Henry de Montherlant et la vieillesse, les seniors d'autrefois

Montherlant - google images
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Dans ses Carnets commencés bien avant qu'il n'atteigne la cinquantaine, Montherlant évoque souvent la vieillesse. Ses bienfaits et - aussi - ses naufrages.

Quand Montherlant rédige ses Carnets, l’espérance de vie des Français n’est point celle d’aujourd’hui et les seniors des années 1930-1944 – les photos d’histoire en témoignent - ressemblent à ce qu’ils sont réellement après une vie de travail le plus souvent harassante physiquement : des anciens, des vieux, des vieillards. Ceci noté, les considérations de Montherlant les concernant n’ont pas pris... un coup de vieux !

Homme de l’antiquité

Il n’en fait pas mystère, Montherlant aime les enfants, certains animaux… Il a aussi – trait qui fait de lui un «homme de l’antiquité» - beaucoup de «respect et d’amitié» pour les vieillards :

«Je les écoute, écrit-il, je crois qu’ils en savent plus que moi, je les plains de leur mort approchante, de leurs infirmités, de leurs impuissances, du mépris qu’on a pour eux. Et puis je crois que je ne peux me sentir en affinité qu’avec des hommes revenus de tout. Et puis – surtout, peut-être, - à l’avance, j’ai pitié de moi, quand je serai eux.»

Le problème du temps

Au début de ses Carnets, Montherlant a 35 ans ; 49 quand il en sèche la dernière page avec son buvard. La vieillesse l’intéresse, car à l’époque on ne la nie point avec de la chirurgie esthétique (pour madame) et du viagra (pour monsieur).

Il sait aussi que «passé un certain âge, il n’y a plus qu’un problème : celui du temps…»

C’est pourquoi l’auteur de La Reine morte scrute l’arrivée du vieillissement, qu’un certain G reconnaît à deux signes: « Quand il vous arrive de trouver que la journée est bien longue, alors que, plus jeune, on était obsédé par sa brièveté ; Quand on commence à être prévenant pour les vieillards dans les transports publics, alors que, jeune, on les bousculait.»

Spectacle sinistre

La fin est toujours triste, chacun le sait et Montherlant le constate, par exemple, en observant F («68 ans »): «Il offre ce spectacle de l’homme à bout de souffle qui ne peut plus faire face aux difficultés, les maîtriser ; qui ne peut plus subsister – qui ne peut plus vivre – qu’en s’acharnant à les oublier, en laissant tout aller à vau-l’eau. Spectacle sinistre.»

Il y a des exceptions, peu édifiantes d’ailleurs: «Les vieillesses interminables et heureuses sont celles des méchants, des cupides et des érotomanes.» Bien sûr, Montherlant ne cite personne. A chacun de fouiller dans sa mémoire…

Des tricheurs

Il y a surtout des hommes qui trichent car, «au seuil de la vieillesse, ils camouflent en détachement, philosophique ou religieux, le ramollissement de leurs facultés et de leur volonté !»

Ces hommes, curieusement, restent muets sur certains sujets: «Vieillissants, ils devraient avoir plus de franc-parler. Mais ils n’ont même pas le courage de la tombe.» C’est vrai ça, à quelques jours du grand départ, certaines vérités mériteraient d’être révélées. Elles ne le seront pas…

Perdre son temps

En vieillissant, Montherlant se demande "si on désire perdre d’autant moins son temps que ce temps vous est davantage mesuré, ou si au contraire on accepte de le perdre plus qu’auparavant, parce qu’on a l’impression que les jeux sont faits, et qu’un peu plus ou moins d’œuvre…"

Par exemple : à 70 ans, paresse-t-on «au lit le matin plus souvent qu’à quarante (étant supposé que n’intervient pas le facteur fatigue physique)» ?

Faculté créatrice

Quand il évoque son cas personnel, celui de l'écrivain, il lui semble que, «pour un artiste vieux, il s’agit de savoir ce qui mourra d’abord : ou sa vitalité, ou sa faculté créatrice. Si c’est sa faculté créatrice, il lui reste à consacrer ses dernières années à jouir de la vie, autant que faire se peut. Si c’est sa vitalité, et s’il n’est plus soutenu que par sa création, le jour où celle-ci se tarira, il sera vraiment mort, mort de tous côtés ; il sera un mort vivant.»

Son espérance ? Qu’une fois atteint son arrière-saison, conscient d’avoir assez écrit, il se remettra «comme à l’époque de (sa) seconde adolescence, dans les œuvres des autres, en songeant combien il serait fol et ridicule, pour un écrivain, que son œuvre aboutît à lui masquer l’œuvre de l’humanité.»

Le suicide

Il l’a noté dans ses Carnets : Montherlant préfère le silence «plutôt que se détériorer en cherchant soit à répéter ce qu’il a dit déjà et mieux, soit – pis encore – à se "renouveler" avec artifice ».

Il tiendra parole.

Le 21 septembre 1972, à 16 h, menacé de cécité, celui qui pensait qu’«il y a de la volupté à vieillir» choisit de se tirer une balle dans la tête, après avoir avalé une ampoule de cyanure…

Jean-Christophe Gruau - Rédacteur indépendant. Outre quelques biographies de commande (déportés et chefs d'entreprises), cet ancien ...

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Commentaires

26 oct. 2010 13:26
Anonyme :
Cher Monsieur Jean-Christophe Gruau,

Merci pour ce bel article ! Cela m ´a donné envie de lire les autres, que je trouve
tout aussi excellents.
J ´ai connu Montherlant quelques années avant son suicide.
J ´avais alors seize ou dix-sept ans.
Ce que vous écrivez me touche beaucoup.
Très cordialement.
Outis
1 Commentaire:
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