Le Journal Intime Collectif est ouvert à tous et ses adeptes ont de 7 à 70 ans. Ils observent des faits réels dans des lieux publics, les écrivent, puis les partagent au cours de réunions mensuelles. Les textes sont discutés selon des règles très précises, ils sont ensuite archivés. Certains paraissent alors en recueils. Sous sa forme acronymique, le Journal Intime Collectif est le JIC. Cette pratique d’écriture se tisse autour d’un même espace de vie. Elle s’alimente du regard de chacun pour créer une mémoire du quotidien offerte à tous.

Caroline Sarrion, fondatrice du JIC

Elle a travaillé comme ingénieur en informatique linguistique, elle s’est spécialisée dans le référencement de sites Internet, elle a réalisé des courts-métrages et elle a fondé le JIC au sein de l’association Vinaigre. C’était en 1994 à Paris. Caroline Sarrion reconnaît une dimension sociale à ce groupe d’écriture pas comme les autres : «La pratique du Journal Intime Collectif encourage une certaine attention sociale et aiguise notre regard sur les «autres» que nous croisons sans les connaître. Notre attitude devient moins passive face aux petits événements qui jalonnent notre vie quotidienne.»

En 16 ans de JIC, Caroline a vécu des moments inoubliables. Très active, elle écrit, lit, archive et diffuse d’innombrables textes. Dans les réunions du JIC, elle n’hésite pas à mélanger les générations, associant les plus jeunes aux adultes, dont les regards croisés sont source d’enrichissement mutuel. Un JIC intergénérationnel est d’ailleurs en projet à Marseille. Autre projet : celui de JIC itinérants qui iront à la rencontre des habitants des petites communes rurales. Sous forme de micro-JIC, le groupe d’écriture rassemble déjà la population d’un quartier, d’une école, d’un collège ou d’un lycée.

Les jeunes sont des adeptes

Ce sont les jeunes qui impressionnent le plus Caroline. Ils se familiarisent aisément avec les règles du JIC, ils ont des choses à dire et ils les transmettent bien. Même avec un handicap. Pendant trois ans, Caroline a animé un atelier JIC avec les adolescents handicapés du lycée d’insertion La Viste à Marseille. Des jeunes, précise-t-elle, «qui ne savent soi-disant pas écrire». Ils se sont pris au jeu, ils ont présenté des textes étonnants. C’est l’un des plus beaux souvenirs de Caroline dans sa pratique du JIC.

Le Journal Intime Collectif est né à Paris, mais il s'est diffusé rapidement dans d'autres villes. Des groupes d’écriture identiques se sont créés à Lille, Marseille, Melun et Montpellier. Le JIC a également franchi les frontières. Il existe à Florianópolis au Brésil. Sur place, il s’appelle le DIC, ou Diário Intimo Coletivo. En Italie, le JIC se pratique à Padoue, sous le nom de DICO, forme abrégée de Diario Collettivo. Il se pratique aussi à la faculté anthropologique de Milan. Ce groupe très actif constitue un anthropolo-JIC. Enfin, deux autres JIC sont en projet à Caracas au Venezuela et à Bruxelles en Belgique.

Des contraintes formatrices

Les textes du JIC s’élaborent et se partagent en respectant certaines contraintes. Dans les réunions, les écrits sont présentés anonymement. Lus à haute voix, ils sont ensuite commentés par les participants. Tous apportent un texte, mais personne ne lit sa production. Caroline explique cette règle ainsi : «Cela donne à l’auteur l’occasion de découvrir son texte autrement. Le ton est différent. Le texte lui échappe un peu. S’il veut être plus respecté, l’auteur se rend compte que parfois, il faut plus de rigueur dans la ponctuation, dans les mots…»

Les textes du JIC sont aussi des défis descriptifs. Ils présentent des événements réels, observés dans un lieu public. Au moment même où les choses se passent, sans marquer de distance temporelle ni d’intention subjective. On les écrit un peu à la manière d’une caméra qui tourne. On s'abstient de dire «je», sauf dans les dialogues, et l'on indique suffisamment de détails visuels et sonores pour bien montrer ce qui survient.

De l'écrit à l'écran

Les textes du JIC passent volontiers de l'écrit à l'écran. Dès 1999, des courts-métrages dans l'esprit du JIC ont été produits en format Super 8. Ils sont généralement présentés à l'occasion d'événements culturels. A ce jour, 18 courts-métrages ont été réalisés. L'association Vinaigre encourage la création de nouveaux films en liaison avec le JIC, mais il faut respecter certaines consignes. Le court-métrage doit être tourné en Super 8, sur une durée de 3 min et sans montage ultérieur. Il doit s'inspirer d'un texte publié dans l'un des recueils du JIC.

Ces recueils sont en vente dans certaines librairies de Marseille. On peut aussi les commander sur le site Internet du JIC. Le groupe d'écriture en est actuellement à son cinquième recueil. Plusieurs micro-JIC de Marseille, dont celui du lycée de La Viste, ont également fait paraître leurs textes en recueils.

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