
- Ouvrons les portes ! - Ouvrons les portes !
Depuis plusieurs mois, le collectif « Ouvrons les portes ! » dénonce la non-mixité pratiquée par une vingtaine d’internats destinés aux élèves des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) : quinze internats refusent d’accueillir des filles et six ferment leurs portes aux garçons. Une liste noire de ces lycées a été établie par le collectif. Plus du tiers de ces lycées se trouvent en Ile-de-France.
Des privilèges pour les internes qui défavorisent les externes
Si la mixité scolaire est obligatoire depuis la loi du 11 juillet 1975, la mixité dans les internats n’est pas encore la règle et, de ce fait, l’égalité non plus ! En effet, l’inégalité d’accès aux internats met à mal l’égalité scolaire.
Pour les externes qui étudient loin du domicile familial, le coût de l’hébergement peut devenir un obstacle indépassable. A Paris, l’injustice est encore plus criante : quand un interne paie 200€ mensuels pour être logé et nourri, une externe doit débourser 700 à 800€ par mois si elle loge dans le privé. Si elle trouve une place dans un foyer, elle peut éventuellement bénéficier de tarifs identiques à l’internat, mais bien souvent, même en foyer, elle paiera plus cher qu'un interne. Ce sont évidemment les filles des milieux populaires qui sont le plus victimes de cette discrimination.
A cela s’ajoute un déficit de temps d’études ou de repos : le temps de transports entre le domicile et le lieu d’étude grèvent lourdement le temps libre déjà très limité en CPGE. De plus, les internes bénéficient de meilleures conditions de travail : ils peuvent avoir accès à des salles de travail, constituer plus facilement des groupes de travail, bénéficier des équipements sportifs…
L’Ile-de-France : une région d’avance !
En Ile-de-France, le Conseil régional a annoncé sa volonté de sortir de cette situation. Lundi dernier, Henriette Zoughebi, vice-présidente en charge des lycées et des politiques éducatives, a demandé aux recteurs et aux proviseurs de mettre leurs internats en conformité avec la règle de la mixité pour la rentrée de septembre. « A la rentrée 2010, tous les internats devront être mixtes. Il ne peut y avoir d’exception, en particulier pour les classes préparatoires aux grandes écoles », a-t-elle déclaré. Elle s’engage aussi à mettre en place un travail de concertation et de dialogue avec les acteurs concernés.
Au dernier trimestre 2009, les ingénieurs de la Région avaient déjà réalisé un diagnostic sur les six internats parisiens réservés aux garçons et avaient conclu à la possibilité technique de redistribuer des places d’internats aux étudiantes des CPGE.
Le Collectif « Ouvrons les portes ! » s’en réjouit : « La mise en place de la mixité en Ile-de-France, région qui regroupait près de la moitié des lycées à internat non-mixtes, constitue une avancée importante. » La décision politique prise en Ile-de-France renforce en effet les revendications du Collectif : « La convergence rapide en Île-de-France entre acteurs régionaux et proviseurs des lycées concernés, suite à l’impulsion donnée par une mobilisation citoyenne montre que cette transition est réalisable rapidement, sans modifications importantes des bâtiments existants. »
La non-mixité dans les internats : le vestige d’un ordre moral dépassé ?
Au-delà de la question de l’égalité scolaire des filles et des garçons, la non-mixité est évidemment une barrière dressée à la sexualité des jeunes. En tant que telle, elle est un véritable paradoxe. Tout en se voulant la garante de la moralité, elle sexualise à outrance la vie des jeunes en perpétuant l’idée que les relations entre filles et garçons ne peuvent être que sexuelles. Les unes et les autres sont ainsi déchus de l’entièreté de leur humanité et empêchés d’explorer la multiplicité des relations possibles entre les êtres humains pour n’être réduits qu’à leur dimension sexuelle.
La non-mixité imposée ne serait-elle pas avant tout un affront à la dignité des jeunes ?
