Henry de Montherlant et le simple bonheur de vivre

Henry de Montherlant - google images
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Dans ses essais, Montherlant, cent fois, se réjouit d'exister et de "trouver le bien de tout". Quelle belle leçon de sagesse ! Et de style également !

Publiés dans la bibliothèque de La Pléiade, les Essais de Montherlant regorgent de propos que n’importe quel amoureux de la vie et de la langue française se doit de lire et de relire s’il souhaite goûter pleinement les joies que procurent à la fois le fait de vivre et de lire une belle prose française…

Quand je serai vieux…

Ainsi, dans Mors et Vita, Montherlant évoque ce don qu’il a de « trouver le bien de tout, de tout innocenter. » Il brosse alors plusieurs cas de figures, que nous connaissons tous ou sommes susceptibles de tous connaître un jour…

Le goût de la vie qui baisse en lui ? Pas de problème ! « Voilà l’état où je serai quand je serai vieux, écrit-il. A voir combien il me serait égal de m’en aller dans ce moment-ci, je mesure combien cela me sera égal quand je serai vieux. Tout va bien ! »

La souffrance physique ? « Eh bien, mais c’est tout naturel ! J’ai été assez heureux ! Il faut bien équilibrer tout cela. »

Et s’il mourait maintenant ? « Il y avait huit chances sur dix que je mourusse à vingt ans à la guerre, écrit ce futur suicidé. Treize années de rabiot ! » On pense à ce que chantaient les joyeux Collégiens de Ray Ventura : « C’est toujours ça de pris, comme disait ma grand-mère ! »

Agamemnon, Oedipe…

Quelques pages avant, Montherlant avait écrit : « Depuis des années, passant de la croyance qu’on va vivre à la croyance qu’on va mourir, et inversement. Tantôt soulevé, tant abaissé, mais s’y abandonnant avec une telle complaisance, comme bercé sur une houle heureuse. »

Pour évoquer ce bonheur de vivre, il cite Talthybios (Agamemnon) : « Je suis heureux, et, dussé-je mourir, je n’en voudrais pas aux dieux. » Mais aussi Œdipe (Oedipe à Colone) : « En dépit de tant de malheurs, mon âge avancé et la grandeur de mon âme me font trouver que tout est bien. »

Passion de l’indifférence

Ce sentiment d’être « bercé sur une houle heureuse » où qu’il soit, Montherlant en donne plusieurs causes, qui reviennent sans cesse dans son œuvre.

Il y a sa passion de l’indifférence, l’une des trois qu’il a cultivées avec celles de l’indépendance et de la volupté. Elle dépasse les autres car c’est la seule « que l’on garde jusqu’au bout » : « Voir les êtres, les objets, les problèmes s’éteindre en vous, l’un après l’autre, comme des lumières, la minuit passé, s’éteignent une à une dans une ville. Murmurer : "Il se fait tard en moi…" »

Refus de songer à la mort

Autre cause : le refus de songer à la mort, qui « ne vaut pas une seconde de réflexion puisque nous n’en pouvons rien connaître » ! Eh oui, ce qui caractérise toutes les « pensées sur la mort, c’est qu’il n’y a jamais, dedans, de pensée ! »

Du reste, il juge qu’il n’y a « qu’une préparation à la mort : celle d’être rassasié. Et il n’y a qu’une immortalité qui vaudrait d’être souhaitée : c’est celle de la vie ! »

Le « totalisme »

L’autre cause de ce bonheur, c’est le goût de Montherlant pour l’alternance, pour ce « totalisme » qui surprend souvent le lecteur. Deux postures opposées le satisfont autant l’une que l’autre, il l’a indiqué deux cents fois :

« Il y a autant de plaisir à être droit qu’à être retors, écrit-il dans ses Carnets. Autant à être cruel, qu’à être clément. Autant à être âpre, qu’à se relâcher. Il faut donc alterner, ce qui non seulement varie le plaisir, mais décontenance l’adversaire… »

Un miracle

Ce bonheur d’exister, il arrive qu’il confine au miracle, quand certaines conditions sont réunies. Un passage de ses Carnets en témoigne, qui mérite d’être noté sur un papier à emporter avec soi partout où l’on se rend:

« Le fait de vivre, et de vivre en bonne santé, et de vivre en bonne santé et heureux, demande un tel concours de circonstances, est un tel équilibre, et, si l’on veut prononcer ce mot, un tel miracle, que nous devrions, quand nous nous trouvons en cet état, nager dans un émerveillement continuel, et dès l’instant qu’il cesse, non pas nous plaindre ou accuser, mais nous dire que les miracles, eux aussi, ont besoin de quelque relâche, et qu’enfin nous avons réintégré la nature. Et si, dans l’agonie même, j’avais une minute de répit, je m’émerveillerais pour cette minute, me disant que toute ma vie aurait pu être une longue agonie. »

Sublime, non ? Et tellement vrai !

Jean-Christophe Gruau - Rédacteur indépendant. Outre quelques biographies de commande (déportés et chefs d'entreprises), cet ancien ...

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Commentaires

10 juil. 2010 20:14
Dominique Dancoisne :
Belle leçon de vie, de modestie et d'épicurisme à la fois ;o)
10 juil. 2010 21:17
Blandine Milette :
Oui, sublime. Vraiment sublime !
2 Commentaires
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