La campagne du roi séleucide Antiochos III (206 avant notre ère) dans la vallée de l’Indus permit au prince Démétrios, fils du roi gréco-bactrien Euthydèmos Ier, de s’emparer facilement de ces territoires. Démétrios ne rencontra guère de résistance. Devenu roi, il régna sur un immense territoire qui comprenait la Bactriane, l’Arie, La Drangiane (Afghanistan) et la vallée de l’Indus (Pakistan).
Pantaléon
Suite à la mort prématurée de Démétrios, son fils Euthydèmos II devint roi. Etant trop jeune, une régence fut assurée par un certain Pantaléon. Ce dernier dut faire face à une grave crise monétaire. Le royaume n’étant plus approvisionné en or, il se résolut à frapper des monnaies de cupro-nickel.
La vallée de l’Indus s’avérait difficile à administrer depuis Bactres. Les hautes montagnes de l’Hindou-Kouch coupaient le royaume en deux. Pantaléon créa une seconde capitale à Sagala (Sialkot), au Panjab, pour le jeune roi. A la mort d’Euthydèmos II, Pantaléon monta sur le trône. Il régna avec Agathocle Ier. Il est possible que ce dernier fût un descendant de Lysimaque, l’un des généraux d’Alexandre.
La naissance du royaume gréco-indien
Antimaque se révolta contre les deux rois et s’empara du pouvoir en Bactriane. Il prit Taxila, en Inde, et établit une véritable dyarchie. Le roi principal demeurait à Bactres, et le roi associé, Apollodote Ier, à Taxila. Un royaume gréco-indien vit donc le jour. Après un bref règne d’Antimaque II, Ménandre, qui était probablement l’un des fils d’Apollodote Ier, devint le troisième roi gréco-indien.
Le roi Ménandre
Ménandre naquit à Alexandrie du Caucase (Kapisi). Cette cité, fondée par Alexandre le Grand, abritait une résidence d’été d’Apollodote. Ménandre régna longtemps sur le royaume gréco-indien. Il fut l’un des rares Grecs à être cité par les textes indiens. Le Milindapanha, ouvrage sacré de la littérature bouddhique, le présenta comme un protecteur du bouddhisme. Ce texte affirmait que les reliques du roi furent partagées entre différents sanctuaires. Il est cependant difficile de savoir si Ménandre s’est effectivement converti au bouddhisme. Il est indéniable qu’il fut un grand protecteur de cette doctrine, mais, il n’est pas possible d’affirmer qu’il était un bouddhiste. Il existe des cas connus de Grecs qui ont abandonné leur religion. Un ambassadeur du nom d’Héliodore fut, par exemple, sectateur de Vishnou!
Un nouvel Alexandre?
Ménandre fut l’un des derniers grands conquérants grecs de l’Asie centrale. Il conquit le Rajasthan et se lança dans une campagne sur le Gange. Il occupa l’ancienne capitale de l’Empire maurya, Patna. Après la prise de cette cité de l’Inde orientale, Ménandre dut stopper sa campagne et revenir dans la vallée de l’Indus pour lutter contre Eucratide qui s’était emparé par la force du pouvoir en Bactriane.
Par sa conquête de l’essentiel de la vallée du Gange, Ménandre réalisa l’un des rêves d’Alexandre le Grand. Jamais un roi gréco-macédonien n’était allé aussi loin vers l’est à la tête d’une armée!
Fin de règne et succession
La fin du règne de Ménandre fut moins glorieuse. Il fut battu par Eucratide qui avait franchi l’Hindou Kouch. Ses conquêtes furent abandonnées, Taxila fut occupée. Eucratide s’empara également d’Alexandrie du Caucase et des mines d’argent du Panjshir. Ménandre survécut au règne d’Eucratide (mort en 145 avant notre ère) dans un petit royaume du nord de l’Inde. Il décéda en combattant Zoïlos Ier, le nouveau roi gréco-indien de Taxila, installé par Eucratide.
La veuve de Ménandre, Agathocleia parvint à conserver un royaume pour son fils, Straton, au Gandhara et au Panjab. Straton eut un règne long et agité, mais il réussit à régner sur un grand royaume gréco-indien. Il élimina les derniers partisans d’Eucratide.
WIDEMANN (F.), Les Successeurs d’Alexandre en Asie centrale et leur héritage culturel. Essai, 2e éd revue et corrigée, Paris, 2009.