Vous vous définissez comme libéral, libertaire, écologiste et autogestionnaire. Cela fait beaucoup pour un seul homme. Comment on peut concilier tous ces appétits?

C’est un problème très français que de coller une étiquette politique réductrice sur quelqu’un. Je rappelle simplement que le libéralisme politique est né d’une réflexion sur la démocratie, sur le fonctionnement des institutions et qu’en ce sens, il est nécessaire et salutaire. Quant à dire un mot sur l’économie, les Verts ne rejettent pas l’économie de marché. Pour autant, nous avons bien conscience de la nécessité absolue de la régulation et de la nécessité d’inventer des modes de production plus collectifs. À l’intérieur d’une réflexion sur l’économie de marché, j’ai introduit l’idée d’une organisation collective pour produire et décider ensemble. C’est toute l’histoire du mouvement autogestionnaire. Il n’y a rien de contradictoire dans tout cela.

Vous plaidez pour une taxe écologique mondiale prélevée sur les revenus financiers. Bonne nouvelle! Mais on sait quel sort a été réservé à la taxe Tobin, jamais créée. Comment vous comptez vous y prendre pour la faire accepter?

La différence aujourd’hui, je l’espère, c’est la prise de conscience mondiale des excès et des dérives du capitalisme financier. La crise aura eu cette vertu de faire éclater les choses au grand jour. La régulation du marché financier est devenue inévitable. Avoir toujours plus et toujours plus rapidement est une philosophie qui vient de prendre du plomb dans l’aile. Taxer la spéculation pour la repousser et la maîtriser, l’idée trouvera un jour sa concrétisation, grâce à l’opiniâtreté. Rappelez-vous là aussi que la République ne s’est pas faite en un jour.

Vous êtes proches des communistes finalement.

Pas vraiment. Les communistes disent aussi que le soleil se lève et se couche. Sauf qu’ils se trompent en refusant l’économie de marché.

Votre bilan du Grenelle de l’environnement en deux mots.

Ce fut une expérience importante pour la société française, en ce qu’elle a au moins permis de travailler avec les associations écologistes. En revanche, la mise en œuvre est bien plus laborieuse, ce qui démontre qu’il faut une autre majorité pour traduire dans les faits et aller plus loin. Sarkozy et son gouvernement se sont arrêtés au milieu du gué. On rappellera les échecs et les impasses majeures : les OGM, l’eau et le nucléaire.

« Le salut viendra de la décroissance », estime votre compère Noël Mamère. C’est aussi votre avis?

J’ai toujours considéré la décroissance comme un gros mot réducteur. Les énergies renouvelables doivent croître, notre consommation des énergie fossiles doit décroître. Il est malaisé d’employer un terme aussi général et englobant pour qualifier une situation forcément complexe. Je préfère travailler à une modération librement consentie. En ce sens, la contribution climat-énergie est une bonne chose puisqu’elle nous pousse à modérer notre consommation d’énergie. Dans le même temps, c’est vrai, nous devons remettre en question le principe de la société de consommation. Or, ceci relève du mouvement de fond et ne peut pas être décrété par un gouvernement. Décréter la décroissance ne me semble donc pas être une bonne idée.

Après le protocole de Kyoto, nous aurons les accords de Copenhague. Qu’est-ce que vous attendez de cette grand-messe intenationale?

C’est un moment décisif pour mettre les pendules à l’heure. Elle nous permettra, ou pas, de fixer des objectifs ambitieux de réduction de la production des gaz à effet de serre. À Copenhague va se jouer l’avenir de l’humanité! C’est vous dire s’il ne faut pas rater le rendez-vous.

Retour à la politique : les Verts ont le même défaut que le PS, à savoir des courants qui se déchirent et obscurcissent le message et le projet politique. Vous dîtes vouloir inventer autre chose pour pratiquer la politique en tant que citoyen. Qu’est-ce que vous avez en tête?

Le dépassement de l’engagement au sein des partis politiques traditionnels. C’est pour cela qu’Europe écologie va s’organiser en réseau. Il faut donner la possibilité aux citoyens de participer quand ils le veulent et quand ils le peuvent. Les partis tels qu’ils existent sont trop contraignants, c’est un monde parallèle pas très facile d’accès.

Après votre succès aux élections Européennes, comment voyez-vous l’avenir?

Tout dépend de notre capacité à renforcer ce réseau. La prochaine étape est le scrutin régional. À nous de jouer et de proposer une alternative crédible, nourrie d’un projet pour les régions.