Chroniques érotiques & lyrisme : l'Amour Courtois au féminin

L'Amour Courtois... - staff.hum
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Dès la 2e moitié du XIIe, la Renaissance littéraire a donné des plumes audacieuses, la liberté de ton de ces femmes participera à la genèse du féminisme

Quelques lettrés peuvent sourire aujourd’hui que le verbe brûlant d'Anaïs Nin, voire celui de Régine Deforges aient pu scandaliser. Car, lorsqu’on glisse un regard très en arrière sur quelques beaux écrits de la lyrique courtoise du Moyen-Age, on se rend compte que le plus cru était déjà consigné par les premières des femmes écrivains de l’Histoire. La Littérature, ainsi que la chanson galante qu’illustrèrent troubadours et trouvères, célébrait alors une doctrine très élaborée de l’amour idéal.

L’Amour courtois : un code des vertus médiévales pour guider les amants du XIIe siècle.

Le mouvement en lui-même prend naissance au début du XIIe en Aquitaine dans le cadre de la cour du duc Guillaume IX. On dit de lui qu’il fut le premier des troubadours. À une époque où l’amour et le mariage sont disjoints, la poésie, autant que le roman courtois, proposent une façon autre d’exprimer la relation homme/femme. Les embuscades charnelles autant que chevaleresques de la Fol' Amor sont dans les pages de Chrétien de Troyes, dans celles de Marguerite de Navarre, de Christine de Pisan ou Marie de France.

Autant parce qu’elle à révolutionné le rapport des sexes, cette littérature ouvre aussi à l’Art subtil d'aimer. On en découvre toutes ses finesses dans l’Assag (l’essai), la science de la fol' amorou fin’Amor. Le savoir amoureux s’y élève au plus haut, une exaltation de l'âme et de la sensualité, comme une suprême épreuve. Une tentation portée à extrême, l’Assag donne à la dame le moyen de vérifier à quelle hauteur son bien-aimé est capable de la respecter, alors que, sans union charnelle il restera allongé à ses côtés.

Marguerite de Navarre, reine et femme de lettres autant affranchie qu’audacieuse

En s’attardant encore sur quelque contes lestes de la période médiévale, tels qu’avec les Devisants de L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, on discerne qu’habileté, pureté et hardiesse se confondent :

« Que l’un après l’autre veuille prendre son plaisir de moi, car j’aurais trop de honte que tous deux me vissent ensemble. Regardez lequel me voudra avoir le premier ». extrait traduit de L’Heptaméron première journée. L’amour charnel est le sujet force de Marguerite de Navarre et ses protagonistes y sont adultères, ainsi qu’il convient aux règles de l’Amour Courtois. Des personnages tellement vaillants que François Grudé, sieur de La Croix du Maine déclarerait, qu’il n’arrive pas à croire que la reine de Navarre ait pu tracer des histoires si licencieuses : « Je ne sçai si ladite Princesse a composé ledit Livre, d’autant qu’il est plein de propos assez hardis, & de mots chatouilleux ».

Des histoires libidineuses de moines paillards sous la plume d’une des premières femmes écrivains

On peut trouver chez la sœur de François 1er la pionnière des chroniqueuses érotiques et n’y voir que l’apparence de récits simplement dévergondés, ce serait inexact. Inspirée par Boccace et le plus souvent par les souvenirs et l’épreuve, son œuvre établit une moraliste de qualité, une femme moderne, novatrice, en avance sur son temps. Marguerite de Navarre partage avec Boccace et Philipe de Vigneulles la condamnation des excès au sein de l`église (dans L’Heptaméron, le recueil inachevé de 72 nouvelles, récit se déroulant sur sept journées la 5ème dévoile le destin de deux cordeliers, violeurs en puissance d’une petite batelière). Elle innove aussi dans l’intégration du grand débat du Moyen âge sur le Parfait Amant. Les histoires licencieuses de moines débauchés témoigneront de l’anticléricalisme médiéval d’une des premiers auteurs féminin en France. On la désignera comme la dixième des muses.

Christine de Pisan, un combat pour la cause des femmes

Un siècle plus tôt, tout prête à penser qu'il exista une Papesse femme, Jeanne, quoi de plus scabreux pour remuer les esprits du moment. La vénitienne Christine de Pisan fut également l'une de ces conquérantes des débuts du Féminisme ayant beaucoup fait parler d'elle. Ce sera pour avoir signé ses écrits. Lui revient d’avoir été la première ayant pu vivre de son écriture. Son savoir la distingue des érudits de son époque, qu’ils fussent hommes ou femmes. Veuve d’Étienne du Castel à 26 ans, avec charge d’âmes, sans moyen de subsistance mais cultivée, elle choisira un métier d’homme : Homme de lettres, le terme Femme de lettre n’existe pas encore « de femelle devins masle ». Elle chantera le deuil de deux manières, soit en se référant à la perte de son époux ou bien elle exprimera un sentiment de manque en s’inscrivant ainsi dans la poétique courtoise.

Christine de Pisan va composer des pièces lyriques, des traités de politique et de Philosophie, puis des recueils de poésies. Moraliste engagée dans sa lutte en faveur des femmes en Littérature, soutenue par les grands philosophes de son temps, elle mène un combat contre la misogynie des auteurs masculins et s’oppose à Jean de Meung fort grossier sur la femme parfois et qui écrivit la seconde partie du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris.

Marie de France appartient à la génération des poétesses qui illustrèrent l’Amour Courtois

Le concept même de l’écrivain en tant que créateur, tel nous le connaissons aujourd’hui, ne rentre pas encore dans les représentations intellectuelles du XIIème siècle. Il n’était question alors que de reproduire les grands textes de l'Antiquité latine. La période de la deuxième Renaissance où commence à poindre la notion d'adaptation des oeuvres antiques et où va apparaître Marie de France, se situe dans le sillage d’une véritable Révolution poétique initiée par les troubadours. Marie de France s’inscrira dans la génération des poétesses qui illustrèrent l'amour courtois en Littérature.

« Jeo vus ai lungement amé, E en mun quor mut desiré; Unques femme fors vus n'amai,Ne jamés autre ne amerai. (Traduction : Cela fait longtemps que je vous aime et je vous ai beaucoup désirée dans mon coeur. Jamais je n'ai aimé d'autre femme que vous.)

Cd'Epannes de Bechillon. Suite 101, Cd'Epannes de Bechillon

Constance d'Epannes - Constance d'Epannes de Béchillon, biographe, écrivain, dernière parution été 2010, à ...

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Commentaires

30 juil. 2010 20:10
Anonyme :
Excellent article ! On apprend plein de choses. Merci
30 juil. 2010 20:49
Daniel Lesueur :
Je ne peux que recommander cet article, étant, comme beaucoup qui n'osent l'avouer, toujours dans l'attente de tomber dans "une embuscade charnelle", formule autrement plus recommandable que "On sort en boîte ?". Constance... à quand un article sur André Breton qui ne vivait que pour l'amour fou ?
(DL)
31 juil. 2010 10:36
Constance d'Epannes :
« Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de
dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée… » André Breton, Clair de terre (1931)

Je ne pense pas qu’il y ait une seule femme sur terre, qui n’ait, un jour rêvé d’inspirer une telle alchimie. Parce que je ne crois pas posséder une connaissance suffisante d’André Breton ce serait périlleux, et sot de ma part, de me risquer dans un écrit sensible le concernant. Tant son verbe a des fulgurances que je ne pourrais atteindre, ne serais-ce qu’à le commenter. Il est impardonnable de ne pas mieux savoir ce que sont ces textes immenses. Ils sont comme autant de nuits d’Amour démentes, violentes et virtuelles, pour celles qui, comme moi, ont passé le temps de l’empreinte épidermique. Merci infiniment Daniel d’avoir mis l’accent sur « L'Amour fou ». Nul doute que beaucoup de mes semblables, vont, comme moi, venir poser leur regard et leur mains et leur âme dans ces pages. Constance.
« M'éloigner de vous ! Il m'importait trop, par exemple, de vous entendre un jour répondre en toute innocence à ces questions insidieuses que les grandes personnes posent aux enfants : « Avec quoi on pense, on souffre ? Comment on a su son nom, au soleil ? D'où ça vient la nuit ? » Comme si elles pouvaient le dire elles-mêmes ! Étant pour moi la créature humaine dans son authenticité parfaite, vous deviez contre toute vraisemblance me l'apprendre...Je vous souhaite d'être follement aimée."
L'Amour fou d'André Breton extrait.
3 Commentaires
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