Bien avant Daniel Passarella, Socrates ou Gabriel Batistuta, le public de la Fiorentina vibrait déjà au rythme du football venu d'Amérique du Sud. Dans les années 50 et 60, le club a connu son essor au niveau national ainsi qu'à l'échelle continentale. Retour sur une génération dorée, menée par Miguel Montuori et Julio Botelho dit Julinho.

Un recrutement audacieux pour lancer l'aventure

Membre de l'élite du football national, la Fiorentina se reconstruit après-guerre avec plusieurs saisons intéressantes. La Viola collectionne les places d'honneur, 4e en 1951-1952, 3e place en 1953-1954, puis une 5e position en 1954-1955. C'est alors que le président Enrico Befani se montre bien plus ambitieux. Exit le Suédois Gunnar Gren (Ex-Milan AC), et ses 35 ans, et place à une nouvelle attaque. Le coach Fulvio Bernadini (26 sélections) parvient à convaincre le boss de faire venir Julinho, star de l'équipe brésilienne, quart de finaliste du Mondial 54, battu par la Hongrie.

Premier scudetto dans l'histoire

Dans le même temps, l'Argentin Miguel Montuori rallie également la botte. Formé au Racing Club Avellaneda, avant d'évoluer également au Chili, le Gaucho possède par ailleurs un passeport italien, de part des ancêtres. A peine la prise de marque effectuée, et le maillot violet enfilé, le duo ne tarde pas à faire parler la poudre. Pour la 3e journée du Calcio 1955-1956, la Fiorentina corrige la Juventus 4-0 à Turin. Montuori signe l'un des buts, mais c'est un troisième larron qui profite de la venue des deux dribbleurs, Giuseppe Virgili, qui finira la saison à 20 buts. Le Milan AC (2-0, 3-0), l'AS Rome (2-0), l'Inter (3-1), et la Lazio (4-1) baissent également pavillon devant l'escouade florentine.

Après une série de 33 matches sans la moindre défaite, la Fiorentina cède lors de la dernière journée face au Genoa (0-1). L'essentiel est déjà acquis, puisque l'équipe de Florence termine en tête du classement, avec 12 points d'avance sur le Milan AC. Depuis la création du club sous sa forme définitive en 1926, c'est donc le premier fait marquant des Gigliati. Miguel Montuori (14 buts), Giuseppe Virgili (20 buts) et Julinho (6 buts), sont les grands artisans de ce succès. Avec 59 buts inscrits, mais seulement 20 encaissés, la défense de fer de la Viola a écoeuré tous ses adversaires. L'Inter Milan et ses 36 buts concédés se placent en 2e position dans ce domaine, très loin derrière.

Finale malheureux de la C1

Dans la foulée de son premier sacre national, la Viola entend bien peser au niveau européen. Les 8es de finale de la Coupe des Champions offrent une confrontation avec Norrköping, champion de Suède. A l'aller, les Italiens accrochent le nul (1-1), avec un but de Claudio Bizzarri. Une semaine plus tard, la Viola ramène la qualification au bout de son périple scandinave (1-0), grâce Giuseppe Virgili. Ca passe ric-rac, mais le tour suivant est un peu plus simple face au Grasshoper Zurich (3-1, 2-2). Montuori et Julinho sont les deux buteurs du match retour en Suisse. Début avril 1957, l'escouade florentine se rend à Belgrade pour y défier l'Etoile Rouge, dont les cadres sont vice-champions olympiques à Melbourne en 56.

Le succès obtenu dans les dernières minutes du match aller (1-0) suffit à prendre un avantage décisif. Maurilio Prini, remplaçant en championnat, retire une belle épine du pied à son équipe. Au retour, les deux formations se neutralisent en Toscane (0-0). Le 30 mai, les hommes de Fulvio Bernardini se rendent donc au stade Santiago Bernabeu pour défier le Real Madrid, tenant du titre, devant 124.000 personnes. Malgré l'activité de Julinho sur l'aile droite, et de Montuori derrière son avant-centre, la Viola ne réussit pas à prendre l'avantage. En fin de rencontre, Gento et Di Stefano permettent aux Merengues de faire le doublé (2-0).

Vainqueur de la C2, champion en 1969

La Fiorentina reste cependant au premier plan de la hiérarchie italienne pendant encore une grosse dizaine d'année. En Serie A, le club récolte quatre fois de suite la deuxième place du classement, devancé à chaque fois par un cador du pays. Et malgré une défaite en finale de la coupe d'Italie 1960 contre la Juventus, qui fait le doublé, les Toscans rejoignent donc la Coupe des Coupes. Pour la première fois de son histoire l'UEFA organise la C2 en 1960-1961. Une belle occasion pour la Viola de remporter un trophée et de prendre sa revanche. Le quart de finale n'est qu'une formalité contre Lucerne (3-0, 6-2), d'autant plus que l'effectif compte dans ses rangs de nouvelles vedettes. Kurt Hamrin est en effet la coqueluche du public florentin.

En demi-finale, le Dinamo Zagreb subit la loi des Italiens (3-0, 1-2). Mais cette fois, les joueurs coachés par le Hongrois Nandor Hidekguti sont les plus forts au stade de la finale. Le 17 mai, l'équipe l'emporte 2-0 à Ibrox park contre les Glasgow Rangers, avant de remporter la deuxième manche 2-1 au Stadio Communale de Florence 10 jours plus tard. Kurt Hamrin, Dino Da Costa et Gianfranco Petris sont alors les vedettes de l'équipe. Le Suédois sera d'ailleurs l'atout offensif principal de la Viola durant 9 saisons, avec un total de 150 buts en Serie A sous le maillot du club. L'égal de Gabriel Batistuta, 40 ans avant le goleador argentin. La Fiorentina rentrera elle dans le rang après un dernier titre de champion en 1969. En plein catenaccio, 38 buts marqués en 30 matches, et 18 buts encaissés scellent ce deuxième et dernier scudetto en date ! Ainsi s'achève donc l'histoire des indimenticabili (les inoubliables).