Cyrène, de la cité grecque à la ville romaine

Temple de Zeus de Cyrène - Carine Mahy
Temple de Zeus de Cyrène - Carine Mahy
De la fondation de la ville par les Grecs à la capitale de province romaine, jusqu'à sa redécouverte moderne, découvrons Cyrène et son histoire.

Le site de Cyrène, aujourd'hui situé en Libye, est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982. Il a été découvert au XVIIIe siècle. Claude Lemaire, le consul de France à Tripoli, a visité le site de Cyrénaïque en 1705-1706; il est frappé par le fait qu’il s’agissait d’une grande ville, même si elle était un peu moins impressionnante que Lepcis Magna.

Les premières recherches

Le premier plan sommaire de Cyrène date du XIXe siècle et a été réalisé par Agostino Cervelli, un Pisan. Puis un médecin génois, Paolo della Cella, accompagnant le pacha de Tripoli en expédition contre des rebelles dans la région, transcrit de nombreuses inscriptions qu’il a pu voir sur le site.

C’est seulement en 1910 que commence la stricte recherche scientifique, grâce aux fouilles de l’Américain Richard Norton dans la nécropole et sur l’acropole, et aux descriptions de l’Italien Frederico Halbherr.

En 1913, les Italiens occupent militairement la Cyrénaïque. Ils y font une découverte fortuite: une statue d’Aphrodite émerge de la terrasse du sanctuaire d’Apollon suite à un violent orage, dans la nuit du 27 décembre 1913. Dès lors, un service archéologique est créé et les militaires commencent les fouilles. Plusieurs édifices majeurs sont dégagés: le temple de Zeus, le sanctuaire d’Apollon, le gymnase.

La cité grecque

Cyrène est fondée au VIIe siècle avant notre ère, par des colons grecs venus de l’île de Théra, l’actuelle Santorin. Le chef de l’expédition a été désigné par l’oracle d’Apollon de Delphes. Il s’agit d’un certain Battos, qui établit une dynastie qui règne sur la cité durant deux siècles, à la tête de Cyrène. Cette dynastie prend fin en raison d’une dérive tyrannique contre laquelle le peuple se révolte. Le dernier souverain, Arcésilas, est tué et un régime, semble-t-il démocratique, se met en place.

Le site choisi est à la fois protégé par un éperon rocheux et alimenté par une source. L’endroit est donc idéal pour l’implantation d'une ville. Le dieu Apollon est le protecteur de la nouvelle cité; la ville est donc organisée en fonction de son temple et de la voie sacrée qui y mène.

Pour permettre l’approvisionnement de Cyrène et le commerce maritime, les nouveaux arrivants construisent sur la côte, à une quinzaine de kilomètres, un port, qui reste sous le contrôle de la cité mère jusqu’à l’époque hellénistique, durant laquelle il est promu au statut de ville et prend le nom d’Apollonia.

La cité hellénistique

Lors des conquêtes d’Alexandre le Grand, la Cyrénaïque se soumet spontanément au jeune souverain, en 331 avant notre ère. Devenue partie intégrante de l'Empire, lors du partage qui suivit la mort d’Alexandre, elle est attribuée à Ptolémée, avec l’Egypte. Mais cette situation ne convient pas aux habitants de Cyrène, qui se révoltent à plusieurs reprises. Cependant, ces soulèvements sont tous matés par le roi ptolémaïque. Ce dernier nomme son beau-fils, Magas, gouverneur, afin de stabiliser la région. Mais Magas rêve de plus d’indépendance et les relations avec la royauté égyptienne sont rompues pendant quelques temps. C’est le mariage entre la fille de Magas, Bérénice, et le futur Ptolémée III, petit-fils du fondateur de la dynastie, qui rétablit les relations et scelle la paix.

Ce lien entre l’Egypte et la Cyrénaïque dure jusqu’en 96 avant notre ère. La région passe alors sous l’autorité romaine, par le testament de Ptolémée Apion, un fils illégitime de Ptolémée VIII, qui gouverne alors la Cyrénaïque. Son but est d'éviter un assassinat politique sur sa personne, comme cela est fréquent sous la dynastie ptolémaïque.

La cité romaine

Pour respecter les traditions culturelles, la Cyrénaïque romaine est unie à la Crête, formant avec elle une province à caractère grec. Cyrène conserve sa supériorité sur les autres villes de Cyrénaïque, puisqu’elle demeure la capitale de la province.

La romanisation progresse lentement. En effet, sous le règne d’Auguste (27 av. J.-C.-14 ap. J.-C.), les habitants de Cyrène peuvent encore choisir entre le droit romain ou les lois locales.

La Cyrénaïque est aussi touchée par la révolte juive qui a lieu sous le règne de l’empereur Trajan (115-117 ap. J.-C.). Sous le règne de son successeur, l’empereur Hadrien, la région est reconstruite. Le pouvoir impérial fait alors attention à ce que Cyrène conserve sa supériorité, car elle est le centre du culte impérial dans la région.

Le déclin s’amorce au IIIe siècle, lorsque la crise politique et économique qui touche tout l’Empire, est aggravée par un tremblement de terre en 262. Lors de la réorganisation des provinces par Dioclétien, Cyrène perd son rang de capitale, car elle est devenue trop excentrée par rapport au territoire de la nouvelle province. De plus, en 365, un nouveau tremblement de terre violent complète ce tableau du déclin catastrophique de Cyrène.

Conférence, Wavre

Carine Mahy - Diplômée en Histoire et en Archéologie/Histoire de l'art - spécialisée dans les civilisations de ...

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