De son vrai nom Erica Abi Wright, Américaine née à Dallas en 1971, Erykah Badu est chanteuse de soul-R’n’B. Dallas… un nom que nul n’est près d’oublier. Au même titre que lesTwin Towers en 2001, Dallas évoque la tragédie de 1963.

Qui est Erykah Badu ?

Très jeune, elle découvre le rap, s’enflamme pour ce genre musical et monte un duo, MC Apples, puis un groupe de hip-hop, Erikah Free. Son premier album, "Baduizm", sort en 1997. Après le deuxième, simplement intitulé "Live", elle se tourne vers le cinéma, et se fait remarquer dans "Blues Brothers 2000". Puis, elle retourne en studio pour les albums "Mama’s gun" (2000) et "Worldwide underground", en 2003. Mère de trois enfants, elle a publié "New Amerykah Part One (4th World War)", en 2008. La suite vient tout juste de sortir (30 mars). Titré "New Amerykah Part Two : Return Of The Ankh”, l’album déclenche immédiatement une polémique en raison d’un clip que les bien-pensants ont du mal à accepter. On se croirait revenu à l’époque où la moindre exposition dada ou surréaliste jetait l’extrême droite dans la rue. Au 21ème siècle, l’art n’est pas plus libre qu’il y a cent ans.

Erykah Badu = Marcel Duchamp

Lorsqu’en 1919 le surréaliste Marcel Duchamp s’était permis d’ajouter une moustache et une barbichette à La Joconde de Léonard de Vinci et de l’exposer sous son nom en titrant son œuvre "LHOOQ" ("Elle a chaud au cul"), l’exaspération est à son comble. Ainsi donc, on n’avait pas le droit de toucher à La Joconde. 90 ans plus tard, une question un peu similaire se pose à nouveau : a-t-on le droit de toucher à l’Histoire ?

L’art peut profaner l’Histoire comme il peut profaner l’art

Qu’a donc fait Erykah avec son clip "Window Seat" ? Elle s’est mise à nue sur le trajet emprunté par John Fitzgerald Kennedy au moment de sa mort, le 22 novembre 1963.

Le bon peuple réagit. Une femme à poil qui nargue le président défunt des Etats-Unis, scandale ! C’est oublier qu’il est peut-être content, lui, là-haut : surnommé "Bunny" ("le lapin") en raison de son incroyable appétit sexuel, Kennedy a dû apprécier le divin strip-tease : le clip de 5 minutes 35 tourné en plan-séquence est fascinant, captivant, hypnotique… peut-être simplement parce qu’il est, justement, en plan-séquence. Ce n’est donc pas l’effeuillage en lui-même qui attise l’intérêt, mais la façon dont il est tourné.

Le scénario ? Simplissime !

Erykah Badu descend d'une voiture, chaudement vêtue, engoncée dans un imperméable, "capuchée" comme il se doit, des lunettes noires comme toutes les stars… Et puis en avançant dans la rue elle va tout ôter.

Qu’est-ce qui peut bien choquer dans ce superbe clip ?

Le quotidien Le Mondeconsidère - c’est son droit ! - que le "grain et le ralenti de la vidéo rappellent les célèbres images de l'assassinat du président américain filmées par Abraham Zapruder", ajoutant en outre que "sa capuche portée à la façon d'un foulard évoque le style de Jackie O. Kennedy".

Climax…

Le final du clip est époustouflant : totalement nue, Erykah atteint la place Dealey, là très exactement où Kennedy fut atteint par les balles. Sacrilège : elle fait mine d'être touchée et s’effondre sur le trottoir. C’est du clip-réalité puisqu’il a été filmé en une prise et en caméra cachée (visiblement, les passants que croise Erykah ne sont pas des figurants). L’assassinat de Kennedy était lui aussi du clip-réalité, filmé par un amateur. Hormis les autorités dont c’était la mission d’étudier le document, combien de millions (de milliards, peut-être) d’être humain se sont "régalés" à la vision de la mort du président ? Peut-on blâmer Erykah de marcher sur les trace des "reality shows" d’Endemol…? Ou de l’armée américaine qui, depuis des années, met en scène les atrocités de ses guerres ?

Pour ou contre Erykah ?

Faites-vous votre propre opinion en visionnant le clip.