Il n'est pas facile de s'y retrouver dans la bataille de chiffres à laquelle se livrent défenseurs et opposants à l'atome. Petit tour d'horizon sur les enjeux et les perceptions du coût de l'abandon du nucléaire.

Emploi

C'est la principale pomme de discorde qui oppose les pro et les anti. Henri Proglio, le patron d'EDF, a jeté un pavé dans la mare en affirmant la semaine dernière qu'une sortie du nucléaire menacerait "un million d'emplois en France".

Selon lui, cette décision "menacerait 400.000 emplois directs et indirects de la filière nucléaire, 500.000 emplois dans les entreprises actuellement localisés en France et très gourmandes en énergie, comme l’aluminium, qui risqueraient de partir à l’étranger. Il faut y ajouter 100.000 emplois futurs provenant du développement du nucléaire mondial à partir de la France".

Une estimation qui ratisse large, puisqu'elle postule la délocalisation de 500.000 emplois à cause des hausses du prix de l'électricité... mais qui dans les grandes lignes rejoint les résultats de l'audit du cabinet Pricewaterhouse Coopers qui estime à 410.000 le nombre d'emplois directement et indirectement liés au nucléaire.

Une perception que ne partagent pas du tout les opposants au nucléaire, et notamment Europe Ecologie, qui prévoit au contraire 300.000 créations d'emplois dans les énergies renouvelables après la fermeture des centrales nucléaires.

Impact sur l'économie française

Bénéfique pour les anti, cataclysmique pour les pro, une sortie du nucléaire aurait un impact important sur l'économie française et la croissance. Les écologistes estiment que la "transition énergétique" et "l'économie verte" permettraient de donner à la France une meilleure compétitivité et relancerait le dynamisme économique de l'hexagone.

A contrario, Henri Proglio affirme qu'une sortie du nucléaire entrainerait de facto une baisse de 0,5% à 1% de la croissance française et nécessiterait 400 milliards d'investissements pour construire de nouvelles centrales (énergies renouvelables ou thermiques).

L'Union française de l'électricité va dans le même sens en estimant que la seule baisse de la part du nucléaire de 70% à 50%, telle que prévue dans le programme de François Hollande, coûterait 60 milliards d'euros.

Les défenseurs de l'atome mettent également en avant l'inévitable hausse du prix de l'électricité que causerait un abandon du nucléaire. Une hausse des tarifs électriques que les partisans d'une sortie ne nient pas, mais qu'ils estiment compensable par des économies d'énergie.

Conséquences environnementales

C'est le grand paradoxe de ce débat. Les rôles sont inversés entre des industriels et des politiques pro-nucléaires qui militent pour une limitation des émissions de CO², et des écologistes qui reconnaissent à mots couverts qu'une hausse de ces émissions est inévitable sur le court terme.

Si le chiffre d'une hausse de 50% des émissions de CO² évoqué par Henri Proglio est difficile à confirmer, l'AIEA s'est officiellement inquiétée de l'impact environnemental de la sortie du nucléaire allemande et de celle possible de la France.

A l'heure actuelle, il est en effet impossible de substituer la production électrique nucléaire par les seules énergies renouvelables et la France devra construire de nombreuses centrales à gaz, charbon et fioul pour compenser le manque à produire. Des centrales fortement polluantes.

Mais les écologistes défendent sur la question une vision à long-terme de l''environnement et affirment que si un accident de type Fukushima se produisait en France, les conséquences environnementales seraient alors catastrophiques.