Les propos de Cicéron varient beaucoup selon qu’ils soient publics ou écrits dans des lettres privées pour des amis.
En public
Cicéron critique fortement le collectionnisme d'œuvres d’art grecques, par les riches Romains. Ces statues, peintures et autres objets d’art provenaient, en grande partie, du butin de guerre, des pillages réalisés par l’armée romaine, lors des conquêtes de la Sicile, de la Grande Grèce et de la Grèce. Une partie de ces chefs-d’œuvre était placée dans les thermes, sur les places, etc. afin que l’ensemble du peuple puisse en profiter.
Mais certaines étaient achetées par les aristocrates romains pour la décoration de leurs villas suburbaines. Parmi ces derniers, figurent les Scipiones, les Fabii, Aemilius Paulus et, plus tard, Sylla et Lucullus. Ce sont ces collections privées que l’orateur dénonce dans son traité Tusculanae Disputationes. Il dénonce aussi les réquisitions démesurées de Verrès, à Syracuse, en Sicile, privant un peuple de la plupart de ses œuvres d’art (Cicéron, Contre Verrès, II, 4, 132-135).
«Pourquoi dès lors désirer la richesse? Et en quoi la pauvreté empêche-t-elle d’être heureux? J’admets que l’on aime les statues, les tableaux. S’il se trouve que l’on ait cette passion, n’est-il pas vrai que les petites gens sont à même de la satisfaire mieux que ceux qui possèdent un grand nombre de ces objets? Dans notre capitale en effet le domaine public est très riche en œuvres d’art de toute sorte, tandis que les particuliers qui en possèdent n’en ont pas autant sous les yeux et du reste ne les voient que rarement, lors des voyages qu’ils font à leurs campagnes. Encore ne sont-ils point sans éprouver quelque remords, quand ils songent à la manière dont ils se les sont procurés.» Cicéron, Tusculanae Disputationes V, 35, 102.
Une autre critique du collectionnisme privé apparaît aussi dans la satyre de Pétrone (Pétrone, Satiricon, 27-78).
En privé
Cicéron possède plusieurs villas à l’extérieur de Rome: Tusculum, Formianum et Caietanum. C’est dans ses résidences qu’il installe les statues et œuvres grecques qu’il achète. Sa correspondance avec l'un de ses amis est une mine d’informations pour en connaître la décoration. Il nous apprend qu’il y a aménagé une académie et un lycée.
«J’attends impatiemment les statues en marbre de Mégare et les Hermès dont tu m’as parlé. Tout ce que tu auras en ce genre qui te paraîtra digne de mon Académie, n’hésite pas à me l’envoyer, et aie confiance en ma cassette. Je mets là mon plaisir: je recherche ce qui est particulièrement propre à l’ornement d’un gymnase. Lentulus promet ses bateaux. Je te demande de t’occuper activement de la chose.» Cicéron, Epistulae ad Atticum, I, 9, 2.
«Ce que tu m’écris au sujet d’Hermathéna m’est extrêmement agréable: c’est proprement l’ornement qui convient à mon Académie, car Hermès décore habituellement tous les gymnases, et Minerve va spécialement au mien. Aussi voudrais-je que, comme tu me l’écris, tu ornes ce lieu d’autres objets d’art aussi, les plus nombreux possible. Les statues que tu m’as envoyées précédemment, je ne les ai pas encore vues. Elles sont dans ma propriété de Formies, pour laquelle je me dispose à partir en ce moment. Je les apporterai toutes dans celle de Tusculum. La décoration de ma ville de Caïète, ce sera pour le jour où je serai un riche.» Cicéron, Epistulae ad Atticum, I, 4, 3.
Cicéron est donc très concerné par ce paradoxe qui oppose la vie à Rome, en respectant le Mos Maiorum, à la vie à la campagne, profitant des apports de la culture grecque. La manière dont sont justifiées ces réquisitions dans le domaine privé est expliqué par ce passage de Pline l’ancien (Pline, Hist. Nat., XXXVI, 27): «Mais à Rome la multiplicité des œuvres d’art, l’oubli également et plus encore toute la masse des obligations et des affaires empêchent la foule pourtant de la contempler, puisque l’admiration d’un tel chef-d’œuvre requiert l’oisiveté et le silence parfait du lieu».
Pour satisfaire les nombreux collectionneurs, lorsque l’œuvre originale n’est pas disponible pour leurs villas, des copies en marbre sont sculptées. Elles complètent, aujourd’hui, les collections antiques de nombreux musées.