
- L'Annonciation de Jean Hey - Domaine public
Entre le 6 octobre 2010 et le 10 janvier 2011, le Grand Palais propose un regroupement inédit de peintures, de sculptures, de vitraux, de tentures, d’enluminures… qui témoigne de la vitalité méconnue des arts français au tournant des XVe et XVIe siècles, au moment où le pays entre dans la Renaissance. Organisée à la fois par la RMN et l’Art Institute of Chicago, en collaboration avec le musée du Louvre, le musée de Cluny et le musée national de la Renaissance, l’exposition présente plus de 200 œuvres venues de toute la France, tirées de collections publiques ou privées d’Europe et des Etats-Unis. Les exemplaires les plus remarquables de l’art du livre de cette époque ont été, quant à eux, prêtés par la Bibliothèque nationale de France.
1500: une période charnière, mais non une rupture
L’époque est mal connue, éclipsée par une représentation de l’histoire amatrice de distinctions bien tranchées. On parle de Moyen Age, puis de Renaissance, mais comment traiter les années intermédiaires? Les commissaires de l’exposition ont tenu à s’inscrire en faux contre toute vision tranchée: il faut «mettre fin à cette rupture artificielle créée entre un Moyen-Âge obscur et rétrograde et une Renaissance illuminée par l’Italie, qui aurait vu la naissance de l’individu moderne», déclare Thierry Crépin-Leblond. D’où le choix de cette période, où coexistent les deux époques. Mais cette seule coexistence n’aurait pas suffi à justifier une exposition: la charnière des XVe et XVIe siècles en France, c’est aussi une période de renouveau économique, après la guerre de Cent Ans, qui s’est accompagné d’un développement artistique puisant à tous les courants de l’art européen, pour produire des œuvres de valeur. Ce sont elles qui, sortant de leurs écrins, nous sont présentées aujourd’hui.
Une organisation qui fait ressortir les différents aspects de la création artistique
Les œuvres sont agencées en trois sections, que les organisateurs de l’exposition présentent comme suit:
- «Aux sources de la création: clients et artistes», soit la rencontre des amateurs d’art (notamment dans les foyers que furent le Val de Loire, le Bourdonnais, la Champagne…) et des créateurs;
- «L’image dans tous ses états», qui l’envisage donc sur tous les supports traditionnels ou nouveaux pour l’époque ;
- «Échanges Nord-Sud», où l’on voit les liens entre les artistes français et européens, qu’il s’agisse d’influences, d’importations, d’échanges…
Cette organisation permet de mettre en valeur une hiérarchie des arts que les époques suivantes ont profondément modifiée. «Au XVIe siècle, le souverain préfère ses tapisseries à ses tableaux: elles valent bien plus cher», note Thierry Crépin-Leblond. Ainsi, en déambulant dans les salles du Grand Palais, on pourra découvrir, à côté des peintures et sculptures, des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, des tapisseries, ou des enluminures. À voir notamment :
- outre les tableaux du peintre français le plus célèbre, Jean Hey, qui est sans doute le fameux «maître de Moulins» – on admirera notamment sa Nativité avec le cardinal Jean Rolin, et son Annonciation –, La Prédication du Christ de Jean Poyer, un triptyque où l’art de la perspective est pratiqué avec aisance;
- Une Vierge de Pitié avec saint Jean et Sainte Marie-Madeleine, sculpture venue du musée des Augustins de Toulouse et tout récemment restaurée;
- des tentures magnifiques, notamment le Narcisse à la fontaine, tapisserie en laine et en soie, où le motif central tiré de la mythologie est entouré d’une faune et d’une flore hypnotiques;
- des émaux aux bleus splendides, comme cette Vierge en oraison de Jean I Pénicaud, où la profondeur et le velouté du bleu font ressortir la pureté du visage de la Vierge;
- des vitraux, une Scène de la légende de saint François, par exemple, remarquable par la perspective et les volumes qui s’y dessinent, ainsi que par les contrastes de couleurs et de luminosité;
- des enluminures merveilleuses, ultimes pépites d’un art qui ne va pas tarder à disparaître. Voyez la Victoire et triomphe de la Chasteté, où la fusion de la tradition et de la modernité est particulièrement sensible, ou encore les œuvres de Jean Bourdichon, comme Louis XII chevauchant entre dans Gênes, dont la composition rigoureuse manifeste la grandeur royale de façon impressionnante.
Quelques-uns seulement parmi les centaines de trésors que vous pourrez admirer…
Informations pratiques
- Grand Palais des Champs-Élysées, Avenue Winston-Churchill 75008 Paris
- Métro : lignes 1, 9, 13 / Stations : Franklin D. Roosevelt, Champs-Élysées-Clémenceau
- RER : lignes C / Stations : Invalides ; Bus : lignes 28, 42, 52, 72, 73, 80, 83, 93
- Ouverture : tous les jours de 10h00 à 20h00, nocturne le mercredi jusqu’à 22h00. Fermé le mardi et le 25 décembre. Fermeture exceptionnelle à 18h00 les 24 et 31 décembre.
Cette exposition voyagera aux Etats-Unis en 2010: du 26 février au 29 mai 2011, on la retrouvera à l’Art Institute of Chicago.
