Les tensions en Corse ne faiblissent pas ces derniers mois et l’année 2011 aura connu son lot de meurtres et de règlements de comptes sanglants. Ajaccio, Propriano, Vezzani, Sartène, Porto-Vecchio telles sont les principaux lieux où se jouent ces drames sur fond de vengeance, d’immobilier, de vendetta, de procès, de banditisme dans certains cas, de trafics de drogues.

Avril 2012, et ça repart, avec l'assassinat du dirigeant nationaliste Jo Sisti et de son beau-frère Jean-Louis Chiodi, victimes d'une embuscade menée avec une violence inouïe. Ancien élu de l'assemblée régionale de Corse, Joseph Sisti était militant de la formation nationaliste modérée Femu A Corsica.(lire sur suite 10101: Pâques "sanglantes" en Haute Corse : Jo Sisti, J-L Chiodi abattus)

Les proches du leader nationaliste François Santoni tombent comme des mouches

L’année 2011 avait déjà bien mal commencée, puisque dès le 1er janvier, une bagarre à la Maison d’Arrêt d’Ajaccio (61 prisonniers pour 56 places) avait été signalée. Selon un cadre pénitentiaire, qui souhaite conserver l'anonymat, "elle aurait opposé des membres de clans rivaux au sein du banditisme Corse. 5 personnes ont été blessées, dont 4 en détention provisoire pour des affaires de règlements de comptes. Il y a eu plusieurs transfèrements vers d’autres établissements par la suite.....".

On n'allait pas s'arrêter là. Comme Suite 101 l'a révélé dans ses différentes enquêtes au fil de l'été 2011, l’été s’annonçait chaud et il l'a été. Ainsi , le 24 juillet c’est un restaurateur d’une cinquantaine d’années qui est abattu à Ghisonaccia en Haute Corse. Très connu dans la région, Dominique Ferrari, a été atteint de plusieurs balles, alors qu'il se trouvait à proximité son établissement, le "Deux Mâts", un restaurant de bord de plage qui avait été détruit par un incendie en mai.

Cet honnête restaurateur était inconnu des services de police et selon un des enquêteurs chargé du dossier, joint par téléphone, "sa personnalité ne colle pas avec le profil d’un voyou. La piste locale est privilégiée, l’assassinat ressemblait fort à un contrat mais un contrat lancé par qui ? L’enquête est toujours en cours dans la plus grande discrétion....". Personne n'aurait identifié les tueurs pour l'instant.

Pourquoi Adrien Chilini a-t-il été "dessoudé" ?

Sept jours plus tard , le 1er Août 2011, c’est un homme "bien connu des services de police et de gendarmerie", qui tombe sous les balles à Propriano en Corse-du-Sud. Adrien Chilini, considéré comme un "dur", originaire de Sartène et âgé d'une trentaine d'années. Il a été tué vers 19 heures alors qu'il se trouvait à bord d'une voiture dans un quartier résidentiel de cette cité balnéaire de la côte sud-ouest de la Corse.

Un policier en poste dans l'île de Beauté confie : "Il avait été mis en examen en janvier 2011 pour complicité de tentative d’homicide et association de malfaiteurs dans le cadre de la tentative de meurtre contre Jean-Pierre Giacomoni. Le 14 mai 2010, ce gérant de camping municipal, proche du leader nationaliste François Santoni (abattu en août 2001), avait été pris pour cible mais, blessé, avait réussi à riposter. Chilini avait été remis en liberté il y a quelques semaines et devait porter un bracelet électronique. En mai 2010, il avait été condamné à 5 ans de prison dont 2 avec sursis pour le braquage d’une agence bancaire à Bastia en avril 2006.....

"Il avait été libéré il y a quelques semaines et portait un bracelet électronique. On peut soupçonner une vengeance des nationalistes après la tentative d’assassinat sur Giacomoni, les nationalistes qui en cette année 2011 ont fait savoir que la mort De Charles-Philippe Paoli ne resterait pas impunie, ce qui laisse augurer encore des remous...."

Le meurtre de Fabrice Vial jamais élucidé

Mais, en cet été 2011, les médias nationaux parleront surtout de l’assassinat de l’entrepreneur Fabrice Vial, survenue sur son yacht à Porto-Vecchio, le 15 Août 2011. Sous le titre Corse : un chef d'entreprise assassiné par balles sur son yacht , chaque français a compris qu'il s'agissait d'une exécution qui laissera place à bien des fantasmes sur les fréquentations de cet homme "dont les affaires, claironneront certains médias, ne marchaient plus si bien....". Dans les heures qui suivent, la correspondante de RTL, Vanina Leca, révèle ce 12 août 2011 que Fabrice Vial, fondateur de l'entreprise de menuiserie du même nom, pourrait bien avoir été victime d'un "contrat"et fait le récit de son exécution.

Procureur de la république et magistrats confirmeront : "une seule balle aura suffit, un petit calibre de 8 mm au maximum. Le projectile a été tiré à moins de cent mètres de distance, ce qui semble éloigner l’hypothèse d’un tireur posté sur le rivage au profit de celle d’un tueur embarqué sur un zodiac....." Il n’y a aucun témoin hormis l’amie de la victime qui a juste vu Fabrice Vial s’écrouler alors qu’il sirotait son champagne.

Fabrice Vial avait-il des fréquentations fichées au grand banditisme ?

Mais qui a bien pu tuer Fabrice Vial, un chef d'entreprise de 43 ans, abattu, selon les premières constatations, par un tueur professionnel dans le golfe de Porto-Vecchio ? Comme Suite 101 le révélait quelques heures après le drame, ce chef d'entreprise a été assassiné par balles sur son yacht en pleine nuit.

Cette nouvelle affaire (lire aussi après les arrestations des corses à Marseille, 12 mises en examen), jamais élucidé et qui n'aurait pas progressé depuis six mois, pourrait avoir des ramifications avec les grands banditismes corse et marseillais. Les spécialistes du grand banditisme s'accordant sur le fait que le milieu corse et le milieu marseillais sont les plus puissants milieu français du grand banditisme. Le site Wikipedia écrit même : "Étroitement liés aux intérêts corses, le milieu de Marseille a traditionnellement de puissantes ramifications à Paris et à l'international (Afrique du Nord, Amériques..)".

Sur son yacht au mouillage dans le golfe de Porto-Vecchio, ce chef d'entreprise assassiné par balle aurait eu d’autres invités dont l’avocat toulonnais Thierry Fradet, un ancien conseil de Pascal Perletto, figure du milieu varois, lui même assassiné en juin 2011 de six balles de 9 mm tirées en pleine tête alors qu’il sortait tout juste de prison. Selon un policier en poste en Corse, joint par téléphone et qui préfère conserver l'anonymat, "ce juriste est spécialisé en droit pénal et il défendait également les intérêts du groupe Couach, une entreprise de chantiers navals spécialisée dans les yachts de luxe et les navires militaires dont Fabrice Vial s’était rendu propriétaire en 2009, alors que la société était au bord de la faillite....."

Sur l’île, des sources proches de l’enquête citées par le quotidien Corse-Matin, parlent de fréquentations fichées au grand banditisme insulaire et marseillais et de projets immobiliers communs dans le sud de la Corse. Sur le continent, un autre enquêteur confie que "Fabrice Vial cherchait de l’argent frais, et les problèmes financiers des sociétés de l’homme d’affaires installé au Portugal questionnent également. Le groupe Vial connaissait des difficultés importantes et la société Couach ne se portait guère mieux. Les entreprises auraient été à la recherche de capitaux extérieurs. On sait que le marché du luxe sur la Riviera est soumis à rude concurrence et que le mitan n’est jamais loin...."

Jérémy Capitta. est mis en examen pour les meurtres en bande organisée

En septembre 2011, Jérémy Capitta sort de la maison d'arrêt des Baumettes, après plus de deux ans de détention provisoire. Ce jeune Marseillais est un commerçant âgé de trente ansIl est alors placé sous contrôle judiciaire.

Un policier corse s'interroge sur les activités récentes ce cet "honnête commerçant" qui "avait été interpellé le 14 juillet 2009, à sa descente du bateau, à Ajaccio. Sur lui, il détenait des documents, notamment des photos destinées, selon les enquêteurs, à la fabrication de faux papiers pour quatre hommes soupçonnés de la tentative d'assassinat de Francis Castola, 38 ans, cible de plusieurs tireurs le 22 juin à Alata en Corse-du-Sud. C’est un proche du "clan Orsoni".

"Après son arrestation, Jérémy Capitta est mis en examen pour les meurtres en bande organisée de Thierry Castola, tué le 3 janvier 2009 à Bastelicaccia, un pompier, frère de Francis; de Sabri Brahimi, assassiné trois semaines plus tard; et de Jean-Noël Dettori et Nicolas Salini, abattus à la kalachnikov et au fusil de chasse, le 10 avril 2009, au rond-point de Baléone...."

Dans sa dernière ordonnance de mise en liberté, le juge des libertés et de la détention écrit que "les éléments allant dans le sens de l'implication de Jérémy Capitta ne connaissent pas d'évolution. La détention provisoire n'est plus nécessaire pour la suite des investigations".

Le procès Mariani a constitué un "écran de fumée" pour faire oublier les échecs policiers en Corse

Bon sang ne saurait mentir. Comme Suite 101 le révélait lors du procès de Jacques Mariani en février 2012), Jacques Mariani est le fils préféré de François Mariani, dit Francis, qui avait inauguré une "évasion non violente" en juin 2001. Du jamais vu dans les annales de la pénitentiaire ! Foi de maton. Francis Mariani, le papa de Jacques, avait réussi l'incroyable tour de force de s'évader grâce à un faux ordre de libération envoyé par fax en juin 2001 à la maison d'arrêt de Borgo (Haute-Corse) ! Homme le plus recherché de France, suite à cette évasion qui avait ridiculisé les services pénitentiaires et la justice, Mariani avait été interpellé en janvier 2002 à Vivario. Une cagoule et un pistolet dans le sac à dos !

Procès verbaux à l'appui, les juges ont tenté d'établir si le détenu corse finançait son train de vie en prison avec l'argent des boîtes de nuit . Extrêmement difficile. La présidente du tribunal Christine Mée et le tribunal ont cherché à comprendre comment ce détenu de la centrale de Saint-Maur finançait un train de vie cellulaire dont le seul poste "téléphone" oscillait autour de 600 € par mois. L'enquête aurait mis en évidence que des mandats provenaient notamment des caisses de la discothèque aixoise "La Joia".

Du grand spectacle, où l'héritier de Mariani a ridiculisé le système judiciaire, soucieux de lui faire "payer" la spectaculaire évasion de son père. A tel point que le procès de Jacques Mariani a occulté l'annonce de la candidature de Sarkozy dans mes médias de la région de Marseille.