Issues de la tradition orale, les comptines font parti du patrimoine culturel que nous héritons de nos aînés et transmettons aux plus jeunes. Il y a pléthore de formes de comptines et de thématiques. Intéressons-nous ici à celles portant sur le thème du corps.

Le jeune enfant prend conscience progressivement de son identité, de son enveloppe corporelle, et l'acquisition du lexique corporel y participe. En cela, les comptines ont un rôle très important en liant corps et langage par l'association des mots oralisés et de gestes. L'enfant construit la représentation de son corps en mémorisant l'empreinte des mouvements de ce dernier effectués dans l'espace lors de la récitation de la comptine.

Pour apprendre à nommer les doigts de la main

  • Le pouce
Les doigts de la main se font personnages ludiques au sein des comptines. Le plus important est le pouce souvent nommé "Monsieur Pouce" : c'est le plus gros doigt de la main, celui qui se distingue des autres, qui intrigue le plus les enfants, qui console les petits chagrins ou la fatigue des petits en se laissant téter.

Ces comptines où le pouce est au centre sont souvent les premières apprises en crèche et en maternelle. On peut citer "Toc, toc, toc, Monsieur Pouce", "Un petit pouce qui bouge", "Petit pouce", ou encore "Ce pouce-là" et "Petit pouce, cache-toi". Bien souvent dans ces comptines, le pouce se réfugie replié dans la paume de la main, caché par les autres doigts, puis se déplie brusquement pour apparaître, à la plus grande joie des petits qui ne manquent pas d'éclater de rire à chaque fois !

  • Les cinq doigts de la main
Apprendre à nommer les cinq doigts de la main et attribuer à chacun le bon nom n'est pas aisé. Les comptines en facilitent la mémorisation par la répétition, par l'association du geste du doigt et du mot.

Dans "Voici ma main", les doigts sont identifiés :

- par leur place dans la succession des doigts de la main : "Le premier, ce gros bonhomme / C’est le pouce qu’il se nomme (…) L’index (…) / C’est le second doigt de la main / Entre l’index et l’annulaire / Le majeur se dresse en grand frère", etc. ;

- et par un rôle qui leur est attribué : "L’index qui montre le chemin", "L’annulaire porte l’anneau / Avec sa bague il fait le beau", etc.

Dans "La comptine des petits doigts", il est également question des positions des doigts les uns par rapport aux autres, et des fonctions et traits de personnalité leurs sont donnés : "Le premier, c'est le pouce / C'est pour mettre dans la bouche / Le deuxième, c'est l'index / Pour pousser sur la sonnette / Le troisième, c'est le majeur / Le plus grand c'est la terreur / Le quatrième, c'est l'annulaire / Pour les bagues on le préfère / Le cinquième, l'auriculaire / C'est le plus petit mais le plus fier."

Avec numération

Les comptines numériques prennent souvent pour objet de dénombrement les éléments du corps et, bien évidemment, les doigts de la main de manière privilégiée.

Il peut s'agir de la suite numérique :

- énumérée dans l'ordre croissant et/ou décroissant comme "Sur ma main je compte bien /1, 2, 3, 4, 5 / Mais mes doigts font les malins /5, 4, 3, 2, 1 / Voici un autre exercice / 6, 7, 8, 9, 10 / Mais mes doigts feront un caprice / 10, 9, 8, 7, 6" ;

- ou fragmentée par un mot ou groupe de mots, ce qui évite à l'enfant de se construire une conception erronée de la suite numérique comme une entité infractionnable : "1, 2, 3, je sais marcher / 4, 5, 6, sur le plancher / 7, 8, 9, puis tout-à-coup / Je me mets à genoux ! / 1, 2, 3, je sais ramper / 4, 5, 6, sur le plancher / 7, 8, 9, puis tout-à-coup / Je me remets debout !"

Certaines comptines introduisent même des notions de soustractions comme dans "5 pommes dans mon panier / J'en croque une, j'en croque une / Il n'en reste que 4/4 pommes…" ou "Ils étaient cinq dans un grand lit (montrer sa main et ses cinq doigts) et le petit poussait poussait (de l'autre main saisir l'auriculaire et le faire pousser les autres doigts) et le pouce tomba du lit (le pouce se replie) / Ils étaient quatre dans un grand lit (montrer les quatre doigts, le pouce reste replié, etc."

Ces comptines permettent l'acquisition de la mémorisation de la comptine numérique (suite des nombres), d'associer un nombre et la quantité de doigts y correspondant, de sensibiliser les enfants aux procédures additives et soustractives en passant par le dénombrement avec les doigts.

Les gestes et actions

La gestuelle des comptines en facilite la compréhension et la mémorisation. Les gestes font partie de la communication humaine non verbale. Les comptines sont un des moyens d'acquérir une connaissance et une maîtrise des gestes. Un geste se définit par cinq critères (in Delalande 2003) :

  1. La configuration du geste.
  2. Son orientation.
  3. Son emplacement par rapport au corps.
  4. Son mouvement.
  5. L’expression du visage.
Le geste aide aussi l'enfant à rester dans le rythme de la comptine et permet ainsi une meilleure attention.

Dans une comptine comme "Que fait ma main", le geste retranscrit exactement l'action citée : "Que fait ma main ? / Elle caresse : doux, doux, doux (une main caresse l'autre main) / Elle pince : ouille, ouille, ouille (une main pince l'autre main)".

Dans l'intemporelle "Ainsi font font font", les mains tournent en rond comme des marionnettes ; dans "Lave tes mains", elles miment l'action de les laver ; dans "J'enroule la bobine", on mime l'action d'enrouler ou de dérouler le fil d'une bobine…

Pour retrouver dans leur intégralité le texte des comptines citées, voir la rubrique "comptines" du site www.momes.net, une vraie mine d'or !

À lire du même auteur : "Comptines et jeux de doigts", "Jeux d'intérieur de notre enfance" et "Les jeux d'extérieur de notre enfance : origines et règles"