Fazil Say, les débuts d'un pianiste virtuose

Quand la musique classique se laisse porter par un souffle d'orient

Fazyl Say - Fazil Say
Fazyl Say - Fazil Say
Vous voulez connaître la Turquie autrement ? Fazil Say, pianiste et compositeur virtuose conjugue occident et orient pour livrer une part du mystère anatolien...

Connait-on la Turquie pour avoir navigué sur son indolent Bosphore, poussé les portes lourdes de ses palais-musées ou mangé à la table colorée de ses innombrables échoppes criardes ? Fazil Say, lui, vous répond que non. Son album Kara Toprak (Terre noire) à l'image de toutes ses compositions, en guise de réponse intime et musicale propose une épopée sauvage et sensuelle faites de terre, de vent, de mer, de couleurs et de parfums. Découvrez avec lui un pays dont l'âme est en proie à ses démons mais aussi à ses merveilles. Compositeur de talent, Fazil Say premier musicien et compositeur classique Turc de renommée internationale, vous propose d'aller à la rencontre de l'âme vivante de la Turquie d'aujourd'hui...

Corps à corps musical : un virtuose habité par la musique

Germé en terre d'Anatolie et de ses musiques traditionnelles, ce virtuose du piano né à Ankara en 1970, exporte une musique classique certes, mais qui sait aussi être sous ses doigts contestataire et rock and roll. Sous son épaisse tignasse sombre, enveloppé d'une ample chemise noire qui rappelle la tenue des paysans anatoliens aux champs, Fazil moissonne une terre noire et fertile. Excessif, expansif, voire outrancier pour les puristes, s'appropriant sans les trahir les codes du genre, Fazil à l'image de son berceau oriental ne se refuse aucune audace. Et bouscule, pour la plus belle des unions, la musique classique pour un corps à corps fougueux mais qui sait aussi être tendre...

Assister à un récital du virtuose, imprégné aussi bien de Ravi Shankar, d' Art Tatum que de Beethoven, est une véritable expérience musicale et humaine. Loin des clichés du musicien engoncé dans sa queue de pie contenant ses émotions sous un front luisant de gomina, Fazil lui ne peut se contenter de ses mains pour donner corps à une musique qui le possède. Assis à son piano, à la manière d'un Glenn Gould, il menace de se lever à chaque note, le dos se cabre, les bras balancent, la bouche fredonne, le corps tout entier balance, vivant l'instant comme une urgente éternité. Innovant en plein milieu des pièces les plus classiques, il plonge le bras tout entier dans les entrailles du piano et détourne, d'une simple pression de ses mains, les notes pour imiter à s'y méprendre le son nostalgique du Sâz, symbole de la musique traditionnelle turque...

Une carrière internationale

Mais toutes ses "excentricités" pourraient n'être que poudre aux yeux, si l'homme n'avait pas une formation classique irréprochable. Fils d'un écrivain musicologue (qui cachait en 1980 les recueils des poètes contestataires dans le piano de son fils) et d'une mère pharmacienne, Fazil n'a que trois ans lorsqu'il tombe sous le charme d'une symphonie de Mozart entendue à la radio. A compter de ce jour il transforme tous les objets qu'il touche en instrument.

Amusé par cette lubie, ses parents l'inscrivent au conservatoire de Musique d'Ankara à l'âge de cinq ans. Son professeur en guise d'apprentissage lui demande de raconter sa journée, sa vie et ses émotions en musique. Fazil, obligé de se taire, improvisera sur le clavier, cherchant les notes et les accords qui peuvent le mieux remplacer les mots dont il est privé. Il apprendra ainsi, à l'âge ou les autres enfants raturent des cahiers d'écriture, à faire parler son piano avec le talent d'un "ventriloque" de génie. Cette capacité de conteur musical sera à la source de sa vocation de compositeur.

A 17 ans, il s'envole pour étudier durant cinq ans auprès de David Levine à l'Institut Robert Schuman de Düsseldorf. Il finira de parfaire sa technique durant 3 années au Conservatoire de Berlin où il enseignera à L'académie d'Art à la fin de sa formation. Sa maîtrise parfaite des morceaux les plus techniques, la vitalité de son jeu, la nervosité de ses interprétations lui vaudront de décrocher en 1994 le prestigieux Young Concert Artist International Auditions à New York. Les collaborations avec les plus grands ensembles classiques et philharmoniques à travers le monde finiront de lancer la carrière fulgurante de ce quadra aujourd'hui titulaire de plusieurs prix d'interprétation (Vienne, Berlin,...).

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Belya Dogan, Crédit BD

Belya Dogan - Après avoir été rédactrice de presse pour le groupe L'Alsace, j'ai exercé pendant plusieurs ...

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