Erja Lyytinen, Voracious Love

Le blues venu du froid !

Qui l’eût cru ? Le blues, alors paresseusement lové sur les bords chauds du Mississippi allait monter réchauffer (par l’intermédiaire de son fils légitime, le rock) les froideurs du grand Nord européen. Certes, il n’allait pas faire fondre les lacs séculairement gelés, mais du moins apporter un peu de sa moiteur dans les longues nuits d’hiver. Bien sûr, les scandinaves n’allaient pas se mettre à la pratique du vaudou, du moins pas encore, mais cette musique allait susciter suffisamment de vocations parmi la jeunesse de ces pays pour qu’on puisse désormais parler de rock nordique (Suède : The Hives, International Noise Conspiracy, Norvège : Turbo Negro, Bel Canto, Finlande : Hanoï Rock, 22-Pistepirkko, Islande : The Sugarcubes et leur chanteuse, maintenant en solo : Björk).

Et si, pour la plupart, ces groupes pratiquaient un rock énergique (voire très hard, pour certains) certainement pour contraster avec les froideurs polaires, d’autres musiciens, comme Erja Lyytinen, allaient revenir aux sources de cette musique en empruntant les riches chemins du blues.

Erja Lyytinen

Née à Kuopio, une petite ville du centre de la Finlande, Erja aura été très tôt bercée par la musique. Sa mère joue de la basse et son père de la guitare. Très jeune, la gamine va apprendre le violon et donner quelques concerts avec ses parents. Mais c’est à l’âge de 15 ans qu’elle va monter sur scène avec une guitare électrique.

Dès lors, tout en gardant un intérêt profond pour la musique traditionnelle finlandaise, Erja va se plonger dans la musique américaine et apprendre ainsi tous les secrets de la guitare, qu’elle soit folk, blues ou rock. Elle découvre également une méthode fort répandue dans le milieu du blues : la slide guitare. Pratique qui consiste à faire glisser (slide) un tube en verre ou en plastique sur le manche de la guitare. Elle va même devenir l’une des meilleures « slideuses » du moment.

Son premier vrai concert a lieu en 2003, où elle a le redoutable privilège d’ouvrir pour Koko Taylor et Bonnie Rait à l’occasion du plus grand festival de blues finlandais : Puistoblues. Ovationnée chaleureusement par un public qui n’en croit pas ses oreilles elle recevra également les louanges des stars de la soirée : Koko et Bonnie. Du reste, public et critiques reconnaissent un lien de parenté musicale entre Bonnie Rait et Erja Lyytinen : « C’est parce que nous sommes toutes les deux des femmes et que nous jouons toutes deux de la slide guitare » s’amuse-t-elle à dire…

Deux ans après elle signe un contrat avec Ruf Records, le fameux label de blues allemand et s’envole pour les Etats-Unis où elle participe au projet Pilgrimage qui réunit, outre Erja, deux jeunes bluesmen talentueux : Ian Parker et Aynsley Lister. Un disque, une tournée américaine et européenne avec Pigrimage, puis elle retourne aux States, et enregistre un album solo « Dreamland Blues » avec la collaboration des fils de Junior Kimbrough.

Voracious Love

Pour ce nouvel opus, changement de look pour la jolie finlandaise mais surtout, côté musique, un spectre plus large que ce qu’elle a fait précédemment. Le titre éponyme, celui qui démarre l’album est très rock, un peu dans la lignée de ce que faisait une Joan Jett ou une Suzi Quatro, suivi par « Don’t Let A Good Woman Down », lui aussi assez musclé.

Ensuite l’ambiance redevient plus calme, plus blues avec toujours de superbes envolées de slide. Les trois titres (13, au total) qui terminent ce disque sont très courts. La superbe reprise de « Soul Of A Man » de Blind Willie Johnson sur laquelle Erja s’accompagne seule à la guitare, « The Road Leading Home », un instrumental et « No Place Like Home » dépassent de très peu la minute !

Erja est désormais brune. Peut-être est-ce pour renforcer un peu plus l’amertume qui ressort de certains textes ? On n’écrira pas à propos de « Voracious Love » que c’est un disque génial. On se contentera de dire que c’est un très bon album conçu par une artiste dont on surveillera de très près ses prochaines productions. Ce qui, par les temps qui courent, n’est déjà pas si mal…

Erja Lyytinen, Voracious Love Ruf Records, distribution Socadisc

pirate , Maê Bernard

Jean-Dominique BERNARD - Journaliste radio (OuïFm, France Inter), presse écrite (Guitare et Claviers, Xroads, Le Bulletin de l'Industrie du disque, ...

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