Il y aura deux cent vingt années le 3 septembre, Marie Thérèse Louise de Savoie Carignan princesse de Bourbon Lamballe était atrocement massacrée devant la prison de la Force à Paris, à l'occasion des journées de septembre 1792. Qui était cette infortunée princesse? Quel est le contexte de cet assassinat ? Comment comprendre une telle sauvagerie?

Sa vie, sa personnalité

Marie Thérèse Louise de Savoie Carignan naît à Turin le 8 septembre 1749. Elle est la fille du prince Louis Victor de Savoie Carignan (1721-1778) et de Christine de Hesse-Rheinfels-Rothenbourg (1717-1778). En 1767, elle épouse Louis Alexandre de Bourbon Prince de Lamballe (1747-1768). Ce dernier est l'arrière petit fils de Louis XIV (1638-1715). Il est le petit fils du Comte de Toulouse (1678-1737), fils naturel du Roi soleil et de Madame de Montespan. Elle appartient donc à la plus haute noblesse de France et est issue de la famille royale du royaume de Piémont Sardaigne. Sa famille régnera sur l'Italie jusqu'en 1946. L'amitié avec Marie Antoinette (1755-1793) est très rapide, dès l'arrivée en France de la jeune archiduchesse d'Autriche et désormais Dauphine de France. La jeune reine de France fait nommer son amie surintendante de la maison de la Reine en 1775. Cette proximité avec la reine et cette charge de Surintendante suscitera des soupçons d'homosexualité féminine entre les deux femmes.[1 De plus, Madame de Lamballe deviendra un symbole exécré de ce que l'on rejette le plus dans l'Ancien régime.

Sa mort : un supplice horrible

La mort de la princesse de Lamballe est à situer dans les évènements d'août et septembre 1792. A la suite du 10 août 1792, la famille royale est enfermée à la prison du Temple et Madame de Lamballe est conduite à la prison de la Force, se trouvant rue Saint Antoine. La patrie est décrétée en danger, suite à la menace d'invasion par les puissances étrangères et on décide de s'en prendre aux ennemis intérieurs, peuplant les prisons parisiennes. Ainsi, la Princesse de Lamballe est condamnée à mort après un simulacre de procès. Elle est tuée et décapitée : la foule promène sa tête au bout d'une pique jusque sous les fenêtres de Marie Antoinette au Temple. A ceci, certains décrivent des outrages répugnants ayant été opérés sur son cadavre : coeur arraché et corps horriblement mutilé traîné dans Paris. L'historien Antoine de Baecque pose la question de l'exactitude de ces descriptions horrifiantes.[2 En prenant pour témoin, les procès-verbaux de la section sans-culotte des quinze-Vingts rue du faubourg Saint Antoine, l'historien signale que selon ces sources le corps de l'infortunée princesse ne fut pas déshabillé et nullement démembré.

Un symbole exécré des excès de l'Ancien régime

Madame de Lamballe fut exécutée comme femme de cour et personne très proche des souverains déchus. Comme le souligne Antoine de Baecque, son ancienne fonction de surintendante de la maison de la reine lui a valu une réputation détestable.[3 La princesse serait devenue sournoise, intrigante et perfide selon la rumeur, comme le note Alain Vircondelet. Nul doute que ses anciennes fonctions l'ayant suffisamment exposée, ceci devait largement lui coûter la vie, le matin du 3 septembre 1792. Egalement, avec la déclaration de guerre au roi de Bohème et de Hongrie, le 20 avril 1792, on dénonce un comité autrichien dans l'entourage du roi et de la reine. Le 23 mai 1792, Jacques Pierre Brissot (1754-1793) fait une déclaration à l'Assemblée législative, où il affirme l'existence de ce comité autrichien. Il fait mention de conférences mystérieuses dans le cabinet des ministres ,et dénonce les français rebelles, notamment la maison de Polignac à Vienne en Autriche.[4 On soupçonnait Madame de Lamballe de n'être pas étrangère à ce comité autrichien.

Les soupçons de lesbianisme

Une autre accusation désastreuse pour Madame de Lamballe est le soupçon d'homosexualité avec la reine de France. Ainsi, la rumeur d'un prétendu complot lesbien ne cessera pas jusqu'à la mort de Marie Antoinette.[5 Plusieurs pamphlets font références au prétendu tribadisme (lesbianisme) de la princesse. Notamment, l'Almanach des honnêtes femmes dédie le mois de novembre aux tribades. Le jeudi 11 novembre est mentionnée la princesse de Lamballe.[6 L'historienne et universitaire Marie Jo Bonnet fait mention de cette accusation à l'encontre de la princesse de Lamballe.[7 Cette accusation eut une influence certaine sur le destin tragique de Marie Thérèse de Lamballe. Ainsi le 3 septembre 1792, on aurait entendu : " C'est l'amie de l'Autrichienne, la Sapho du Trianon, à mort". Il faut dire que ce type d'accusation était fréquent dans une littérature pamphlétaire prérévolutionnaire et révolutionnaire.

Marie Thérèse de Savoie princesse de Lamballe périt ainsi victime de sa réputation et de la calomnie.

[1 voir Alain Vircondelet, La princesse de Lamballe : l'ange de Marie Antoinette, Paris, Flammarion, 1995, p. 109

[2 voir Antoine de Baecque, "Les dernières heures de la princesse de Lamballe", L'histoire, n° 217, janvier 1998, p. 74-78

.[3 voir Antoine de Baecque, "Les dernières heures de la princesse de Lamballe", op. cit., p. 77

[4 voir Discours sur la dénonciation contre le comité autrichien et contre M. Montmorin, ci-devant ministre des affaires étrangères, prononcé à l'Assemblée nationale, à la séance du 23 mai 1792, par J.-P. Brissot, député du département de Paris. Imprimé par ordre de l'Assemblée nationale, Paris, Imprimerie nationale, 1792 (présent dans les collections de la Bibliothèque nationale de France), p.7, p. 17

[5 voir Alain Vircondelet, La princesse de Lamballe , op. cit. p. 109

[6 voir Maréchal Sylvain, Almanach des honnêtes femmes pour l'année 1790, Paris, impr. de la société Joyeuse, 1790, 30 p., p. 26

[7 voir Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes : XVIe - XXe siècle, Paris, O Jacob, 1995, p. 201