On ne peut pas dire tout et son contraire, s’interroger comme Slate en août 2010, quand le Parti socialiste n’a pas de programme et, lorsqu’apparaît enfin «le» programme attendu, reprocher au PS d’avoir un projet mais pas encore de candidat, comme Le Post du 4 avril. A moins d’être dans la confrontation politique comme c’est le cas pour l’UMP avec Valéry Pécresse. Ensuite, libre à chacun de trouver ces propositions modernes ou rétrogrades, trop à gauche ou trop consensuelles. L’essentiel est ailleurs, dans la possibilité qu’offre enfin le Parti socialiste de répondre à la droite en ouvrant le débat sur une alternative possible pour la France et les Français, à un peu plus d'un an de mai 2012 et de la présidentielle.

Le chantier ouvert à l’été 2010 par Martine Aubry a enfin abouti

C’est à mettre au crédit de la première secrétaire du PS, Martine Aubry, d’avoir tenté de répondre, comme elle s’y était engagée aux Journées de La Rochelle, à cette critique constante des observateurs et des adversaires politiques de la gauche: le parti ne pense qu’aux candidatures individuelles ainsi qu’aux seuls problèmes de procédure (la désignation d'un des leurs par les primaires) alors qu’il devrait songer à se donner de la crédibilité aux yeux des électeurs de 2012 en se dotant d’un véritable réservoir à idées.

À cette époque, régnait une véritable foire d’empoigne, les candidats potentiels à la présidentielle surgissant comme des fleurs en ce mois d’août. De plus, la légitimité de la patronne du PS (élue avec quelques dizaines de voix d’avance) et sa capacité à construire une alternative à la droite étaient contestées depuis deux ans par sa principale rivale de l’époque, Ségolène Royal.

Martine Aubry a gagné au moins sur ces deux terrains-là. Elle est parvenue à s’imposer au parti et à redresser l’image catastrophique de ce dernier, à force de sérieux et de discrétion. Une réussite obtenue à la faveur du débat sur les retraites (elle a profité alors de la formidable contestation de la réforme voulue par Nicolas Sarkozy). Dans un deuxième temps, la première secrétaire s’est employée à relancer la discussion de fond: le Parti socialiste ne pouvait pas se contenter d’être dans la seule opposition à un président de la République particulièrement vulnérable (sondages d’opinion catastrophiques, polémiques sécuritaires).

Après le rapport sur l’égalité réelle, la «feuille de route»

Avec Benoît Hamon, un premier projet a vu le jour, le fameux rapport sur «l’égalité des chances». Un texte à la fois irréaliste et plein de bons sentiments qui a fait l’objet de violentes critiques, à droite mais aussi à l’intérieur du parti: «cet arbre de Noël de promesses» selon l'aile droite du PS donnait l’impression que la crise économique n’existait pas. Ce texte, vite remisé dans les tiroirs de l’histoire du parti, a servi de point de départ au programme officiel qui a «fuité» dans les colonnes du Journal du Dimanche, avant d'être discuté lundi 4 avril devant les cadres du parti, et d'être présenté, mardi 5, au bureau national.

Après un long travail pour rechercher la synthèse, surmonter la tentation de l’angélisme, apporter des idées réalistes, le Parti socialiste vient d’accoucher d’un «programme de gouvernement», ou plutôt d’une «feuille de route» destinée à «gagner en 2012», selon l’expression de France-Soir, qui la résume en quelques lignes: «Création de 300 000 emplois jeunes, rebaptisés «emplois avenir», plafonnement du salaire des dirigeants d'entreprises, présence de salariés dans les conseils d'administration, fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG, sortie du tout nucléaire ou encore création d'une «banque publique d’investissement», la plupart des mesures sont connues».

«Sérieusement de gauche et d'une gauche sérieuse»

Ségolène Royal ne pourra plus dire que «le PS n’a ni candidat ni programme», comme elle n’avait pas hésité à l’affirmer, le 26 janvier 2011, sur France 2, histoire de jeter une pierre supplémentaire dans le jardin de la première secrétaire. Même si les critiques se sont accumulées dès la lecture de la vingtaine de mesures proposées par le Parti socialiste. Pour la plupart des observateurs, en effet, ce programme n’apparaît pas «enthousiasmant». Mais ce n’était pas l’objet de ce travail de fond: il est «sérieusement de gauche et d'une gauche sérieuse», se défend l’un de ses rédacteurs, ancienne plume de Laurent Fabius, Guillaume Bachelay dans Le Point.

Sud-Ouest rapporte de son côté les propos du député Christian Paul qui a participé à ce travail: «C'est la première fois depuis 1981 qu'autant de temps est consacré par des gens très différents (intellectuels, chercheurs, syndicalistes) pour préparer le projet présidentiel.» Ce que confirme Guillaume Bachelay dans le quotidien: «En 2002 et 2007, nous avons perdu par défaut de projet de société inscrit dans un récit national».

«C'est un texte qui parle aux Français», a renchéri Martine Aubry selon France-Soir qui ajoute: «Très à gauche, donc, signifiant par les faits le retour de l'interventionnisme étatique, le projet socialiste se veut pourtant représentatif des différentes tendances du PS. Il doit être voté par les militants le 19 mai.» En fait, il s’agissait de définir «un canevas» qui reflèterait la plupart des courants de pensée traversant le Parti socialiste. Libre ensuite au candidat (ou à la candidate) qui sera choisi lors des primaires, de l’adapter, voire de le transformer à son gré.

Dès dimanche 3 avril, le programme du PS a fait l’objet d’une attaque à boulets rouges de la part de l’UMP, comme le note Le Nouvel Observateur: «Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, a jugé (…) que les mesures du Parti socialiste n'apportaient absolument rien de neuf et étaient une bonne dose de copier-coller saupoudrés de démagogie. «A peine né, le projet socialiste est déjà dépassé, c'est inquiétant sur la capacité des socialistes à construire l'avenir de notre pays», a déclaré la ministre».

Reste à savoir quel candidat, de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande, Ségolène Royal ou Martine Aubry, aura pour mission de le défendre. «Reste à savoir [aussi], conclut le journal Sud-Ouest, si [ce programme] convaincra les Français, jusqu'alors peu réceptifs, selon les sondages, à l'offre alternative représentée par le PS».