Les oeuvres de Felix Nussbaum sont parmi les très rares à projeter en peinture la terreur nazie et la menace d’extermination qui pèse sur les Juifs d’Europe. Fort en symboles, ses tableaux traduisent sa condition de juif persécuté. L’artiste reste hanté par son expérience de la captivité et place ce sujet au centre de son œuvre.

Le musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ), à Paris 3e, présente jusqu’au au 23 janvier 2011 la première rétrospective en France de l’œuvre du peintre allemand, Felix Nussbaum (Osnabrück, 1904 - Auschwitz, 1944).

À travers 40 peintures et 19 dessins, l’exposition rassemble les créations les plus importantes et les plus spectaculaires de l’artiste ; la plupart d’entre elles sont conservées à Felix-Nussbaum-Haus, musée que lui a consacré sa ville natale. Il est l'auteur de plusieurs œuvres allégoriques ou représentant la condition juive sous l'occupation nazie (Autoportrait au passeport juif, 1943) qu'il a exécutées avant de disparaître dans la Shoah

Qui est Felix Nussbaum ?

Felix Nussbaum naît en 1904 à Osnabrück, ville située en Allemagne, dans une famille de commerçants juifs aisés. Il étudie aux beaux-arts à Hambourg et à Berlin ; lauréat de l’Académie allemande à Rome, il est pensionnaire à la Villa Massimo en 1932.

L’arrivée d’Hitler au pouvoir le précipite sur le chemin d’un exil qui, après l’Italie, la Suisse et la France, le conduit à Ostende en Belgique. Arrêté après la défaite de la Belgique, le 10 mai 1940, en tant que ressortissant du Reich, il est déporté au camp de Saint-Cyprien dans le sud de la France.

Evadé, fugitif il retourne à Bruxelles où il demeure caché, avec son épouse Felka Platek, une artiste juive polonaise. Le 20 juin 1944, Felix Nussbaum et sa femme sont arrêtés sur dénonciation, déportés à Auschwitz par le dernier convoi en partance de la Belgique et assassinés. Le 3 septembre, les Alliés entrent à Bruxelles.

Un peintre moderne allemand

Son œuvre témoigne des influences qu’il revendique : le Douanier Rousseau, Van Gogh, Beckmann, Ensor, Chirico ; son goût pour l’autoportrait d’une part, et ses allégories de la Mort d’autre part, le rattachent aux maîtres anciens flamands et allemands.

L’exil et le danger le plongeront dans une peinture existentialiste sur la condition du juif pourchassé auquel il donnera une expression fascinante. Sa peinture forme à la fois une traversée de l’histoire de l’art, une trame narrative et autobiographique qui atteste d’un esprit d’une grande complexité et une fresque métaphysique d’une inquiétante étrangeté, qui décrit un monde conduit à sa destruction par la main de l’homme.

La Felix-Nussbaum-Haus

Les espaces du musée d’histoire culturelle d’Osnabrück, devenus trop exigües pour héberger une collection d’œuvres toujours plus importante, la ville décide de consacrer un musée au peintre assassiné à Auschwitz.

Daniel Libeskind, créateur du Musée juif de Berlin, dont le projet s’inspire du tableau de Felix Nussbaum Faltbuch (Livre aux pages pliées), remporte le concours d’architectes en 1995. Inaugurée en 1998 la Felix-Nussbaum-Haus rassemble actuellement 214 œuvres et concrétise par-là un des vœux les plus chers de l’artiste.

Le voyage en Italie et l’exil

Pour Nussbaum, l’Italie est le pays d’une époque révolue et perdue. Devant l’avènement inéluctable du national-socialisme, Nussbaum livre des visions de ruines aux tons bruns et ocre restituant ses angoisses. Dans Destruction 2, il traduit son impuissance face au contexte politique en Allemagne.

Felix Nussbaum ne regagnera jamais l’Allemagne. L’arrivée au pouvoir d’Hitler en janvier 1933 le contraint à l’exil et inaugure une période d’errance. Le port, paysage qui lui sera désormais familier, devient une thématique récurrente de son œuvre, un miroir de sa propre situation.

Les autoportraits de Felix Nussbaum

L’autoportrait comme questionnement est au cœur de l’œuvre de Felix Nussbaum, depuis les premiers, en jeune homme qui interrogent la place de l’artiste dans le monde juif traditionnel, jusqu'à ceux avec masque.

À partir de 1936, il en exécute une série à travers lesquels il met en scène son identité d’artiste apatride, de réfugié politique et de juif persécuté. Cette démarche se traduit par la représentation de regards, de mimiques et d’expressions révélant une large gamme d’émotions.

Il se montre en peintre, en artiste envahi par le doute, en juif partagé entre dérision et tradition, en pitre. En 1943, au plus fort de la traque et du désespoir, il réalise deux autoportraits qui sont des défis. Son ultime autoportrait dont les couleurs ont pour nom : mort, nostalgie, souffrance, auquel succède celui de l’homme traqué, montrant son étoile jaune et son passeport juif.

Le Triomphe de la Mort

À partir de 1941, la guerre et la persécution dominent l’œuvre de Nussbaum, ainsi que la peur et le désespoir qu’elles engendrent. C’est grâce à une inébranlable confiance dans la peinture que Nussbaum trouve le moyen de résister et de conjurer la peur.

Ses dernières toiles restituent l’attente impuissante devant la mort des juifs menacés. Squelettes piétinant un champ de ruines, claironnant la fin des temps dans les trompettes du Jugement dernier, Le Triomphe de la mort (signé du 18 avril 1944), ultime œuvre peinte par Felix Nussbaum, offre une vision prophétique de l’effondrement général du monde aussi bien que de la propre fin de l’artiste.

Informations pratiques

Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ)

Hôtel de Saint-Aignan - 71, rue du Temple - 75003 Paris - Téléphone : (33) 1 53 01 86 60