Il s’identifie à son œuvre ? Du moins rappelle-t-il que l’héritage andalou ne s’arrête pas à la musique malouf, mais emprunte au même siècle (début 17ème) une certaine verve littéraire.

Cervantès bien présent dans le décor tunisien, pas seulement par le biais du Centre Culturel Espagnol, mais par son obsessionnelle utopie.

Une cavale bien récalcitrante

Don Quichotte bien présent comme une seconde nature. Celle de la parole créatrice, celle de la création qui signifie.

Pas tout seul ! Bien sûr !

La libre monture, thème cher à qui rêve d’envolée mystique ou de création, on ne la voyait plus que dans les aquarelles de Victor Sarfati ou les huiles des «Cavaliers de la Pureté (Foursano Essafa)» de Faouzi Maaouia . Les statues équestres éradiquées dans le pays depuis 23 ans.

Mohsen Jeliti date son premier Don Quichotte de 2008, un combat artistique bien inutile contre les moulins à eau ? Car les moulins à vent ont disparu du paysage. Depuis plus d’un siècle et demi le territoire tunisien aurait perdu ses ailes, signalait Dunant (fondateur d'une solidarité sanitaire).

Pas si inutile, cette inscription de la création dans l'argile de l'Histoire ! Ainsi l'oeuvre créatrice poserait des jalons sur notre devenir. Ce qui n'est pas si compliqué à remarquer actuellement en Tunisie.

Il boulonne

L’essentiel de son art se structure autour de formes empruntées aux matériaux de base qu’il transforme (argile, bois, pierre), mais aussi à un ensemble d’éléments de récupération (presque exclusivement métalliques) qu’il soude, fond, amalgame.

Comme pour redonner une cohérence à ce qu’il touche. Mais, à l’instar du Quichotte, l’utopie reste une quête, une terre ouverte, qu’il ne peut atteindre.

Il participe de pas mal d’expériences, entre ateliers de plasticiens, maisons de la culture, espaces de vie, mais aussi associées à d’autres disciplines ou à d’autres regards sur l’art : dans des rendez-vous de création hebdomadaires ou occasionnels.

A lire A-M El Khatib , suivant précisément ses «enroulements de cuivre et de fer», ses «assemblages » provoquent des suites de raisonnements particulièrement perspicaces :

«La chaîne mentale» sortant d’une tête infiniment triste : c’est une chaîne de vélo avec son dérailleur : et c’est ça la dépression, ça fait dérailler… Le matériau est ingénieux et il fait réfléchir.»

Il déboulonne

Son œuvre semble avoir oscillé entre écriture et arts plastiques. Mais la sculpture a nettement pris le dessus même s’il lui est nécessaire de recourir à l’écrit.

La critique fait partie de ses fonctions au sein de l' Union des écrivains tunisiens depuis 1998.

Ses œuvres se décryptent à livre ouvert et littéralement : il suffit d’énoncer ce qui est vu pour que vienne s’inscrire la formule, que soit perçue l'intention.

Peuvent se recueillir ses engagements à des causes, avec les expositions associées à des manifestations cinématographiques entre l’Aire Libre et El Teatro, mais ailleurs aussi . Car Mohsen milite depuis ses premières œuvres pour la paix, l’humain, l’amour.

Son encrage, son ancrage est sculptural : son code se grave dans la roche, comme le souligne un certain tube de Rap !

Entre services et Cervantès

Ateliers de jeunes à épauler, dans la proche banlieue de Tunis, mais aussi dans l’intérieur du pays.

Dans son oeuvre, le rêve se poursuit. Son attachement à Cervantès est précoce. Il s’officialise avec La Caravane Catalane, le 23 avril 2009, à l’espace 14 : un vernissage et une animation avec slam impromptu. Toujours l’art et l’écriture.

Un rendez-vous d'écrivains et de plasticiens se revendiquant ou ayant été choisis pour matérialiser cet héritage culturel qui perdure. La Caravane Catalane pérégrine annuellement d'un pays l'autre.

La date et la promenade méditerranéenne, il faudra l’imputer à la mort simultanée de deux génies, il est un peu moins de 4 siècles. Cervantès et Shakespeare.

Familles d’esprit critiques et contestataires.

Dulcinéa ?

Mohsen Jeliti a fourbi les armes de ce combat de l’art où la création ne peut que rarement se suffire à elle-même. Combien de plasticiens exercent d’autres métiers pour survivre ? Et quoique l'art survive !

Sa Dulcinéa ? La terre de l’art : une terre utopique à la dimension entière du pays et que l’art ne soit pas confiné à la seule capitale, mais à l’ensemble de la Tunisie.