Zeus est le dieu de la foudre, mais c'est aussi un grand séducteur. En détrônant son père, Jupiter devient le dieu suprême de tous les dieux. De nombreux cultes lui sont rendus et ses représentations en peinture et en sculpture sont nombreuses, au moins autant que les femmes, déesses, nymphes et humaines, qu'il a séduit. Parmi elles, se trouve Danaé qu'il féconda grâce à une pluie d'or.

Le mythe de Danaé, mère de Persée

Danaé est la fille d'Acrisios, roi d'Argos, et d'Eurydice. Lorsqu'un oracle annonce à Acrisios qu'il serait tué par son petit-fils, il fait enfermer sa fille dans une tour. Mais Zeus, amoureux de la belle princesse réussit tout de même à s'unir à elle sous la forme d'une pluie d'or. Ce mythe est représenté sur des poteries dès l'Antiquité.

Célèbre pour avoir été l'une des nombreuses conquêtes de Jupiter, elle l'est surtout pour avoir mis au monde un héros célèbre, Persée. Elle est mentionnée dans l'Enéide de Virgile et Les Métamorphoses d'Oedipe.

Les représentations de Danaé par Titien

Titien peignit trois tableaux de ce mythe, modifiant à chaque fois la composition pour en changer quelque peu la signification. Vers 1544, il réalise une première Danaé destinée à Ottavio Farnèse. La jeune femme, allongée, est accompagnée de Cupidon, l'arc à la main. Elle regarde la pluie d'or tombée d'un nuage.

Dans la composition qu'il fit pour Philippe II d'Espagne vers 1553-1554, Cupidon est remplacé par une servante qui ramasse la pluie d'or. Les clés qu'elle garde à sa taille symbolisent la prison de Danaé et font de la servante la gardienne de la jeune femme. Danaé garde la même pose lascive. Un petit chien, symbole de fidélité, dort près d'elle. La blancheur de son corps s'oppose à la peau foncée de la servante. La beauté face à la laideur, la jeunesse face à la vieillesse, au delà du mythe, Titien reprend une symbolique médiévale moralisante. La servante veut la fortune pour elle.

Dans son dernier tableau, datant de 1555-1556, Cupidon et la servante disparaissent et une iconographie nouvelle apparaît. Le nuage d'où tombe la pluie d'or montre le visage de Zeus. Danaé garde la même position et le chien dort toujours près d'elle, mais le regard de la jeune femme change, elle regarde désormais dans le lointain, sans voir le visage du dieu. Elle est l'image de la pudeur chaste.

La représentation moralisante de Danaé

Danaé apparaissant à côté d'une servante est une représentation inédite qui n'existe pas à l'Antiquité. Ce personnage annexe, non mentionné dans les sources littéraires apparaît au Moyen Age. En opposition à Danaé, devenue princesse médiévale chaste et prude, la servante est le symbole de la mesquinerie, de la convoitise et du vol. Danaé est pure et accepte le don qui lui est fait par Zeus tandis que la servante cherche à s'approprier ce qui ne lui et pas destiné.

Dans le tableau de Primatice, on voit Cupidon arrêtant la servante pour que la pluie d'or ne touche que Danaé. Boucher, Rembrandt ou encore van Poelenburgh utiliseront aussi la servante comme pendant au personnage lumineux de Danaé.

Les représentations érotiques de Danaé

Outre la servante, Cupidon apparaît aussi souvent à côté de la jeune captive. Pour symboliser l'union charnelle entre Danaé et le souverain suprême des dieux, on peut aussi trouver des putti, ces petits angelots ailés, très en vogue à la Renaissance. Ils apparaissent en général dans des tableaux aux allures plus sensuelles.

Corrège rompt avec la tradition instaurée par Titien, qui présentait Danaé allongée devant un rideau rouge. Il la montre allongée sur des draps dont la blancheur répond au corps de Danaé. Un paysage dans le lointain aère la scène. Cupidon, pour une fois non passif, soulève le drap couvrant Danaé qui, jambes écartées, reçoit le don de Jupiter. Deux putti, au pied du lit, jouent avec les flèches de Cupidon.

Des œuvres plus érotiques, montrant Danaé seule, s'ajouteront à celle-ci, notamment celle de Chantron, où Danaé se tend vers le ciel dans une position lascive et sensuelle. A nouveau, le rideau rouge resplendit derrière elle, mais cette fois c'est Danaé elle-même qui l'ouvre, accueillant ainsi la pluie d'or. Au début du XXe siècle, Klimt rompt totalement avec la représentation antique en peignant Danaé entourée d'un cocon, dans une position fœtale, les yeux clos, les jambes relevées, accueillant la semence divine.

Le mythe de Danaé et de la pluie d'or est le plus représenté à partir de la Renaissance, le Moyen Age ayant totalement oublié la suite de l'histoire. Lorsque le père de Danaé se rend compte de la grossesse de sa fille, il la fait enfermer dans un coffre avec son enfant nouveau-né et les jette dans un fleuve. Recueillie par le roi Polydecte dont elle devient la femme, Danaé ne reviendra pas à Argos avant que son fils Persée, ayant vaincu Méduse, ne change son grand-père en statue de pierre.