On rêve souvent d'une famille bercée par une harmonie parfaite, préservée de toutes tensions et de tous sentiments empreints d'animosité. Cet amour idéal que ne vient jamais troubler le moindre heurt est bien évidemment une utopie. Dans la vie réelle, chaque parent de fratrie est un jour confronté à l'impuissance devant des scènes effroyables de disputes entre ses enfants. Les querelles partent parfois d'un jeu pour se terminer en tempête d'injures, les bagarres pour jouer dégénèrent en pluie de coups. Et les parents, las, ne savent plus à quel saint se vouer. Le saint ici n'y pourra rien, en revanche communication et compassion oui. Voici pour vous des techniques qui ont déjà fait leurs preuves dans l'ambitieux projet de la réconciliation fraternelle.

Pourquoi tant de rivalité entre frères et soeurs ?

Il est un fait dont témoignent souvent les parents confrontés à la difficulté de cohabitation de leur fratrie. Pris seul, l'enfant est facile à vivre, en revanche dès que frères et soeurs se retrouvent ensemble, ils deviennent vite insupportables. Certains poussent la dispute si loin que l'on peut se demander s'ils ne vont pas finir par s'entretuer.

Le livre Jalousies et rivalités entre frères et soeurs de Adele Faber et Elaine Mazlish, élèves du professeur et psychologue Haim G. Ginott, nous permet d'appréhender la situation d'une manière quelque peu dérangeante mais d'autant plus frappante. Comment réagirions-nous si la polygamie était autorisée par la législation ? Quels seraient nos sentiments si mari ou femme rentrait un beau jour à la maison avec un nouveau ou une nouvelle conjointe et nous demandait de bien vouloir l'accepter, mieux de l'aimer et d'en prendre soin ?

Le frère ou la soeur représente une menace pour l'enfant dépendant de l'amour de ses parents. Il voudra alors faire toujours mieux pour susciter l'admiration parentale. Cette compétition a ceci de positif qu'elle forge les caractères des enfants, qu'elle leur apprend très tôt à se défendre, s'imposer mais aussi à négocier pour trouver des compromis. Le système d'émulation ainsi mis en place permet en outre de progresser et de persévérer jusqu'à la réussite. En revanche, une rivalité excessive niée ou ignorée peut causer des dommages permanents et provoquer de fait la rupture entre frères et soeurs à l'âge adulte.

Comment les aider à bien vivre ensemble dans des relations saines et équilibrées ?

En tant que parent, on a tendance à minimiser les querelles enfantines, à balayer la plainte d'un "ce n'est rien, ignore-le/la" ou au contraire à intervenir en tranchant pour untel. Ces réactions sont pourtant à proscrire pour rétablir la communication et instaurer les bases d'une vraie relation.

Etapes clefs pour résoudre une chamaillerie

Si les enfants sont en mesure de dépasser la discorde, il faudra laisser couler. S'ils ne réussissent pas à résoudre leur problème et viennent quémander l'intervention d'un adulte, procédez ainsi.

  • Décrire la situation et les sentiments négatifs avec respect : "Je vois Laura que tu es en colère parce que tu veux ce gâteau. Théo toi aussi tu es fâché car tu en as très envie et tu as autant le droit de le prendre que ta soeur. Il n'y a plus qu'un gâteau, c'est un problème." Les enfants se sentent considérés et respectés. Le parent les aide à mettre des mots sur ce qu'ils ne parviennent quelquefois à extérioriser que par les pleurs ou les cris. Premier instant de soulagement dans la reconnaissance de la frustration.
  • Manifester sa confiance dans la capacité des enfants à résoudre le problème par eux-mêmes : "Je pense que vous pouvez trouver une solution qui soit juste pour tous les deux, j'ai confiance en vous."
  • Quitter la pièce et revenir si la situation n'a pu se débloquer. Proposer des pistes pour aider les enfants :"Que pourrait-on faire pour régler ce problème ? Est-ce qu'il ne serait pas possible de partager le gâteau en deux ? Est-ce que l'un d'entre vous pourrait manger autre chose ?" Soit l'un des enfants s'exclamera qu'il a une bonne idée et optera pour l'une de ces solutions en ayant le sentiment qu'elle ne lui a pas été imposée soit il faudra trancher le plus justement possible. Lors de la réconciliation, on pourra dire sa satisfaction, féliciter les antagonistes pour leurs progrès.

Régler une situation potentiellement dangereuse

Si les frères et soeurs en sont déjà au point de se faire mal, l'intervention de l'adulte est indispensable.

Il faudra réagir très vite.

  • Décrire ce que l'on voit avec une voix énergique et forte : "Je vois deux enfants très en colère qui vont se faire mal. Laura serre fort le bras de Théo et Théo tire les cheveux de Laura". Le seul fait de commenter ce que l'on voit saisira les enfants qui suspendront alors leurs gestes.
  • Séparer les enfants : "Ensemble, vous n'êtes pas en sécurité. Il faut prendre le temps de vous calmer. Vite, toi dans ta chambre et toi dans la tienne." Attention à ne jamais emporter un enfant avec soi dans une autre pièce, cela les conduira à penser respectivement "j'ai gagné" et "j'ai perdu".

Ne jamais comparer un enfant à un autre : un traitement spécial pour chacun d'entre eux

Un enfant est unique. En ce sens, il ne sert à rien de toujours vouloir donner à égalité pour éviter que chacun ne se sente lésé. On préfèrera plutôt donner selon les besoins de chaque enfant. Au contestataire qui s'écrie "il en a eu plus que moi", on répondra "il avait faim, mais si toi aussi tu as encore faim, tu en auras. Est-ce que tu as vraiment faim ?"

De même, on n'achètera pas un nouveau cartable à celui qui n'en a pas besoin. L'enfant qui n'a rien reçu pourra surmonter sa déception avec une explication appropriée et sera ainsi apte à supporter la frustration.

Enfin, passer du temps avec chaque enfant séparément, leur faire pratiquer des activités différentes leur permettra d'affirmer leur identité propre. Les talents des uns pourront servir les difficultés des autres. Dégagés de toute pression et de toute étiquette "le grand", "le sportif", "l'intellectuel", les enfants seront à même de se développer en toute confiance et d'établir eux-même des relations de respect et d'entraide.

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