L’Inspection générale des Affaires sociales continue de bousculer le système français de pharmacovigilance. Après un premier rapport critique sur l’affaire du Médiator en janvier dernier, l’Igas présente un second rapport au ministère de la Santé qui lui a demandé «les mesures susceptibles de doter la France d’un dispositif (du médicament) efficace». Parmi ses suggestions les plus iconoclastes, l’Inspection veut carrément supprimer la profession de visiteur médical qui, pourtant, fait vivre quelque 18 000 salariés en France. A terme, l’Igas veut remplacer les visiteurs médicaux par «un organisme public d’information sur le médicament», commun à l’Afssaps, à la Haute Autorité de Santé (HAS) et à l’Assurance-maladie. La visite médicale est-elle vraiment menacée de disparaître et pour quelles raisons?

Comment limiter le poids des laboratoires sur les prescripteurs?

  • Pas d’alternative.
«La mission estime qu'il n'y a pas d'alternative à la suppression de la visite médicale comme les tentatives de régulation menées depuis quelques années l'ont montré», dit le rapport de l’Igas qui juge «indispensable» de «limiter le poids des firmes pharmaceutiques sur les prescripteurs», qu’ils soient spécialistes, généralistes ou médecins hospitaliers.

  • Baisser les prix du médicament.
En même temps qu’elle prône la suppression de ce métier, l'Igas propose de baisser «à due concurrence le prix des médicaments». L’argent ainsi économisé serait affecté au financement de la formation continue des praticiens, à leur information plus objective et à celle des patients.

  • «La France serait la seule»
Christian Lajoux, président du Leem, le syndicat de l'industrie pharmaceutique, estime qu’il serait «inconcevable» de supprimer cette profession. «La France serait le seul pays au monde à s'en passer, plaide-t-il mardi 21 juin dans le Figaro. «Et elle projetterait une image très négative en termes de liberté des entreprises et d'attractivité dans le domaine médical». Et d’affirmer que l’Igas veut faire des visiteurs médicaux des «boucs émissaires de la sécurité sanitaire».

  • Une refonte ou une suppression?
Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, présente jeudi 23 juin sa réforme du système du médicament. Mais pour lui, il n’est pas question de faire disparaître la profession de visiteur médical. Il envisagerait plutôt une refonte de cette spécialité et un encadrement plus sévère.

Où en est la profession de visiteur médical ?

  • Des effectifs en chute libre.
En 6 ans, les effectifs ont diminué de 24%. Les visiteurs médicaux étaient 24 000 en 2004, et ils ne sont plus que 18 300 aujourd’hui. La réforme de l'Assurance-maladie, ajoutée à la montée en puissance des génériques et à la baisse du coût des médicaments ont entraîné de nombreux plans sociaux. D'ici trois ans, les délégués médicaux devraient être moins de 16 000 en France. 84% d'entre eux travaillent pour un seul laboratoire et 16% pour des prestataires de services.

  • 50 000 km par an.
Leur métier consiste à rencontrer les médecins en cabinet ou à l’hôpital, en ville ou à la campagne, avec ou sans rendez-vous. Ils font en moyenne 50 000 km par an et visitent environ 120 médecins chaque mois. La plupart des visites se déroulent tôt le matin et les délégués font leurs rapports l’après-midi ou prennent d’autres rendez-vous par téléphone pour les jours suivants.

  • Inciter à prescrire.
Leur mission consiste à faire mieux connaître aux médecins mais aussi aux pharmaciens les médicaments de leur laboratoire, et à les inciter à les prescrire. Le travail du délégué médical est donc essentiellement commercial, dans le cadre de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM).

  • Informer des effets secondaires.
Une autre partie de leur travail relève plus de «la pharmacovigilance». Ils doivent ainsi «faire le lien entre le laboratoire et les médecins», et déclarer notamment les effets secondaires des traitements et les interactions entre les médicaments.

Quelles évolutions ces dernières années ?

  • Une charte contre les abus.
En 2004, une charte de la visite médicale a été signée par la profession pour faire face aux abus. Elle précise que «le délégué médical ne doit pas utiliser d'incitations pour obtenir un droit de visite ni offrir à cette fin aucune rémunération ou dédommagement», et elle interdit le don d'échantillons. Ce qui n’a pas empêché l'Igas de condamner en 2007 «des méthodes visant notamment à circonvenir les capacités de réactions critiques des médecins».

  • Finis les cadeaux?
En 2009, la Haute Autorité de Santé (HAS) a cependant constaté la quasi-disparition des cadeaux: «Les enquêtes ont montré une très forte diminution des remises de cadeaux et d’échantillons, et de proposition de participation à des enquêtes et études marketing».

  • Des budgets voyages plus serrés.
«Nous recevons chaque année, entre 60 000 et 70 000 dossiers d’hospitalité», c’est-à-dire des propositions de voyages et de séminaires, explique le Dr François Rousselot, président de la Commission en charge des relations entre les Médecins et l’Industrie au Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM). «Les laboratoires doivent indiquer qui invite, qui est invité, le lieu, la date, la durée, le thème scientifique et par qui le débat sera conduit» Le Conseil de l’Ordre rend alors un avis.

Qu’en pensent les médecins prescripteurs ?

  • 93% des médecins.
L’Association Qualité et Information médicale (AQIM) a mené une étude auprès de 1482 médecins (40% de généralistes, 42% de spécialistes hospitaliers et 18% de spécialistes libéraux). Il en ressort que la presque totalité (93%) reçoivent les visiteurs médicaux dans leur cabinet. Les généralistes accueillent en moyenne sept visites par semaine, les spécialistes libéraux près de quatre et les spécialistes hospitaliers près de trois.

  • Un jugement sévère.
On pourrait croire, avec une telle proportion, que les médecins sont satisfaits des visiteurs médicaux. Ils sont plus nuancés et portent parfois un jugement sévère, notamment sur «la qualité éthique de la communication» qui leur est transmise: 5% d’entre eux seulement l’estiment «parfaite», 70% la jugent «acceptable» ; 20% évoquent un «strict minimum» et les 5% restants la trouvent «mauvaise».

  • Une formation.
Depuis 1997 pourtant, chaque visiteur médical doit être doté du diplôme universitaire de visite médicale (Deust ou Du) ou de celui de Sciences de la vie assorti d’une formation spécifique Tous les 6 mois, doit être vérifié en interne son niveau de connaissances sur les produits qu’il présente, les pathologies concernées et la réglementation.

Sources: francesoir.fr, nouvelobs.com, destinationsante.com, liberation.fr, europe1.fr, lefigaro.fr, destinationsante.com, 20minutes.fr.

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