
- Légion romaine tardive: histoire vivante en action - association des Herculiani
Les Herculiani sont une association loi 1901 qui œuvre, en partenariat avec d’autres associations (Foederati, Letavi, Ordalies…) en faveur de la diffusion d’un savoir culturel acquis auprès d’archéologues et d’historiens qui encadrent ces activités.
Ses membres ont fait le choix de limiter leur action autour d’un thème précis et restreint: celui du soldat romain du IVe siècle ap.J.-C. dans la partie occidentale de l’Empire aux alentours du règne de l’empereur Julien dont le palais se trouvait à Lutèce sous l’actuelle palais de justice de l’Ile de la Cité. Ce choix n’est pas anodin puisqu’il repose sur le développement actuel des recherches scientifiques consacrées au mobilier militaire et à l’histoire militaire de l’Antiquité tardive.
Un travail de coopération
Chercheurs et passionnés travaillent de concert à la reproduction du mobilier militaire mis en évidence par l’archéologie afin d’étudier, par exemple, les différentes étapes de production, les processus d’entretien et d’usure, le maniement des armes, les techniques de combat... Cette démarche a pour objectif de s’interroger sur les mécanismes régissant la fabrication, l’utilisation, l’entretien et l’abandon du mobilier mais également à retrouver les gestes et à donner du sens à l’objet. Ainsi, l’ensemble de la démarche expérimentale repose-t-il sur la volonté de proposer une re-contextualisation du mobilier permettant de répondre tant aux attentes du scientifique qu’à celles du public.
L'utilisation des sources historiques et archéologiques
L’une des applications des recherches scientifiques revient à s’interroger sur l’utilisation des armes mises au jour par l’archéologie afin d’essayer d’aborder la question de l’escrime antique. Effectivement, en dehors de certains traités de stratégie, il n’existe aucun traité d’escrime pour les périodes antique et médiévale avant le XIVe siècle. Le premier traité d’escrime connu à ce jour est le codex Royal Armouries MS.I.33. La volonté de retrouver les gestes afin de donner du sens aux vestiges archéologiques, aux représentations iconographiques et aux propos des auteurs antiques a conduit les membres de cette association à définir un protocole expérimental en amont duquel se situe l’étude des sources archéologiques, écrites et iconographiques, pour aboutir à la définition des problématiques de recherche, telle que la gestion des intervalles entre les hommes, le turn-over ou le remplacement de ligne, la position de garde, la fonction et le fonctionnement de l’armement.
Les recommandations de Végèce dans son traité de stratégie, le De Re Militari, sont en amont de ces problématiques: «L’espace qu’occupe chaque soldat dans le rang, à droite et à gauche de son camarade, est de 3 pieds […] si on veut que chacun ait un libre usage de ses armes, sans qu’il y ait cependant trop de vide entre eux» (Végèce, De Re Militari, III,13). Trois pieds correspondant à environ 90 cm, l’utilisation des boucliers romains tardifs de forme lenticulaire, respectant les dimensions connues par les vestiges de Doura Europos, a permis aux tests expérimentaux de définir un espace de 60 cm entre deux hommes, soit l’espace nécessaire au passage des soldats de seconde ligne en première ligne dans la configuration d’un turn-over. De même, cet espace permet le libre mouvement des fantassins de première ligne, tandis qu’il est comblé par les hastae en position haute des soldats de la seconde ligne.
L’intervalle compris entre deux fantassins est également suffisant pour permettre un turn-over efficace, c’est-à-dire le passage des fantassins de la seconde ligne en première ligne pour gérer la fatigue des soldats. Ce terme moderne, qui désigne une pratique antique, fut certainement le plus problématique à expérimenter. Les premiers tests furent décevants car la seconde ligne perturbait l’agencement de la première tout en cédant du terrain. L’iconographie a permis alors de pallier ce problème, car elle témoigne le plus souvent d’une utilisation offensive du bouclier qui va à l’encontre de la théorie anglo-saxonne du shield-wall qui se révèle être un véritable non-sens lors de son expérimentation.
La théorisation en reconstitution historique
Cette théorie fut expérimentée par les reconstitueurs de l’association Comitatus dont les activités se firent également en contact étroit avec des professionnels. Les tests expérimentaux mis en place par les professionnels et les passionnés de cette association remettent en cause la notion de shield-wall pour l’époque romaine tardive où le bouclier est surtout utilisé comme arme de percussion ou de maintien à distance. Ce n’est pas le bouclier qui fait office de «mur défensif» mais la disposition des fantassins en ligne et en colonne en ordre serré. L’escrime romaine tardive repose, d’une part, sur le jeu des espaces entre les hommes (ordre serré ou non) et, d’autre part, sur l’utilisation raisonnée du bouclier en percussion qui vient libérer de l’espace pour la frappe avec les armes offensives.
Davantage qu’un rempart, le bouclier est un outil destiné à tenir l’adversaire à distance et/ou à perturber ses mouvements. Pour ce faire, la partie inférieure du bouclier doit être portée vers le visage, le torse ou les genoux de l’adversaire selon la situation générale du combat ou selon la technique de combat envisagée.
Conclusion
Il ne s’agit pas de détailler ici l’ensemble des recherches effectuées par cette association mais bien de témoigner de la possibilité de répondre à l’ensemble des attentes des différents acteurs. Le public assiste à un beau combat distrayant sans s’apercevoir de la dynamique pédagogique instituée par l’archéologue-expérimentateur. Celui-ci a pu soumettre aux tests des problématiques issues de l’étude des sources écrites, iconographiques et archéologiques qui se trouvent alors confirmées ou infirmées tout en respectant les attentes des reconstitueurs passionnés.
Pour plus d’informations : http://monsite.orange.fr/lesherculiani/index.jhtml
