S’il n’est toujours pas candidat à la présidentielle de 2012, le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, s’y prépare. C’est du moins ce que disent ses amis politiques qui en voient la preuve dans son récent passage à Paris et ses multiples rendez-vous secrets avec les éléphants du PS.

Comment, dans ces conditions, expliquer que l’homme politique préféré des Français dans les sondages se soit laissé piéger par une photo de paparazzi ? Depuis que Le Parisien a publié le document montrant DSK et Anne Sinclair près de leur domicile de la place des Vosges à Paris, à proximité d’une Porsche Panamera S à plus de 100 000 euros, ses adversaires comme ses amis ne cessent d’en parler: pour les uns, c’est du pain bénit, l’occasion de rappeler que le socialiste est trop riche pour incarner la France et les Français; pour les autres, c’est une regrettable maladresse mais l’UMP n’a pas de leçon à donner en matière de «bling-bling».

Et si la «bavure de la Porsche» n’en était pas une ? Et si Dominique Strauss-Kahn avait simplement décidé d’envoyer un message, certes provocateur mais payant en terme de buzz?

S’agit-il d’un message pour rassurer la droite?

  • Donner des gages à droite.
Pour gagner en 2012, Dominique Strauss-Kahn doit ratisser large. Il lui faut certes rassurer dans ses rangs, notamment dans les catégories les plus populaires, mais aussi donner des gages à sa droite. Pas question que les grosses fortunes, par exemple, fuient la France par peur d’être ponctionnées par un président de gauche.

En se montrant près d’une luxueuse voiture allemande, symbole de richesse et de puissance, DSK ne fait qu’insister un peu plus sur son image de «libéral de gauche», pour qui l’argent n’est pas immoral et qui considère, comme les Américains qu’il fréquente depuis quatre ans, depuis qu’il est devenu directeur général du FMI, qu’il n’y a rien d’infamant à afficher sa réussite.

  • Une armée de communicants.
Dominique Strauss-Kahn a une armée de communicants à sa disposition. Plusieurs d’entre eux sont issus d’Euro RSCG, l’agence dirigée de publicité dirigée par Stéphane Fouks, un très proche du favori de 2012. Or, chaque événement distillé depuis des mois autour de la candidature de DSK est savamment pesé, préparé, lancé dans un timing parfait. On se souvient ainsi de la petite phrase d’Anne Sinclair prononcée sur Canal+, ou encore des prestations impeccables d’ambiguïté du présumé candidat à la télévision. Comment une équipe aussi professionnelle aurait-elle pu laisser passer une telle bourde?

  • C’est la Porsche d’un communicant.
Le propriétaire de la Porsche qui fait scandale, c’est Ramzi Khiroun, d’Euro RSCG, l’ancien chargé de communication de DSK, aujourd'hui conseiller spécial d'Arnaud Lagardère. Ce brillant collaborateur est resté l’ami intime du patron du FMI et il n’en a pas oublié pour autant ses réflexes à l’égard des médias. Il ne pouvait ignorer que des dizaines de journalistes et de photographes traquent DSK dès qu’il met un pied en France. Dès lors, il savait qu’une photographie du leader socialiste à côté de son bolide était non seulement envisageable mais prévisible.

S’agit-il d’une boulette qui inquiète la gauche?

  • Après le «bling-bling», le «vroum-vroum».
Si c’est une boulette, elle est grosse car certains comparent désormais le «vroum-vroum» de Dominique Strauss-Kahn au «bling-bling» de Nicolas Sarkozy. Personne, à droite comme à gauche, n’a oublié la première année médiatique du président: sa nuit au Fouquet’s, le soir de son élection, puis ses vacances sur le yacht de son ami Bolloré.

  • Ses adversaires l’attaquent.
Brice Hortefeux, le conseiller spécial du président, a ironisé sur BFM TV: «Cela signifie que le Parti socialiste évolue curieusement. En 1981, c'était le poing et la rose. Aujourd'hui, c'est la Porsche au volant».

Sur la même chaîne, Valérie Pécresse a dénoncé un candidat «dans sa bulle», déconnecté des réalités des Français. Une phrase qui rappelle la critique de Christian Jacob accueillie avec colère par la gauche, et selon laquelle DSK n’incarnerait pas «la vraie France, celle des terroirs».

  • Ses amis s’inquiètent.
«Il faudra faire attention à chaque image», a déclaré jeudi Pierre Moscovici sur LCI à propos de l’affaire. «Mais en même temps, ce n'est pas là-dessus que va se jouer la présidentielle. Qui peut donner des leçons ? Ce ne sont pas les amis de Nicolas Sarkozy, ce n'est pas l'UMP qui va se mettre à faire une campagne de boules puantes.»

De leur côté, les partisans de François Hollande, le rival de DSK pour la primaire socialiste, ont préféré utiliser l’arme de l’humour en rappelant que leur candidat ne se déplaçait dans Paris «qu’en scooter». Quant à la députée Marylise Lebranchu, très proche de Martine Aubry, elle a recommandé au «Talk Orange-Le Figaro»: «Dominique doit dire aux Français qu'il peut vivre avec eux et comme eux».

  • Ex-maire de Sarcelles.
Les amis de DSK rappellent que ce dernier a longtemps été maire de Sarcelles, une des cités les plus pauvres de la banlieue parisienne. Ce n’est donc pas quatre années aux Etats-Unis qui lui ont fait oublier les difficultés quotidiennes des Français. D’autant qu’un ouvrage sort à point nommé pour rappeler les origines purement socialistes de la famille Strauss-Kahn (1).

  • Une image d’homme riche.
L’affaire de la Porsche tombe plutôt mal puisque le candidat possible à la présidentielle cherche à corriger son image de riche. Les Français n’ignorent pas qu’il possède un ryad à Marrakech (même s’il vient de passer ses dernières vacances à Djerba) et que son épouse, Anne Sinclair, est la fille très fortunée d’un marchand d’art. Comment dès lors donner des garanties aux classes les plus populaires de l’électorat de gauche?

Est-ce que ça va lui nuire ?

  • Les ouvriers ne votent pas pour lui.
Quand on étudie les sondages, on découvre que les ouvriers ont une préférence marquée pour Marine Le Pen dont le père a toujours dénoncé comme «bonnet blanc et blanc bonnet» une gauche et une droite au programme assez proche. Une idée que sa fille reprend et résume par le sigle «UMPS», fusion ironique de l’UMP et du PS.

  • Il reste très haut dans les sondages.
Guillaume Tabard écrit sur son blog des Échos: « Si Dominique Strauss-Kahn reste haut, très haut dans les sondages, la photo de la Porsche sera vite oubliée. En revanche, si les vents politiques se retournaient contre lui, nul doute qu’alors, la Porsche lui reviendrait en pleine figure». Il n’y a pas, pour l’instant, péril en la demeure.

(1) Le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, de Michel Taubmann, éditions du Moment, 2011, 300 pages, 19,95 euros.