2500km : c’est la distance qu’a parcouru Iryna, jeune étudiante ukrainienne, pour venir étudier en France. Elle a bien voulu nous confier ses impressions, son quotidien, ses sentiments et son regard sur sa vie d’étudiante et son rapport avec les Français. Interview.

Suite 101 : Bonjour, et merci d’avoir accepté de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous vous présenter ?

Iryna : Bonjour, je m’appelle Iryna, je suis Ukrainienne et j’ai 20 ans. J’étudie les Langues Etrangères Appliquées (LEA) pour travailler plus tard dans le domaine de la traduction. Je viens de Lutsk, une ville située à l’ouest de l’Ukraine. C’est mon deuxième voyage important en Europe : l’année dernière, je travaillais en tant que traductrice en Allemagne, près de la frontière polonaise.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de venir étudier en France ?

Parce qu’il y a un contrat avec mon Université, et aussi pour apprendre la langue.

Comment se passent vos études ?

Globalement, ça va, mais il y a beaucoup de travail et beaucoup de devoirs. Tous les jours, il y a des devoirs. Aussi, en première année, les étudiants sont livrés à eux-mêmes et on ne les corrige pas. Et les années suivantes, il y a beaucoup de pression.

Et au niveau de la langue ?

C’est bien. Il y a quelques problèmes, mais toutes les matières en anglais ne sont pas difficiles pour moi. C’est plus difficile en français car je ne l’étudie que depuis un an. Je le comprends assez bien quand je le lis, mais c’est plus difficile de le parler. Mais j’ai des cours de français à l’Université. J’ai plus de facilité à comprendre les professeurs.

Quelle démarche avez-vous effectué pour venir étudier en France et combien de temps comptez-vous rester ?

J’ai rempli un dossier, c’est comme pour Erasmus, mais ce n’est pas le même nom. Je vais rester une année en France. Je pense que je ne resterai pas plus longtemps, car c’est une Société étrangère et aussi, c’est très difficile pour une personne étrangère.

Pourquoi ?

Car la vie de tous les jours est difficile, et c’est dur sans la famille, sans les amis. Mais on communique par internet et au téléphone. Et puis j’irai les voir à Noël. Sinon, la culture est très différente et c’est très difficile pour comprendre la langue. La langue est "plate", il n’y a pas assez de variations dans la langue, comme en anglais par exemple.

Pensez-vous que le français est plus difficile à apprendre que l’anglais ou l’allemand ?

Non. Par exemple, il y a 100 ans, en Russie, le français était très populaire, et on retrouve beaucoup de mots français dans la langue russe. Je pense que la logique de ces deux langues est la même.

Pour revenir à votre vie quotidienne, comment cela se passe-t-il ?

Ca se passe bien. Mais je trouve que la vie des étudiants n’est pas très organisée, les classes sont nombreuses. En Ukraine, les groupes sont plus petits. Et puis les étudiants parlent peu et pour moi c’est étrange. Il n’y a pas beaucoup de manifestations organisées, même si les professeurs sont très gentils. Mais je pense qu’au niveau de la communication avec les autres étudiants, c’est une question de culture.

C'est-à-dire ?

Et bien, pendant les soirées, les étudiants français parlent beaucoup des arts, du cinéma, des problèmes...mais pas de choses "intimes". Par exemple, je pense que dans votre société, si des personnes ont des problèmes, c’est juste le problème des personnes.

Pouvez-vous préciser ce que vous voulez dire ?

Et bien, les gens ne parlent pas sincèrement de leurs problèmes, juste à leurs meilleurs amis. Par exemple, récemment, je suis allée dans la famille d’un ami français. J’avais beaucoup de mal à comprendre ce qu’ils disaient car ils parlaient beaucoup d’anecdotes, et beaucoup d’ironie, mais pas de choses "intimes".

N'avez-vous pas rencontré ce phénomène en Allemagne ?

Si, c’est la même chose. Je pense que c’est comme ça en Europe. En Ukraine, c’est différent. Par exemple, ces derniers jours, la personne qui habite à mon étage était malade : je lui ai apporté des médicaments. Il a été très surpris et m’a demandé : pourquoi ? Je lui ai répondu : parce que tu es mon voisin, et c’est normal : tu es malade, donc je t’aide. Mais c’était très étrange pour lui : il voulait me donner de l’argent mais je lui ai dit non.

C’est intéressant. Où vivez-vous, dans une cité étudiante ?

Oui. C’est assez vieux, mais ça va.

Avez-vous d’autres amis ukrainiens. Est-ce qu’on vous a mis en rapport avec eux ?

En fait, nous sommes 6 Ukrainiens à l’Université.

Est-ce que, globalement, cette expérience vous plait ?

C’est intéressant de découvrir les personnes d’autres pays, mais aussi l’architecture de la ville, ainsi que la communication même si c’est un peu difficile de parler avec les Français, par ce que je pense qu’ils ne sont pas très enthousiastes pour parler avec les étrangers. J’apprécie aussi de parler à l’Université avec les Anglais et les Américains, et avec les professeurs.

Arrivez-vous à bien communiquer avec les Français ?

En France, chaque personne est seule, et il n’y a pas beaucoup de groupes de communication. Il y a beaucoup de solitude. Et pour moi, c’est un peu difficile. Chez nous, il y a beaucoup d’échanges et d’interférence dans la vie privée des personnes, mais c’est bien.

En somme, diriez-vous que les français sont individualistes ?

TRES individualistes.

Est-ce que c’est néanmoins pour vous une expérience positive d’être venue étudier en France ?

Oui, c’est très positif par ce que c’est une expérience de vie et pour moi, j’apprends la langue et je découvre plein de choses.

Que diriez-vous à un jeune qui aurait envie de partir étudier à l’étranger, comme vous ?

Pour un Ukrainien, je lui conseillerais de bien apprendre le français avant de venir. Pour un Français qui voudrait partir à l’étranger, je lui dirais que c’est très bon.

Pourquoi ?

Car je trouve que le Français est très snob (sourire) (!) Par exemple, mes amis français, quand j’étais en Allemagne, étaient très différents d’ici : ils étaient plus gentils, ouverts. C’est aussi une expérience pour sa vie : le fait d’habiter seul, de se débrouiller. Pour moi, les premiers jours, c’était très difficile, par exemple avec la banque, la gare…il y a beaucoup de bureaucratie. Aussi, la chose qui pour moi était une grande surprise, beaucoup de jeunes fument de l’herbe. En Ukraine, c’est interdit...

En France aussi…

…mais c’est très strict en Ukraine. Si la Police trouve de l’herbe, la personne a beaucoup de problème. J’ai l’impression qu’en France, tous les jeunes fument, j’ai été très très surprise…

Notre entretien touche à sa fin, est ce que vous souhaitez rajouter quelque chose ?

Hier avant de venir faire l’interview, j’ai discuté avec mes amis des stéréotypes des Français. Dans le monde, on dit que les hommes français sont très très galants…Mais ce n’est pas vrai. Par exemple, en Ukraine, la femme marche toujours devant.

Et pas en France ?

Non. Et dans le bus, je l’ai constaté. Les hommes ne se lèvent pas pour laisser leur place à une femme. Et à l’Université, les étudiants ne sont pas galants...

Et bien ce sera le mot de la fin… ! Merci de nous avoir accordé cet entretien Iryna, c’était très instructif. Et bonne continuation dans vos études.

Merci.