Henry de Montherlant et son refus de jouer le jeu de la société

Henry de Montherlant - google images
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Comme un enfant gâté, Montherlant déteste les corvées, les devoirs. Il n'aime à faire que ce qui lui plaît, quel qu'en soit le prix à payer socialement..

Souvent quand on croise un officiel en représentation, un ministre par exemple, il arrive qu’on envie sa voiture avec chauffeur, le palais national où il loge gratuitement sa famille, ses entrées à l’Elysée, la richesse de sa table, ses relations vantées dans les magazine people… Tout ça, toute cette «importance» laisse Henry de Montherlant de marbre, indifférent !

Une facture très salée

Pourquoi ? La réponse est dans ses Carnets où évoquant une vie dite "réussie", il pointe une « donnée essentielle, d’ordinaire assez inconnue du monde : le temps qu’on a payé ce qu’on a obtenu. Non pas en argent mais en actes ennuyeux ou indignes. »

Et de poursuivre : « Telle vie paraît admirable, où tout a été payé si cher, en obéissances et en pensums, qu’une telle vie si brillante soit-elle, ne peut être tenue que pour un échec. Et telle autre apparaît un peu ratée, qui a été magnifiquement réussie, parce qu’on a payé très peu. »

En clair, certains clochards ont mieux vécu que certains présidents de chambre de commerce !

Chercher des chaînes

Pour Montherlant, « les hommes ont inventé le devoir et s’empoisonnent la vie avec des obligations envers des entités que souvent ils ne respectent pas et n’aiment pas. Tel se ruine pour une famille qu’il a en horreur ; tel souffre des camouflets reçus par sa patrie, qui l’écoeure ; d’innombrables se contraignent en vue de devoirs religieux, et ne "croient" pas. »

Bref, conclut-il, superbe : « Chacun va chercher des chaînes, et se les attache. Et gronde et mord si on veut les lui enlever. » On voit ce spectacle tous les jours...

Concernant ces chaînes, que cet amateur du bonheur de vivre a toujours refusé de s’attacher, deux mots sur celles de la vie littéraire car, côté famille, son goût pour les garçons avait réglé "le problème".

Le talent littéraire

La célébrité littéraire, si Montherlant l’a connue, il en a toujours refusé « les travaux forcés » ! D’où son désir de fuir les « réponses aux enquêtes, présidences, comités, lectures de manuscrits d’inconnus, préfaces, invitations, jurys, congrès, voyages aux frais de la princesse et autres honneurs…»

Pour lui, « il n’y a pas de devoirs du talent sur le plan social. Il y a des parasites, qui veulent vivre de nous, et des désoeuvrés », point barre.

Maisons d’édition

La gloire venant, il se voit un jour offrir des propositions par trois maisons d’édition... D’aucuns auraient sauté de joie, pas lui : « La sensation du moment où c’est la terre qui vous tire vers le bas. Devenir un pondeur de copie, un richard, et un important... »

Il voit tout de suite l’envers de ces "promotions" : « C’est toujours la même chose : on veut m’attacher, m’engager. Et moi, je suis un esprit de l’air. Je sais bien ce qui me nourrit : ce sont les satisfactions de mon esprit, de mon cœur, de ma chair ; tout cela demande la liberté ! »

Et de conclure, en bon aristocrate : « Plutôt avoir peu d’argent et être libre, qu’en avoir beaucoup, attaché. »

Des lacunes dans ma vie

Le pire, c’est que ce genre de réussite éclatante ne prend pas seulement du temps, beaucoup de temps ! Elle laisse aussi un goût d’insatisfaction à l’heure du grand départ...

Et Montherlant de citer le cas d’un de ses arrières-grands-pères qui, après une vie "archi-remplie" (écrivain, avocat, député, directeur d’un quotidien de Paris), ne trouva que ces mots à dire sur son lit de mort : « Il y a eu bien des lacunes dans ma vie ! »

C'était bien la peine de tant s'agiter !

Le plaisir des sens

Pour Montherlant, ce qui compte c’est de privilégier le plaisir des sens : « Je ne saurais trop rappeler combien je crois qu’il n’y a de véritable et de raisonnable – au milieu de toutes les choses sérieuses - que la jouissance dont nous avertissent directement les sens, sans l’intermédiaire de la raison. Il y a là une côte, une terre ferme qu’il ne faudrait jamais perdre de vue quand on s’embarque avec moi sur l’océan hasardeux de la sublimité. »

D’aucuns, à la lecture de ces lignes penseront que Montherlant est un fainéant, un paresseux.

Il est d’accord mais tient à préciser le point suivant : « Si la paresse est le refus de faire non seulement ce qui vous ennuie, mais encore cette multitude d’actes – tissu de la vie – qui, sans être à proprement parler ennuyeux, sont tous inutiles, alors la paresse doit être tenue pour une des manifestations les plus authentiques de l’intelligence. »

Jean-Christophe Gruau - Rédacteur indépendant. Outre quelques biographies de commande (déportés et chefs d'entreprises), cet ancien ...

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