmission ». La naissance comme transmission ? La création comme enfantement « terrible » tempéré par la beauté ?

Le paradoxe du titre

La contradiction tient dans le titre lui-même: il marie la beauté et sa naissance à la terreur qu’elle peut inspirer. Les littéraires pourront penser à la phrase célèbre de Boileau : « Il n’est pas de serpent, ni de monstre odieux qui par l’art imité ne puisse plaire aux yeux ». Les amateurs d’art penseront eux à la hideuse nudité de La Belle Heaulmière de Rodin. Les philosophes à la phrase de Kant : « L’art n’est pas la représentation d’une belle chose mais la belle représentation d’une chose ». La beauté de l’œuvre n’est pas celle de la nature.

« L’émergence de la beauté adoucit-elle la brutalité du réel ou n’en renforce-t-elle pas au contraire les horreurs ? » La problématique est posée, en réaction au présent; les artistes, une soixantaine venus du monde entier, vont tenter d’y répondre en présentant aux spectateurs leur fiction et en prenant position à l’égard du monde. Les images proposées par la Biennale seront sources de réflexion sur ce qu’elles soulèvent comme questionnement, entraînant un dialogue entre les artistes eux-mêmes et le public dans un projet interactif.

Parmi les artistes présents

Parmi eux Robert Filliou. Il prône une « ascèse créative » atteinte lorsque l’artiste se retrouve « sans désir, sans décision, sans choix », et érige le principe du « bien fait, mal fait, pas fait », sorte d’art a minima, détourné et initialisé par le mouvement Fluxus pour qui « l’art est ce que j’en fais » et le démontre.

Dans la lignée du Readymade, du Dadaïsme et du Pop art, La Clé dans le métro, bien que datant de 1965 , est caractéristique de quelques gestes artistiques actuels présentés à la Biennale. Les artistes, dont Arman, Fillou, Spoerri, Warhol, Christo, Kaprow, confinaient les œuvres d’art et des objets divers dans des casiers de consignes de métro ; il fallait acheter les clés et le produit de la vente permettait de financer un repas. Ce choix du banal conduira les artistes à imposer comme forme d’art recevable, le kitsch, apologie du non-style.

Jorge Macchi, artiste argentin, dans un Jardin à la française, met en lumière la dimension dramatique de notre quotidien. Avec peu de moyens, son travail éphémère, souvent suscité par des anecdotes et des hasards, montre le fossé « terrible » qui existe entre notre conception logique du monde et nos émotions. Ses œuvres suggèrent l’existence d’un monde parallèle mystérieux et dérangeant sous la banalité de notre quotidien.

La Brésilienne Laura Lima exerce son champ d'action entre ordre et chaos: « l’énorme poulailler » à la beauté déconcertante, annoncé à l’exposition, peut être lu comme la représentation d'un processus artistique qui oscille entre création et destruction et la propre peur de l’artiste de s’y perdre. Ses « performances » sont des mises en scène théâtrales où se joue, pendant l’intégralité d’une exposition, toute la journée, une action. La présence de performers lui sera nécessaire et la Biennale recrute, pour the Puller, un homme de 20 à 50 ans, en bonne condition physique, qui sera nu et athlétique, requis pour se libérer de liens qui l’attachent aux colonnes du rez-de-chaussée de la Sucrière ou (l’ambiguïté est présente) pour tenter à l’aide de ce harnais de détruire chaque jour un peu plus l’architecture du bâtiment.

Le hollandais Michel Huisman bâtira un énorme poisson à l’intérieur duquel deux personnes pourront s’immiscer. La réalisatrice brésilienne Daniela Thomas plongera les visiteurs dans l’absurde avec la réadaptation de la pièce Breath de l'écrivain Samuel Beckett. D’autres répondront à ce que l’étrangeté peut avoir de « terrible » : le Vénézuélien, Javier Téliez, établit le lien entre la maladie mentale et l'art à travers sa vidéo La Passion de Jeanne d'Arc. Et enfin, il y a les optimistes et les utopistes comme le slovaque Stano Filko et ses gros ballons.

Marlene Dumas, originaire d'Afrique du Sud, installée en Hollande, explore des thèmes aussi divers que l'histoire de l'art et la littérature, la sexualité, le racisme et l'Afrique, la religion, ainsi que les notions de culpabilité et de pardon. Dans une perspective sociale et sexuée, elle explore le corps humain et peint la nudité, mais aussi des portraits d'enfants malades ou des corps violentés, dans toute leur poésie et leur déchéance. Son travail rappelle les gestes picturaux de l'expressionnisme, tout en combinant la distance critique de l'art conceptuel avec les plaisirs de l'érotisme. La relation entre l'art et la beauté féminine sont des thèmes récurrents dans son travail.

Les visages composés par l’artiste Erick Beltrán qui illustrent les affiches de l’exposition, témoignent de la déconstruction des systèmes visuels et des interrogations relatives à la communication de masse pour « une expérience assez inédite de l'art… des travaux très ambitieux et assez surprenants… un voyage entre des moments assez durs de réflexion sur notre réalité et des moments de libération de l'imaginaire » ainsi que nous l’explique la commissaire.

Lire les articles sur l'historique de la Biennale; de 1991 à 2000 et de 2000 à 2007

A voir l'album photo

Du 12 septembre au 31 décembre 2011.